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précisément dans ce but serait en pareil cas fort utile.
Le ro août, le temps ne s'étant pas embelli, nous continuons notre route sans quil soit possible de sonder. Vers $ heures du soir, nous commençons à apercevoir la terre qui nous reste par tribord. À 6 heures, nous reconnaïssons, mais très
embrumé, le cap Finistère, et nous relevons le cap
* Villano à l’est du monde. Vers les 7 heures, nous ?
sommes par le travers de la pointe Bintra, et nous allons bientôt nous retrouver dans le golfe de Gascogne. |
Cependant le temps est encore trop mauvais pour que l’on puisse songer à opérer aucun dragage; il est décidé que nous irons au Ferrol passer un jour ou deux, qui suffiront dans cette saison pour que la série mauvaise ait son terme.
Donc le 11 au matin, nous faisons route pour entrer dans ce port: vers 7 heures, nous doublons la Tour d'Hercule et nous passons devant la Corogne, qui se montre à nous dans le lointain. À 9 heures, nous donnions dans le long et étroit goulet qui rend la rade du Ferrol une position si sûre contre toute attaque. Par-dessus la pointe qui nous reste à tribord et qui paraît tout à fait en dedans, nous apercevons les mâtures d’un assez grand nombre de navires de guerre.
Le 22 août, nous levions l’ancre du matin.
vers 6 heures
Sortis des passes du Ferrol, nous rencontrons au dehors la brise assez fraîche et la mer un peu grosse. Cependant, dès que nous nous trouvons assez au large, nous mettons le cap à l’est avec l'intention de relier l’exploration de cette année à celle de 1880.
Vers le soir, malgré l’état du temps, qui vraiment n'est guère propice, il est décidé qu’on enverra le chalut sur le fond; ce n’est que dans la nuit qu'il est relevé, et à sa rentrée à bord il fut clairement prouvé qu’il n'avait pu arriver à destination. Le vent imprimait au navire une vitesse de dérive trop considérable pour que l'engin ait pu descendre;
les poids qu’on y avait ajoutés en les supposant
suffisants ne l’étaient pas; dans ces conditions, il aurait fallu le lester davantage. Si nous n’avons rien ramené, nous avons au moins appris quelque chose : c’est ainsi que l'expérience s’acquiert.
Le 14, le temps s’est légèrement amélioré. A 6heures du matin, lasonde nous donne 4547 mètres; à 11 heures, n'étant qu’à 9 milles de terre, nous n'avons plus que 400 mètres. Nous ne pouvons guère draguer à cause de la mer, cependant nous nous rappelons les riches récoltes de l’an dernier sur ces fonds du golfe. Espérant mieux encore, nous voudrions les avoir déjà devant les yeux; anxieux, nous avons hâte d’avoir la preuve que nos espé-
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rances ne sont pas vaines. Tout au moins, nous
Fig. 10. — Brisinga coronata, O. Sars.
comptons bien être plus heureux que dans la soirée DE FoLIN. — Sous les mers. 12
d'hier. On opère donc, maleré tout, deux dragages,
l’un d’eux par 1916 mètres. Ce qu'ilsnousramènent "
nous satisfait grandement, car nous retrouvons cette richesse de faune de notre première campagne, et, comme il y a toute apparence que la journée de demain sera tout à fait belle, notre confiance dans les succès futurs est complète; c’est en y songeant que nous nous endormons.
Le 15, en effet, une série d'opérations des plus heureuses — nous n’exécutons pas moins de neuf sondages et de cinq dragages par 1225, 953, 1000, 1037, 392 mètres — fait naître au cœur de chacun une joie telle qu’il est donné aux naturalistes seulement d’en ressentir après d’heureuses captures. Nous avons été assez favorisés pour ramener presque intact, ce qui est extrêmement rare, un magnifique exemplaire de Brisinga (fig. 19), cet Échinoderme, merveille de la mer, si brillant, si vraiment beau, que l’heureux Norvégien qui en fit la découverte, P. Chr. Asbjornsen, poète et naturaliste, lui imposa un nom tel qu’il devait, dans sa pensée, proclamer tout ce que l’animal présente de splendeur.
Ainsi que le dit M. le professeur Angelo de Gubernatis, « il n’y a que les poètes qui soient capables de deviner, de saisir d’instinct certaines grandes vérités de la science, et Asbjornsen est un grand poète ». Nous pensons de même, croyant qu’il faut une aptitude particulière pour sentir toute la valeur de ces créations produites par des imagi-
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nations qui percevaient, sans que l’œil leur soit venu en aide, les splendeurs des plaines sousmarines, des grottes, des cavernes recouvertes par l'Océan, pour s'inspirer enfin de ces révélations et s'en servir ainsi que l’a fait le savant Norvégien.
Pour ces esprits qui devinaient en quelque sorte, c’étaient de féeriques jardins, des palais enchantés qu’ils peuplaient d’êtres d’une beauté idéale, les revêtant des métaux les plus précieux, des pierreries les plus éclatantes. Il ne leur fut pas donné d’apercevoir combien la réalité se rapprochait parfois de leurs fictions, mais ceux qui sont plus - heureux qu'eux et qui, les comprenant, parviennent à scruter ces abimes, ne s’étonnent que d’une “ chose, combien le sentiment de la réalité les ins- . pirait. Nous comprenons fort bien que Asbjornsen, à reconnaissant pour ainsi dire une description de ses - devanciers dans le brillant animal qu’il venait de - retirer du fond d’un abîme, lui ait attribué le nom même que cette reconnaissance évoquait: Brising - thebreast ornament, aïnsi que l’a indiqué notre savant - ami, M. le professeur O. Sars, l’ornement posé sur - le sein de Freya, la déesse de l’amour d’après la - mythologie scandinave; suivant les vieilles tradi- + tions, elle était séquestrée par Loke au fond des abimes de l'Océan primitif. On conçoit quelle - doit être la beauté imaginaire du principal bijou qui parait une personnification non moins belle, non moins chaude que partout ailleurs, de ce que le cœur ressent, aussi vivement dans les régions
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hyperboréennes que sous le ciel brûlant de léquateur.
Si nous admirons l'esprit poétique qui saisissait
si à propos le rapprochement naturel entre le vrai et la fiction, nous apprécions également le mérite de M. Asbjornsen lorsque, s’inspirant des beautés contenues dans les vieilles poésies de son pays, il a su profiter de ce rapprochement, pour en perpétuer le souvenir et en vulgariser au moins l’existence au monde entier par cette application zoologique.
Indépendamment de ce remarquable exemplaire, le dragage nous a donné de très curieux Crustacés, parmi lesquels il s’en est trouvé un revêtu de cette belle couleur rouge presque pourpre que nous avons déjà si fort admirée sur d’autres espèces. Des Mollusques, dont quelques-uns paraissent fort intéressants; des Échinodermes rares et dont plusieurs sont probablement inédits; de magnifiques poly-
piers, parmi lesquels un Caryophillia que l’on pour- -
rait presque prendre pour cette charmante rosenoisette qui porte le nom de Céline Forestier, tant
les teintes qu’il revêt sont semblables, tant elles se
nuancent par une dégradation des tons qui est tout à fait la même que sur la fleur. Des Rhizopodes, des Spongiaires, des Annélides logés dans les polypiers et bien d’autres organismes dont l’examen nous apprendra plus tard toute la valeur.
Le tout est en si grande abondance que c’est à
peine si nous pouvons suffire à cette besogne de
mettre un peu d’ordre dans un tel amas de richesses, ranger les sujets dans des bocaux, dans des tubes, les préparer pour qu’ils arrivent sans avarie à leur destination. La nuit nous trouve encore occupés à ces soins; bien à regret nous sommes
forcés de quitter le travail et de remettre au len-
demain le triage du dernier dragage, qui demeure soigneusement renfermé dans les bailles.
Le second de ces dragages, celui de 953 mètres, exécuté par 44° 4'45" de latitude nord et 9° 23' 30” de longitude ouest, nous a procuré une notable quantité d'assez gros morceaux d’un calcaire nummulitique, qui paraît être à peu près le même que celui de Biarritz. Nous avons donc obtenu sur ce point de fort intéressants échantillons géologiques, qui ne furent pas les seuls, car, par 1000 mètres, nous avions ramené un grand nombre de cailloux revêtus d’une patine rousse et la plupart
chargés de Bryozoaires, de Rhizopodes et autres
organismes.
C’est donc encore bercés par la perspective de faire pendant le jour qui va suivre des pêches tout aussi fructueuses, que le sommeil nous surprend.
Mais hélas! les jours se suivent et ne se ressemblent pas.
Le 16 au matin, lorsque nous nous réveillons, nous sentons de suite que le temps n’est plus celui de la veille; en arrivant sur le pont, nous constatons bien vite que la brise a fraîchi pendant la
nuit et que la mer est devenue grosse, assez mau-
vaise pour nous inquièter relativement aux captures auxquelles nous avions songé et que nous nous promettions.
Néanmoins on tente la fortune, une première opération ne réussit guère, trois autres lui succèdent sans meilleurs résultats, et vers 4 heures, le temps ayant empire et présentant la franche apparence d’une série de vents du sud-ouest qui pouvaient en venir à souffler violemment, le commandant renonce à poursuivre l’exploration vers l’est et se décide à mettre le cap sur Rochefort, car il faut que ce qui nous reste de charbon nous y conduise, etnous n'avons plus guère que le nécessaire pour le trajet et pour subvenir à toute éventualité, à toute chance de mer.
C’est donc après avoir remonté vers le nordest que le 17, vers 3 heures de l'après-midi, nous nous trouvons par 44° 48! 30° de latitude nord et 7° 0" 30° de longitude ouest, à peu près sur le parallèle d'Arcachon ou de Bordeaux et sur le méridien de Llanos en Espagne, port situé environ à mi-distance entre Santander et le cap Peñas, notre limite occidentale en 1880.
En ce moment, le temps s'était légèrement amélioré; un sondage s’est bien exécuté; ce serait bien beau pour le dernier dragage de l’effectuer par s 100 mètres. Le sort en est jeté, la drague s’en va à l’eau, seulement on prend les plus grandes précautions pour la descente, pour la remonte encore davantage, et ce n’est que douze heures après le
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commencement de l’opération qu’elle se trouve terminée. Ce fut en effet le 18, vers 3 h. so du matin, que les engins rentrèrent à bord.
La drague ne contenait que bien peu de chose : il nous parut clairement qu’elle s'était vidée pendant le long trajet qu’elle avait fait et l’espace de temps prolongé qu’il avait duré. Il y avait eu nécessité rigoureuse, afin de ne pas faire rompre la fune, de la virer avec une extrême lenteur pour soulager et relever le poids considérable de près de 7 kilomètres de ce cordage que l’on avait filés et dont le diamètre n’était pas moindre de 3 centimètres. Par suite de cette lenteur, chaque mouvement de roulis ou de tangage avait donné lieu à des secousses, produisant des soubresauts dont la conséquence était de projeter peu à peu au dehors le contenu de l’instrument.
Malgré cette perte, nous nous estimons encore fort heureux, et grâce aux soins minutieux que prit le commandant Richard, à l'attention non interrompue avec laquelle il veilla pendant toute l'opération, nous avons la satisfaction bien grande d’avoir réussi et de pouvoir inscrire sur le pavillon du Travailleur ce chiffre de $ 100 mètres, celui du dragage le plus profond qui ait été exécuté dans l'Atlantique.
La réussite d’une telle entreprise était un fait déjà bien beau par lui-même, mais le succès fut complètement caractérisé par le butin que nous recueïllimes dans la faible quantité de vase qui fut ramenée du fond.
D'abord la certitude que des animaux de diverses sortes peuvent vivre à des profondeurs aussi énormes, profondeurs qui peuvent être correctement appelées des abîmes, fut acquise. Nous avons en effet retiré du produit de ce dragage un nombre d'organismes relativement considérable, qui montre en outre que la vie s’y trouve largement répandue, et que lorsqu'on obtiendra des apports de pareils fonds, des apports normaux bien entendu, on sera amplement dédommagé des peines que l’on prendra par les précieuses richesses zoologiques qu’on en retirera. On reconnaîtra alors, plus sûrement que nous n'avons pu le faire, que la faune y présente des types qui lui sont propres, des particularités qui paraissent lui imprimer des caractères spéciaux, ce quin’est pas surprenant.
Ainsi nous trouvons un Rhabdammina qui paraît appartenir à l'espèce flexilis, beaucoup plus développé et plus fort que tous les individus de la même espèce que nous avons recueillis ailleurs. Au contraire, certains Reophax, l’Argentea par exemple, semblent avoir leur enveloppe plus ténue; ils ont un nombre de loges moindre, des formes moins régulières, et ils sont plus petits, ainsi que paraissent l’être la plupart des formes rencontrées. Le lavage de la vase, qui semble être beaucoup moins plastique que celle des autres fonds, a mis à nu un Crustacé Amphipode, neuf espèces de Crustacés Ostracodes : un d’entre eux doit appartenir à un genre nouveau (Onyphera Edwardsii), une
petite Annélide. Nous avons donc ainsi la preuve que des animaux assez élevés dans l’ordre zoologique habitent ces abimes.
Nous pouvons même supposer que d’autres qui leur sont supérieurs pourront y être trouvés, si nous nous en rapportons à la rencontre de quelques fines écailles qui paraissent avoir appartenu à des poissons, à celle de petites griffes qui semblent avoir armé des doigts, à en juger par leur ressemblance avec celles des pattes de tortue.
Mais la récolte la plus remarquable et qui est d’une abondance surprenante est celle des Rhizopodes. Nous comptons déjà plus de trente espèces d'Arénacés : Reophax, Psammosphera, Haplophragmium, Hippocrepina Trochamina, Hemicrypta, Rhabdammina, et plusieurs autres genres inédits. Les Foraminifères proprement dits sont encore plus nombreux, et parmi eux se trouvent un assez grand nombre de formes nouvelles. Enfin des Radiolaires, des Spicules de Spongiaires, des épines Échinodermes, des Bryozoaires ont été également
retirés des résidus après le lavage.
Ces constatations préliminaires montrent clairement quel puissant intérêt il y a à opérer des dragages sur ces fonds situés aussi bas et à une distance de terre qui n’est pas très grande.
À notre avis, on devra, pour exécuter ces opérations, ne se servir que de petites dragues fort légères à sacs évasés par le bas et qui seront lestées de poids à abandonner, ainsi qu’on le fait avec le
sondeur. Les funes pourront, par suite, n’avoir qu’un moindre diamètre, et, leur poids étant moins considérable, tout le système se trouvera allégé, on assurera ainsi la réussite des dragages en rendant leur accomplissement plus facile et plus rapide, en diminuant en même temps les chances d'accidents !.
Il sera en outre facile de mouiller deux dragues en même temps, ce qui augmentera les chances de réussite et suppléera à la faible capacité des instruments.
Ce fut la dernière opération de la campagne de 1881; elle couronna dignement des travaux accomplis non sans peines et sans fatigues, plus grandes encore que celles de 1880, puisqu'elles eurent trois fois plus de durée.
Cette année encore, nous rapportions une intéressante récolte d'animaux de bien des espèces, parmi lesquelles il s’en trouvait de nouvelles pour la science; de plus, nous avions acquis plus d’expérience dans les procédés des recherches. Nous avions appris bien des choses, et il résultait de cette expérience acquise d’utiles enseignements.
Ainsi nous pensons qu'il vaut toujours mieux
draguer avec de petits instruments dont l’enver-.
gure ne doit pas dépasser un mètre. On peut en mouiller trois en même temps, un sur l'arrière, les deux autres par les hanches, en les écartant
1. L'emploi du càble en acier dont il a été fait usage depuis vaut encore mieux.
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si l’on veut, au moyen d’un espar qui aidera à les rentrer à bord; ils travailleront sur une surface du fond à peu près égale à celle que labourerait une grande drague, et on aura quelques chances de plus de varier davantage les captures. Il sera facile de faire virer les trois funes à la fois, et l'opération, quoique divisée, ne prendra pas plus de temps que si elle était simple.
On peut également marier trois petites dragues, même quatre, et si on opère sur un fond de roches et que l’on accroche, on pourra en perdre une, tout en sauvant les autres.
En pratiquant cette méthode de mouiller trois petites dragues à la fois, on trouvera l'avantage de pouvoir employer plusieurs thermomètres dont les résultats se vérifieront les uns par les autres. IL sera de même facile de se servir d’un plus grand nombre de bouteilles à eau, de mieux disperser les fauberts qui agiront sur bien plus de points.
Enfin on devra faire usage, ainsi que nous l’avions proposé en 1880, d’un jeu d’hameçons de plusieurs tailles; ce que nous avons vu à Setubal a démontré péremptoirement le résultat que lPon peut en obtenir, et il sera facile de les disposer sur les funes sans qu’ils puissent gêner.
Il sera bon également d'employer un certain nombre de petits grappins spéciaux, en les plaçant aux environs des dragues et des poids fixés sur les funes. Ce que l’on arrache aux fonds est si peu de chose en comparaison de la multitude des êtres
qui les habitent et surtout des immenses espaces sur lesquels les efforts de l’exploration ne peuvent porter, qu’il faut bien reconnaître que c’est à peine si on y touche. Il est donc de la plus impérieuse nécessité d'obtenir tout ce que nos moyens d'ac-
tion nous permettent et conséquemment de mul-
tiplier ceux-ci autant que nous le pourrons. La drague est, répétons-le, la main de l’homme appliquée sur le fond des abimes, elle tâtonne encore, rendons-la aussi puissante que possible.
Le 18 fut une assez belle journée de mer, pendant laquelle nous nous rapprochions du port de retour : nous devions y arriver le lendemain. Il nous restait une importante besogne à accomplir, il fallait procéder à l’ emballage en caisses des précieux produits de l'exploration, et jusqu'au soir cette grosse affaire nous occupa.
Le 19, vers 2 heures du matin, nous apercevons les feux de la Baleine, puis peu après ceux des autres phares qui éclairent cette partie de la côte où se trouvent situés deux ports importants. Un pilote de l’île d'Aix passe non loin de nous; mais, comme il ne manœuvre pas pour nous accoster, nous continuons notre route. Ce n'est qu’alors qu’il n’est plus temps qu’il nous reconnait et qu'il cherche en vain à nous accoster.
Au jour, nous avons en vue les terres de France, et vers 7 heures du matin nous mouillons sur la rade de Pile d'Aix, près de l’Arous, qui remplace le Travailleur comme stationnaire. Nous y atten-
dons que le flot ait amené assez d’eau à l’entrée de la Charente pour que nous puissions y entrer. Vers 9 heures, l'ancre est levée, nous traversons rapidement la rade, nous doublons les forts qui défendent l'embouchure du fleuve et nous y pénétrons. Vers midi, la campagne est définitivement terminée, /e Travailleur est stoppé, on procède à son amarrage le long d’un des pontons de l’arsenal de Rochefort.
Et maintenant que nous allons nous disperser, c'est avec un sentiment de regret que nous regardons tous ces charmants et bons compagnons, que nous songeons aux heures que nous avons passées ensemble dans une étroite conformité de vues, d’espérances, de satisfactions, tous unis par la plus cordiale sympathie qu'aucun nuage ne vint troubler. Nous sentons que nous sommes liés à eux par les joies et les fatigues communes, par les travaux accomplis ensemble, et nous formons les vœux les plus ardents pour qu’il nous soit encore donné de faire, tous réunis, de nouvelles campagnes d'exploration. Aussi, en quittant le bon et brave Travailleur, le saluons-nous en lui disant au revoir.
Au revoir, au commandant Richard.
Au revoir, aux membres de la commission, tous bien chers et que nous n’oublierons jamais.
Au revoir à MM. Jacquet, Villegente, Bourget, Rangier, de l’état-major. Au revoir, à l’équipage.