‹ Sous les lauriersChapitre 4 sur 24 · DU 24 OCTOBRE · texte numérisé non relu

DU 24 OCTOBRE

MARBOT

Depuis le jour où lu grande épopée des temps modernes s'est achevée à Sainte- Hélène, historiens, romanciers et poètes s'efforcent à l'envi de nous en donner l'expression lillt'i-aire. \j> j)his habiles n'y réussissent qu'à demi : relations ou inventions, tout nous paraît pauvre en regard des images que la légende napoléonienne évoque dans notre es|»rit. Nous goûtons comme elles le méritent les ckiires narrations de M. ïhiers, les magnifiques iii)nii'ii(liiliin'< (le X'iclor Hugo; mais nos exigences sont si haut('< ([uc. pour y répoinhr. il n'csl rien (h' \v\ (ju une surprise. (|ii('h|Mr (cntative d art très humble ou la dé[)osili(iii (riin témoin obscur. Je crains de n'avoir eu (ju une fois le sentiment intense et complet de ces

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réalitéïi épiques : il ma élé donné par quelques figurines de zinc. |>rojetant leurs ombres chinoises sur une loile dun mètre. Le nombre, la majesté, l'émotion, tout y était. J'en demande pardon à la statue de Bossuet. mais les visions que sa parole seule eût pu rendre, si nous les avons trouvées quelque part, c'était au Chat Noir. Voici (junn livre nous les rapporte, avec les récits sans prétention d'un père à ses enfants. Entre tant d'écrivains qui ont essayé de nous peindre la foulée de la France impériale sur le monde, un des premiers rangs appartiendra désormais au général baron de Marbot.

Une destinée propice l'a fait acteur et témoin de presque toutes les grandes journées, depuis Marengo jusqu'à Waterloo. Fils d'un gentilhomme du Quercy. qui s'était donné à la Révolution sous la condition de ne la servir que dans les camps, le jeune Marbot fut d'abord éduqué dans un pensionnat de tilles. 11 reçut ensuite quelques rudiments des sciences à Sorèze, sous la férule d'un certain dom Ferlus, dont il dit plus de bien que je n'en saurais penser: ce Ferlus a produit de méchants pamphlets contre un prédécesseur que nous devons respecter, l'honnête M. Baour-Lormian. Volon-

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laiio à dix-sept ans dîuis l'arnK'e (ritalie, ofiicier au l)Oiil de trois mois, Marcellin Marbotlit ses véritables écoles dans les horreurs du siège de Gênes, où il perdit son père, où il faillit mourir de faim et de misère. Depuis lors, |)Our le suivre, il faudrait transcrire ici la moitié des noms gravés sur les parois de l'Arc de Triomphe. Après Austerlil/, Eylau, Friedland, nous le liouvoiis au siège de Saragosse, il y est grièvement blessé; quelques semaines s'écoulent et nous le voyons en ligne à E(;kmiihl, à Kssling, à W'agram. On ferme un volume, on laisse Marbot en F^ortugal, combattant à Torrès Védras, à h'iientès de Onoro ; on ouvre le tome suivant, il IVancliil le Niémen avec la Grande Armée. Aide (Ir camp de Bernadotte, d'Augereau, de Mural, de Lannes, de Masséna, ])oui'vu eniin d'un régiment de cavalerie, il est toujours en bon lieu pour tout voir, les dis|)Ositions des • ■licls cl rcnJour du cliainp de balaille. |)évoué' à ri^mpereur sans IV-lidiisme, il rajjproclic d'assc/ près jtour \o bien connaître : il reste assez loin de lui pour conserver Tindépendance de son jugement, pour se gai'dcr de la fascinalion comme du dé-nigrement .

Si bien |irt''|iarc par Ic'- cii-c(»n>lances

à sa lâche d'historien, il ne l'était pas moins par son tour d'esprit. Les Mémoires révèlent une raison équilibrée, attentive au détail des choses et capable d'en embrasser l'ensemble, un bon sens bourgeois dans une âme héroïque. Nul ne se rattache plus authentiquement à la lignée si française de nos anciens chroniqueurs, de ces hommes d'action qui aimaient à raconter leurs gestes. Yillehardouin, Joinville, Comines, Montluc. Certes, notre contemporain n'a plus la fleur de naïveté des vieux âges ; mais on retrouve chez lui l'humeur des bons conteurs de chevauchées, la simplicité, l'observation sagace, l'esprit qui s'amuse aux petites choses, le cœur qui s'émeut aux grandes.

Ils sont déjà dans toutes les mémoires, ces tableaux d'une infinie variété où Marbot se montre tour à tour portraitiste, peintre d'histoire, peintre de genre. Naturellement, les épisodes dramatiques sont les plus nombreux. 11 y en a de sublimes, comme la mort de Lanncs à Essling, dans les bras de l'auteur, comme le sacrifice du \¥ de ligne à Eylau. Marbot est allé porter à ce régiment l'ordre de se replier; il passe à travers des nuées do Cosaques, il

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l>;irvient au sommet du monticule où les restes (lu 14*^ sont formés en carré. Le chef de l)ataillon qui commande lui explique en quelques mots la situation : enveloppée par les forces ennemies, cette poignée d'hommes n'a aucune chance de rejoindre l'armt'e ; autant mourir sur place. — « Je ne vois aucun moyen <le sauver le régiment, dit le chef de bataillon ; retournez vers IKmpereur, faites-lui les adieux du W" de ligne, qui a fidèlement exécuté ses ordres, et portez-lui l'aigle qu'il nous avait donnée et que nous ne pouvons plus défendre ; il serait tro]) pénible, en mourant, de la voir tomber aux mains des ennemis. » — Le commandant me remit alors son aigle, que les soldats, glorieux dé^bris de cet intrépide régiment, saluèrent pour la dernière fois des cris de Vire F Empereur \... eux qui allaient mourir pour lui. » — Marbot emporte l'aigle ; criblé de blessures, un i)oulet (|ui coupe son cha|)eau achève de lui faire |)erdre connaissance ; il tombe, toute la cavalerie de Miir;il lui passe sur 1(^ corps; des maraudeui'S le dépouillent de ses vêtements: la nuit le surprend gisant sur la neige, tout nu. perdant son sang et se pr<'paranl ;ï niouiir, (|iiaii(l un valel de ('liaml)re

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(lAugeroau le reconnaît pai- miracle et le (ire du cimetière (rEylaii.

On trouvera dans le dernier volume, entre autres scènes palhtHiques delà campagne de Russie, une de ces anecdotes qui prennent tant de relief sous la ])lume de Marbot. Il vient d'ensevelir les soldats de son régiment, tués au combat de Sivostchina. — « (le pieux devoir accompli, je voulus faire « panser ma blessure de la veille, qui me causait des douleurs affreuses, et fus pour cela m'asseoir à l'écart sous un immense sapin, .l'y aperçus un jeune chef de bataillon qui, adossé contrôle tronc de l'arbre et soutenu par deux grenadiers, fermait péniblement un petit paquet dont l'adresse était tracée avec du sang. Cétait le sien ! Cet officier venait de recevoir, à l'attaque du camp russe, un affreux coup de baïonnette qui lui avait ouvert le bas-ventre, doù s'échappaient les intestins... Le sang coulait toujours: le coup était mortel. Le malheureux blessé, qui ne l'ignorait pas, avait voulu, avant de succomber, faire ses adieux à une dame quil chérissait; mais après avoir écrit, il ne savait à qui confier ce précieux dépôt, lorsque le hasard me conduisit auprès de lui. Nous ne nous connaissions

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i|iit' (lo vue : iK'iinmoiiis. prcsst'' par les a])|MO(lios lit' la inoil. il iiH' plia (rime \<»i\ pi'escjUf éteinte de lui lendre deux services; et, après avoir l'ait éloigner de quelques pas les grenadiers, il nie donna le paquet en disant, les larmes aux yeux : « Il y a un portrait! » 11 me lil promettre de le remettre secrètement en mains pr()|)res, si j'étais assez heureux pour retourner un pnir à Paris ; « du reste, ajouta- L-il. ce nest pas pressé, car il vaut mieux qu'on ne reçoive ceci que longtemps après que je ne ^erai plus... » Je promis do Tn'îlC(,tU[il ter de cette |)énible mission, ceriîucvjèWe'^Vw' èx'é<;uter que deux ans j)lus tard-j^eja r844l^;. Ouitttt'îi la seconde prière que maili'^^sa ie jeune chef de ])ataillon, elle fut exaucée deujt' hejir^ ^iprès 1 Il lui •'•tait [X'uihle de penser que son corps serait dé(-hiré par les loups, dont le pays foisonne, et il désirait que je le lisse placer à coté (In lapilainc cl des cavaliers du 2?)", duiil il a\ail \ii I fiili'ircim'iil. .Ir iiiv engageai, et ce nialliriijcux oflicier ('•laiil nioil f|in'l(|iif' l('ni|ts après noti'c ciitrelit'ii. je nie cdiirormai à ses dcrniei-s vo'ux. »

[.es souvenirs de Marhot ne son! pas l<Hij(ini> aussi tragi(|nl'^. llsahundrni ni IraiU

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piquants, Tenvers comique de Tôpopée. Traits de lumière quelquefois, tant ces anecdotes bien choisies donnent à penser. Après le combat de Bregenz, le jeune aide de camp d'Augereau esl chargé de porter à l'Empereur les drapeaux pris sur les Autrichiens, il joint Napoléon ai quartier de Briïnn, il lui remet les trophées, Sur ces entrefaites arrive Haugwitz, l'ambassadeur de Prusse, qui ignore encore l'avanlagÉ remporté par Augereau sur Jellachich. — « L( maréchal du palais Duroc, après nous avoii prévenus de ce que nous avions à faire, lil replacer en secret, dans le logement que Mass\ et moi occupions, tous les drapeaux que nous avions apportés de Bregenz ; puis, quelques heures après, lorsque l'Empereur causait dans son cabinet avec M. d'Haugwitz, nous renouvelâmes la cérémonie de la remise des drapeaux, absolument de la même manière qu'elle avail été faite la première fois. L'Empereur, en entendant la musique dans la cour de son palais, feignit létonnement, s'avança vers les croisées suivi de l'ambassadeur, et voyant les tro])hées portés par les sous-ofliciers, il appela l'aide de camp de service, auquel il demanda de quoi il s'agissait... On nous lil onlrer, ol là, sans sour-

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ciller, comme s'il ne nous avait pas encore vus, Napoléon reçut la lettre du maréchal Augereau, qu'on avait recachetée, et la lui. hien qu'il eu connût le contenu depuis quatre jours. Puis, il nous questionna... » — Marbot entre dans son rôle à merveille, il appuie sur les (h'tails les plus capables de faire effet sur l'envoyé prussien. — « Les veux de .Napoléon élincelaient et semblaient me dire : « Très bien, jeune bomme ! » Enfin il nous congédia, et en sortant, nous l'entendîmes dire à Tambassadeur : <( Vous le voyez, monsieur le comte, mes armées triomphent sur tous les points. . . L'armée auliichienne est anéantie, et bientôt il en sera de même de celle des Russes ! » — M. dFLaugwit/ paraissait atterré. » (le jour-là, ïalma eût été jaloux de celui dont un pa|)e avait dit : Trafiedimi le , coiiimcdhin le .

Et l'aventure de la petite modiste de Ratisbonue. (iiirlle hdle matière à j)hiloso|)her ! Lr i;('néral l*t'l('l raconle dans ^Q9> Mémoires, et d'autres historiens ariirnienl api'è>^ lui. <|iie nos troupes durefit leur salut à Ihéroïsme d'une femme française. \'oici comment Marbol létablit les faits. Ajuès lassant de Ratisbonue. où il entra le prrniicr. il lui cliai'i;!'' i\\' ((induire uni'

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