‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 18 sur 99 · III. — Explorations à sec sur des coquilles de Méléagrine · texte numérisé non relu

III. — Explorations à sec sur des coquilles de Méléagrine

Un jour, nous eûmes entre les mains un certain nombre de valves de la Meleagrina margaritifera ; elles nous étaient données par le capitaine d'un bâtiment qui en avait pris une trentaine de tonnes, aux îles aux Perles, près. de Panama. Cette bivalve abonde en effet dans ces parages, et les pècheurs qui en exploitent les bancs après avoir chargé leurs bateaux de coquilles viennent les déposer sur les iles. Entassés sur le sol, les Mollusques ne tardent pas à s’y décomposer, et, aussitôt que les tissus ont à peu près disparu, on procède à la recherche des perles qu’ils ont abandonnées. Les valves ne sont pas perdues, on les expédie en Europe, où leur nacre est utilisée.

Nous avions eu l’idée d’en adires quelquesunes en peignant de petites marines sut leur surface intérieure. L’une d’elles nous ayant paru peu propre à cet usage fut rejetée, non sans dépit et avec quelque force; elle se brisa sur le parquet, et les fractures laissèrent échapper de son épaisseur deux ou trois coquilles également bivalves, mais d’un genre tout différent, des Modioles.

Notre attention excitée, nous reprimes les fragments, et nous découvrimes que la Méléagrine était criblée de perforations (fig. 3).

. Parmi les Mollusques, il est quelques familles qui

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ne peuvent vivre en liberté dans les eaux qu’elles habitent, il en est qui s’enfoncent dans la vase et y demeurent enfouies, ne communiquant avec les couches liquides qui la recouvrent qu’au moyen

de siphons. D’autres se creusent des demeures

dans le bois, dans les roches, etc. Les animaux que nous venions de découvrir appartenaient à cette seconde catégorie, aux Perforants.

Peu après sa naissance, le jeune Mollusque s’applique sur la valve de la Méléagrine comme il le ferait sur une roche, et, malgré la dureté de celleci, il ne tarde pas à y pénétrer. Le trou qu’il pratique et par lequel il s'introduit, demeure ouvert; il est souvent agrandi, car c’est par le canal auquel il sert d’orifice que les siphons parviennent au dehors et remplissent leurs fonctions, attirant dans les viscères l’eau nécessaire à la respiration, qui contient à la fois les matières utiles à la nutrition et les principes que l’organisme élabore pour produire la sécrétion dont le test est composé.

Cette situation singulière constituait un fait curieux qui devenait plus intéressant encore en raison du nombre des espèces de Modioles que nous rencontrâmes logées dans les valves de Méléagrines. Nous pûmes en effet recueillir abondamment des Modiola (Lithodomus) appendiculata, attenuata (fig. 3), caudigera, cinnamomea, fusca, opifex et une espèce inédite à laquelle nous donnâmes le nom de excavata (fig. 5).

Elles sont parfois d’une taille relativement fort grande : nous possédons un exemplaire occupant encore la retraite qu’il a perforée, il mesure 80 millimètres de longueur et 16 de diamètre. Qu'on juge ce qui pouvait rester de l'épaisseur de la valve autour de la partie creusée, 1 millimètre à peine, et en quelques endroits le Mollusque avait été obligé de sécréter une lame auxiliaire pour fermer au dedans les déchirures pratiquées par la Modiole. Ce fait de reconstruction ou plutôt de réparation se présente assez fréquemment ; nous avons bien des fois rencontré des sortes de boursouflures qu'on aurait pu prendre pour des perles adhérentes et qui n'étaient qu'une espèce de rempart élevé par le Mollusque, légalement propriétaire, pour se préserver du contact gênant et nuisible du parasite.

Il arrive même que l’envahisseur, continuant à croître, doit nécessairement augmenter la capacité de son réduit; la couche réparant l’avarie est de nouveau percée, puis reproduite, et, sur certains sujets, on trouve trois et quatre lames superposées.

C’est au hasard, on le comprend bien, que les cavités se creusent; il arrive donc que deux Modioles dirigent leur travail dans des directions qui doivent amener une rencontre. Malheur à celle qui a dépassé la première le point d’intersection des deux lignes de marche; celle qui vient ensuite l’aborde par son travers et, continuant brutalement son chemin, traverse valves et animal sans s'in-

quiéter de celui-ci, qui périt bientôt, victime du 2

passage de son congénère.

IL est fort intéressant de suivre et d'observer ces travaux de perforants dans les couches de nacre; il est facile de le faire en les écaillant petit à petit au moyen de coups légers donnés avec un marteau et en s’aidant de la pointe d’un canif.

On s'aperçoit alors que les Modioles ne sont

pas les seules bivalves qui établissent leurs de-

meures dans l’épaisseur des valves de Méléagrine, lesquelles se trouvent souvent réduites à fort peu de chose par suite de l’envahissement. Au lieu

d'une masse qui devrait être dure et compacte,

on ne rencontre plus qu'un corps devenu fragile et facile à briser en raison du nombre considérable des cavités qui le criblent. De plein qu'il était, le test ne consiste plus qu’en une série de cavernes plus ou moins populeuses, dans lesquelles on rencontre des intrus d’une foule d’espèces. En effet, aux Modioles viennent se joindre des Gastrochènes,

des Pholades, des Saxicaves, des Pétricoles, etc.,

tout un monde destructeur de la nacre, et quand ses représentants meurent, ils sont bien vite rem-

placés par de nouveaux accapareurs des places

qu’ils ont laissées vides. Des embryons d’une foule d'espèces parmi lesquels se trouvent de nombreux Gastropodes s’introduisent par les communications que les perforations conservent avec le dehors et,

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s’y trouvant commodément et sûrement logés, y

grandissent et y vivent sans trouble.

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Nous voilà donc fouillant toutes les cavités, tous.

- les trous qui se découvraient sous nos coups de

marteau, et, comme résultat de ce travail, nous eùûmes bientôt tout un catalogue à dresser. L'éminent professeur Deshayes, auquel nous fimes part de la découverte, consentit avec une grande bien-

veillance à nous aïder dans l’accomplissement de

cette tâche.

Quelques mois après la rupture de la valve qui nous avait montré inopinément tout ce que pouvaient renfermer ces coquilles, en ayant reçu un assez grand nombre d’autres, nous avions pu recueillir à peu près toutes les espèces de cette faune méléagrinicole. Ce fut alors que nous présentâmes à la Société linnéenne de Bordeaux une Note sur. les perforations de la Méléagrine, — fait qui n'avait pas encore été signalé, — en lPaccompagnant de la liste des animaux que, depuis près de deux années, nous avions rencontrés en elle. Nous n'indiquerons ici que les noms de genre, ils suf-

iront pour qu'on puisse juger de ce monde nou-

veau de cavernicoles.

Gastrochena, quatre es-| Crassatella.

pèces. Septifer.

Teredo. Modiola, sept espèces.

Pholas, deux espèces. Perna.

Saxicava, trois espéces. Malleus, deux espèces. Sphenia, deux espèces. Lima. Cumingia. Ostrea.

Cochloderma. Terebratula.

Petricola, deux espèces. Hipponix.

Erycina, deux espèces. | Scutellina.

Cypricardia. | Crepidula, quatre espèces.

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