LA MÉDITERRANÉE
c'est ainsi que la température du fond était obtenue et que l’on ramenait la valeur d’un litre d’eau puisée dans les couches tout à fait inférieures : elle état pesée aussitôt son arrivée à bord, une partie était ensuite renfermée dans des flacons propres à la conserver autant que possible en son état, une autre était traitée par l’acide osmique et renfermée de même.
Si la mer n’était pas parfaitement belle lors des dragages en grands fonds, il était de toute nécessité de procéder fort lentement en relevant les 1000 à 1500 prenuers mètres de fune, lesquels étaient habituellement filés en plus de la profondeur reconnue. Il fallait donc virer fort doucement en prenant force précautions, surtout lorsque le moment était venu de déraper l'instrument, et ce n’était guère qu'alors que la moitié de la touée était rentrée à bord que le treuil du petit cheval était lancé à toute vitesse et que le cordage s’enroulait en mettant environ une heure, par 1000 mètres, pour se retrouver à bord.
Nous pouvons donner tous ces chiffres comme exacts; ils ont été relevés sur le journal des dragages, lequel relate les particularités les plus importantes de chaque opération.
Avec un outillage un peu plus perfectionné que celui qui nous avait servi pour l'exploration de 1880, avec le même commandant et le même état-major que l’an dernier, tous si sympathiques, tous si appréciés et devenus des amis de bord, c’est
à-dire vrais et sincères, comptant sur leur habileté qui s’était accrue en raison de l’expérience acquise, nous pouvions beaucoup espérer. Cependant une exploration dans les grandes profondeurs de la Méditerranée ne nous inspirait personnellement qu’une médiocre confiance, et nous avions à cet égard, avant le départ, exprimé à un ami nos doutes et nos appréhensions d’insuccès.
Néanmoins ce fut avec entrain que le 4 juillet, vers 11 heures du matin, nous entendions donner l'ordre de déraper et que nous quittions le port de Marseille, où le Travailleur était venu attendre la commission. Nous traversons rapidement la rade, et cependant nous avons le temps de jeter un regard sur quelques-uns des détails intéressants qu’elle présente, son lazaret aux îles de Pomègue, les usines, les fabriques, les exploitations qui ont été placées aux points où les industries qu’elles représentent trouvèrent le plus d'avantages. Nous remarquons son animation : bateaux à vapeur, remorqueurs, navires à voiles, chalands, canots de passage, bateaux de pêche allant, venant, se croisant, lui donnant cette vie qui indique Pimmense activité d’un très grand centre commercial et industriel.
Nous laissons derrière nous Notre-Dame de la Garde, qui domine tout ce mouvement, qui domine
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surtout l'horizon et semble le protéger, donnant l'espérance à tout navire qui s'éloigne, le salut d’arrivée à celui qui revient; nous doublons Maïré et les Tiboulins ‘, puis Riou aux dentelures si aiguës et si raides, aux arêtes si vives; Planier et ses phares nous restent dans l’ouest. Nous courons vers l’est et nous voilà lancés sur la voie des recherches.
Nos premières opérations furent assez heureuses, c'est-à-dire qu’elles furent assez productives, mais cela tenait à ce que nos engins ramassaient sur des fonds de 300 à 6oo mètres, sur lesquels les animaux des zones littorales peuvent encore vivre, et ils se rencontraient là, vivants ou morts, en grande abondance. C’est ainsi que nous fimes dans ces profondeurs médiocres d’amples récoltes de Crustacés, de Mollusques, d’Annélides, d’Échinides, de Spongiaires, de Bryozoaires, de Rhizopodes, etc. Sans beaucoup nous écarter de terre, nous parcourons les abords de la côte de Provence, jetant la drague çà et là, reconnaissant tous les points du littoral et nous en servant pour déterminer chacun des lieux où la sonde et la drague s’enfoncent.
Devant nous se déroule peu à peu tout un panorama vraiment remarquable et dont les parties saillantes nous intéressent aussi bien au point de vue pittoresque que par leur importance locale, les souvenirs historiques qu’elles rappellent ou le