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II. — Personnel et outillage d’exploration

Après avoir attentivement étudié le plan que nous devions suivre afin d'exécuter des recherches sous-marines dans la Fosse de Cap-Breton, notre premier soin fut de nous rendre sur les lieux pour y organiser le service de l'exploration.

Nous nous mimes aussitôt en rapport avec un patron de pinasse, dont nous fûmes par la suite très satisfait.

Du reste quelques antécédents le recommandaient : il avait été employé par les ingénieurs hydrographes lors des derniers travaux de sondage exécutés sur la côte assez récemment. Bien au courant de toutes les particularités concernant les lieux où nous voulions draguer, il était déjà familiarisé par son service avec les hydrographes à se servir d’une boussole qu’en marine on désigne sous le nom de compas, pour prendre des relèvements; il savait déterminer du large la direction dans laquelle se trouve un point de remarque bien en vue et situé à terre. Nous n'avions donc pas à lui apprendre comment

PERSONNEL ET OUTILLAGE D'EXPLORATION 73 prendre ce soin essentiel. Essentiel en effet, car c'est par cette méthode que l’on peut connaître la position du lieu où l’on a opéré.

En relevant au compas les directions de deux

points portés sur la carte, un clocher, un phare,

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une balise, un cap, un arbre quelquefois, on se procure ainsi les deux côtés d’un angle, et, si onles trace sur la carte, leur point d’intersection, le sommet de langle, sera exactement le point de la mer duquel les relèvements ont été pris, c’està-dire où l’on a en même temps exécuté un sondage ou un dragage.

En cours d'opération, on se borne à inscrire les relèvements sur un carnet, et ce n’est que chez soi que l’on établit sur la carte les points d’opération. Dordezon était encore un des pêcheurs les plus expérimentés de la localité, et son embarcation passait pour la meilleure de toutes.

Intelligent, il comprit sans difficulté ce que nous attendions de lui; nos conventions furent aisément arrêtées. Chaque journée d’exploration devait être payée à raison de 40 francs et elle devait être employée à exécuter le plus grand nombre de dragages possibles, cinq au minimum.

Le personnel ainsi assuré, je dus m'occuper de le munir de l’outillage indispensable aux opérations, c'est-à-dire des cordages et des engins propres à recueillir sur le fond une légère couche de sable ou de vase, prise en labourant légèrement sa surface; puis de récipients destinés à recevoir le

contenu des appareils à leur retour du fond, c’està-dire des bailles pour un premier tamisage, des

bocaux, des flacons, des liqueurs antiseptiques propres à la conservation des sujets délicats devant

être plongés dans lalcool ou autres liquides à leur sortie de l’eau, enfin d’un certain nombre de tamis de divers calibres.

Aussitôt que notre arsenal de dragage fut bien pourvu et au complet, nous choisimes un jour de marée convenable et nous retournâmes à Cap- Breton. | |

Le lendemain matin, de bonne heure, nous embarquions dans la pinasse. Tout y était : l’outillage prêt à être mis en usage, les ustensiles bien arrimés. Nous démarrâmes ; le jusant nous eut bien vite conduits au bas du chenal et nous atteignimes la tête de l’estacade. Devant nous, à peu de distance, la barre était dessinée par quelques lames qui déferlaient sur sa crête; en decà et au delà, la mer presque plate.

En cet instant, sans préambule, Dordezon assis, la barre du gouvernail à la main, se lève, se découvre et prononce ces mots : « La prière! »

Aussitôt les huit marins lèvent leurs avirons, ôtent leurs bonnets. Le patron trempe la main dans la mer, fait le signe de la croix, puis prononce avec une certaine solennité le Pater et l’Ave

Maria, que répète en mème temps que lui chacun

des matelots. Jamais une pinasse ne prend la mer sans accomplir ce pieux soin. Nous fûmes pro-

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