‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 31 sur 99 · CT KT · texte numérisé non relu

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fondément touché, et notre émotion devint plus vivé en songeant que ces hardis pècheurs, pour agir ainsi, sentent bien le peu qu’ils peuvent en les périls qu'ils vont affronter, qu'ils sont impuissants à les vaincre s’ils ne sont pas secourus par Dieu.

Je voulus, en ce premier jour de recherches, faire une sorte de reconnaissance de la Fosse, c’est-à-dire opérer successivement sur chacun des points saillants du système rocheux et aussi dans les parties profondes qui restent à leur pied.

C’est à un tiers de mille environ de la côte que s'ouvre la dépression, par une profondeur de 163 mètres, descendant rapidement à 266, puis à 346. C’est à peu près vers ce point sonde que se trouve sur le bord nord de la dépression le premier pointement du massif, les Roches du Moulin. La cuvette s'enfonce alors jusqu’à 383 et 448 mètres; vis-à-vis de cette sonde on rencontre sur le contour du sud les Roches du champ de Talère. Au delà, la profondeur atteint 534 mètres, puis 641, tandis que sur la rive nord se présentent les Roches Duprat.

Suivant les cartes, on pourrait atteindre, à quelque distance . de la dernière profondeur, 1155 mètres; nous n’avons pu rencontrer ce point. En poursuivant vers l’ouest, du côté du nord, est placé le Champ des Vaches, qui s'élève à près de

800 mètres de la surface du fond. Celle-ci descend encore jusqu'à 995 mètres, et le dernier pointe-

ment, qui est situé au sud, les Roches du Doigt:

mordu, se trouve placé un peu au delà. Enfin la cuvette paraît se relever, la profondeur n’est plus que de 700 mètres et revient bientôt à une moyenne de 300. |

Cette investigation de la Fosse de Cap-Breton nous parut suffisante pour être assuré que nous y rencontrerions de quoi donner ample satisfaction à notre besoin de matériaux. Elle nous montrait de plus que son exploration pourrait, dans une certaine mesure , être comparée à celles qu’exécutaient, avec des moyens infiniment plus puissants, les marines américaines, anglaises et norvégiennes.

Ce fut donc en 1870 que commencèrent nos opérations dans la Fosse de Cap-Breton. Les . points de relèvement que nous choisimes furent : d’une part, le phare de Biarritz, qui s'élève sur le sommet du cap Saint-Martin (fig. 6); de l’autre, la grande balise de Cap-Breton, qui est située un peu au nord du chenal, sur une dune assez rapprochée du bord de la mer.

Le nombre des dragages de cette campagne ne fut que de quatorze. Qu’on ne s’en étonne pas et qu'on veuille bien se rappeler que la modique somme à notre disposition ne nous avait permis, une fois l'outillage payé, que de consacrer trois journées seulement aux opérations, et, pendant la

dernière, la perte de la drague, qui demeura accrochée dans les roches au troisième dragage, vint limiter les chiffres de ceux-ci, que nous espérions porter à dix-huit au moins.

Cependant nous nous trouvions satisfait et ne regrettions pas ce que nous avions dû ajouter de nos deniers lorsqu'il fallut régler les comptes de la campagne : il y a toujours en pareil cas des imprévus et nous n’y avions pas songé. Les résultats étaient en effet assez remarquables pour être jugés dignes d’être communiqués à l’Acadèmie des sciences.

Ils donnèrent lieu d’abord à une série d’analyses chimiques et géologiques de chacun des échantillons des fonds rapportés, analyses dues à M. Périer et dont l’ensemble formera par la suite un document précieux et des plus utiles. C’est qu’en effet ces analyses, exécutées avec un grand talent de chimiste, stéréotypent exactement la nature du fond de chacun des points où la drague a opéré.

Un mot, en passant, à propos de cet instrument, qui, lorsqu'on en use, devient en quelque sorte un prolongement de la main de l’homme, puisqu’avec son aide il va chercher jusque dans les abimes les plus profonds une partie de leur sol submergé et ramasse en même temps les animaux qui sy agitent aussi bien que ceux qui y sont fixés. Bien dirigé, cet outil répond parfaitement à ce qu'on attend de lui et remplace utilement la main, qui ne peut descendre comme lui, mais qui le guide dans ses recherches et dans

VAUT RES TES, L'EST DR nc L | Fe D PESTE

ses captures. Avec lui, en renouvellant plusieurs fois les dragages sur un même point, on peut être certain d'acquérir une connaissance exacte d'une partie de sa faune, et, comme nous le dirons plus loin, si l’on emploie en même temps le chalut, on la complétera parfaitement.

Indépendamment des analyses des fonds dont nous avons parlé, cette première campagne nous fournissait déja, par l'observation des animaux capturés dans les divers dragages en 1870, des résultats d’une grande valeur, puisqu'ils nous permettaient de formuler les remarques suivantes : 1° La nature des fonds a souvent autant

d'importance que la profondeur pour la réparti-

tion des espèces.

2° Si quelques espèces ne peuvent vivre qu'à de certaines profondeurs, il en est qui se rencontrent depuis le fond des plages jusque sur ceux situés les plus bas.

3° On retrouve sur les côtes de l'Océan des espèces qui étaient considérées jusqu'alors comme méditerranéennes.

4° La continuité de la faune lusitanienne avec

la faune océanique française rend inutile Phypo-

thèse d’une communication existant à l’époque tertiaire entre la Manche et la Méditerranée et à travers la France, pour expliquer certains faits en apparence anormaux observés dans la distribution géographique des animaux marins.

s° Enfin les courants n’ont aucune action

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appréciable sur la répartition des Mollusques non

pélagiens, mais les faunes se succèdent et se remplacent insensiblement en allant dans notre hémisphère du nord au sud.

Ces conséquences résultaient de ce que nous avaient appris nos premières recherches et nos nouveaux travaux. |

Il nous faut indiquer maintenant en quoi consistaient les récoltes que nous avions faites.

Les Bryozoaires, mal recherchés, nous devons en convenir, auraient dû fournir un bien plus grand nombre d'espèces; nous nous sentons un peu honteux de n’avoir à citer que :

Caberea Boryi. Crisia eburnea.

Cellaria foraminoïdes. Eschara elegantula.

Les Foraminifères, examinés et déterminés par

MM. Brady et Van den Broeck, sont :

Globigerina bulloïdes. Truncatulina labatula.

Orbulina universa. Textilaria cuneiformis.

Polymorphina lactea. Cristellaria calcar.

Bulimina pupoides. Miliola trigonula.

Biloculina ringens. M. Mariæ.

Pulvinulina auricula.

P. vermiculata.

Puis apparaissent pour la première fois dans POcéan les formes méditerranéennes suivantes :

Textilaria lœvigata. Orbiculina compressa. Un Nodosaria radula. fragment d’un individu de Polytrema universa, fixée | grande taille.

sur des coquilles mortes.

Planorbulina Mediterra-

nensis.

Enfin, une forme très intéressante, semi-vaseuse, semi-arénacée, que notre ami, le D' P. Fischer, décrivit en lui donnant le nom de Arenistella agolutinans (fig. 8). Plus tard, des doutes s’élevèrent au sujet de ce curieux organisme, et on crut reconnaître en lui une forme complètement arénacée, l'Ammodiscus Lindahli de l'expédition du Porcupine,

Fig. 8. — Arenistella agglutinans P. Fischer.

et dragué au nord de l'Espagne. Nous avons eu de nombreux spécimens de cette espèce et nous avons pu constater quelle appartenait bien à l’ordre des Rhizopodes (on l'avait mis en doute), et qu’elle différait de l’Aremistella agglutinans, non seulement en ce que la composition de l’enveloppe de celle-ci, ayant pour base la vase à laquelle se mêlent des grains de sable pour lui donner plus de force, lui permet de demeurer plus comprimée, mais aussi par l'allongement plus grand des bras ou rayons qui lui donnent une apparence stellée

que l’Ammodiscus ne peut montrer. La couleur de

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