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I. — Le « Talisman », installation et engins

Le Travailleur avait rendu de grands services, mais il ne pouvait convenir qu'à des campagnes restreintes à une courte durée. Peu marcheur, ne pouvant prendre qu’un faible approvisionnement

de charbon, il était insuffisant pour une exploration qui devait être poussée au delà des limites que ces conditions avaient imposées.

M. A. Milne-Edwards, s'appuyant sur les richesses zoologiques moissonnées pendant les trois campagnes des années précédentes, sur les documents scientifiques obtenus, réussit à faire comprendre que la France ne pouvait rester stationnaire, quand

elle avait ouvert une si belle voie aux recherches .

sous-marines et aux progrès qui en résultaient. Le ministre de l’Instruction publique comprit qu’il était utile de poursuivre ce qui était si bien commencé et qu’un bâtiment plus propre à une grande expédition était nécessaire. Le ministre de la marine, ayant compris de même, décida que l’éclaireur d’escadre le Talisman serait affecté à ce service. Le Talisman (fig. 26) est un beau navire que l'amiral Veron avait pu juger pendant une campagne qu'il fit avec son escadre dans les mers de Chine. Il Pappréciait à un si haut point que, lors-

qu’on voulut le condamner, il fit des efforts pour .

qu’au contraire on le conservit. Il fut en effet remis à neuf et avait déjà rendu de bons services depuis sa refonte. Navire mixte, c’est-à-dire en état de marcher à la voile sans le secours de sa machine, il pouvait facilement atteindre une vitesse notable, soit en usant de sa force vapeur, soit en se servant de sa voilure. Cependant, pour une grande exploration, le Talisman était encore trop petit, comme cela fut prouvé dans le cours de l'expédition.

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L'ordre ayant été donné de l’approprier au service auquel il était destiné, les ingénieurs du port de Rochefort se mirent à l’œuvre, et dans leurs mains, comme de la part de toutes les autorités maritimes, le Talisman devint un privilégié, un enfant gâté, auquel rien ne fut refusé.

Nous empruntons quelques lignes au rapport du commandant Parfait pour donner une idée des installations, des engins nouveaux et de leur mise en pratique. Ce que nous en aurions dit n’aurait pu être aussi clair et aussi précis.

Donnons d’abord le plan du pont du Talisman (ig. 27).

Appareil de sondage (äg. 28). — Il différait quant à son mode de fonctionnement de celui des années précédentes.

Il avait été placé au centre du bâtiment et se composait d'une poulie sur laquelle étaient enroulés 8000 mètres de fil de sonde en acier de 1 millimètre de diamètre, qui se rendait sur un rouet ayant 1 mètre de circonférence, puis descendait sous un chariot mobile le long des bigues, remontait sur une poulie fixe et tombait à la mer après avoir traversé un guide qui le maintenait dans le plan de cette poulie, même lorsqu'un peu de dérive le faisait incliner hors de la verticale. Le rouet

portait sur son axe une vis sans fin mettant en mouvement deux roues dentées indiquant le nombre de tours déroulés : l’une marquait les unités, l’autre les centaines; cette dernière était numérotée

Fig. 27. — Le pont du T'alisman.

A, A’, poulies arrière dans lesquelles passe d’abord le càble en acier; — B, B’, poulies avant dans lesquelles passe le càble pour aller dans:

— C, la poulie au bout du mât de charge; — D, treuil de déroulement et de remonte; — E, bobine sur laquelle s’enroule le càble; — F, chambres.

jusqu’à 10 000 mètres. Chaque tour correspondant à 1 mètre, il suffisait de lire le nombre de tours pour avoir celui des mètres de fil déroulés. Sur axe de la poulie d’enroulement se trouvait un frein manœuvré par un levier, à l'extrémité duquel était placé un bout de ligne venant s’amarrer sur le chariot. Lorsque, pendant le sondage, les mouvements de roulis augmentaient ou diminuaient la tension du fil de sonde, le chariot, sous l’action de ce fil, remontait ou descendait léoèrement le long des bigues; dans ce mouvement, il agissait plus ou moins sur le frein et réglait en conséquence la vitesse du déroulement. Lorsque le sondeur atteignait le fond, le fil se trouvant subitement allégé, le chariot serrait le frein et stoppait instantanément l’appareil. Ce système, imaginé par M. l'ingénieur des constructions navales Thibaudier, a toujours fonctionné d’une façon remarquable. Manœuvre du bâtiment. — La manœuvre à faire pour sonder consistait à amener le bâtiment debout au vent et à l’y maintenir sans vitesse au moyen de quelques tours d’hélice et de la brigantine bordée au milieu. Lorsaue les voiles étaient établies avant l’opération, on conservait le grand hunier masqué; sinon il n’était pas employé. Le sondeur convenablement surchargé de ses poids, ordinairement 50 kilogrammes, un thermomètre Miller-Casella à so centimètres en dessus de lui étant disposé, la corde du frein du chariot était mise à poste, le Brotherhood désembrayé et le

compteur ramené à zéro. Un homme, appuyant sur le levier du frein, maintenait le sondeur hors de l’eau jusqu’au moment où l'officier chargé de

l'opération commandait de lâcher tout. Quand le

Passerelle

Pont

Fig. 28. — Tracé géométrique de l’appareil de sondage. A, bobine d’enroulement ; B, roue de frein; C, lame de frein’; D, levier de frein; E, corde de frein; F, fil de sonde; G, roue à gorge du compteur; H, roue à gorge du chariot tendeur; J, poulie de déroulement; K, pièce à glissière du sondeur ; L,adents de suspension ; M, poids auxiliaires.

sondeur arrive sur le fond, on lit l'indication du compteur, le Brotherhood est embrayé et le sondeur se relève avec une vitesse de 150 mètres par minute.

Appareils de dragage. — Ils se composaient d’un

treuil puissant destiné à relever le càble, d’une

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