‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 73 sur 99 · PTS · texte numérisé non relu

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bobine sur laquelle était enroulé un câble en acier de 8000 mètres de longueur mis en mouvement par une petite machine auxiliaire, de poulies de retour pour le câble, d’un accumulateur en caout-

Fig. 29. — Drague avec ses fauberts.

chouc, d’un espar destiné à déborder les filets, enfin de dragues et chaluts.

Les machines et poulies ont été construites par M. Le Blanc, à Paris, sur le modèle de celles du croiseur américain le Blake, qui le premier a fait usage du câble d'acier pour les dragages en grandes profondeurs.

Treuil. — I] est à deux cylindres et muni de poupées dont l’une a 2 mètres de circonférence.

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Un frein est adapté à la grande poupée, qui peut être aflolée à volonté. Un compteur indique les tours de son mouvement.

Engins de dragages. — Dragues (fig. 29) et chaluts; ceux-ci, de 3 et de 2 mètres, étaient du mème modèle que ceux employés par le Blake.

Bobine. — La bobine est un gros cylindre horizontal très solide, ayant 1 mètre de longueur et 65 centimètres de diamètre, portant à ses extrémités des flasques circulaires qui débordent le cylindre de 42 centimètres; l’un de ces flasques porte, comme la poupée du treuil, un frein puissant. Sur l’axe de la bobine est une roue dentée qu'un embrayeur permet d’engrener à volonté avec le pignon d’une machine de dix chevaux disposée pour faire mouvoir la bobine. Cette machine à deux cylindres peut à volonté, comme celle du treuil, marcher en avant ou en arrière.

Chaudière. — La vapeur est fournie par une chaudière tubulaire placée en travers du pont, au-dessous de la passerelle.

Câble d'acier. — I] a été fabriqué par la Compagnie des forges de Châtillon et Commentry.

Il était en deux bouts, l’un de 8000 et l’autre de 4000 mètres, et composé de six torons de sept fils n° 6 en acier zingué avec âme en chanvre.

Son diamètre était de 10 millimètres, son poids de 350 grammes par mètre, la charge de rupture de 4000 kilogrammes.

L’extrémité du câble était munie d’une cosse

dans laquelle passait le boulon de la manille de la drague ou du chalut.

Fig. 30, 31, 32. — Accumulateur.

Accumulateur (fig. 30, 31, 32). — Il est composé

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d’un certain nombre de bagues épaisses, en caoutchouc vulcanisé, séparées les unes des autres par des rondelles en tôle, les unes et les autres traversées par une forte tige métallique terminée par de solides plateaux. A la rondelle supérieure sont fixées quatre tiges qui servent de guides à toutes et qui viennent aboutir sur l’inférieure, portant un anneau pour servir de point fixe. L’effort agit à la partie supérieure de la tige centrale, de telle sorte que l'appareil fonctionne par compression des bagues de caoutchouc.

Lorsqu'il est détendu, la longueur de l’accumulateur entre les deux plateaux est de 1 m. 90. Il n’a plus que 99 centimètres lorsqu'il supporte un effort de 2000 kilogrammes.

Il est surtout utile lorsque l'engin vient à s’accrocher sur le fond, ce qu’il indique par un excès de compression; on peut alors manœuvrer en conséquence ; il rend alors de grands services.

Espar. — Un mât de charge ordinaire placé sur l'avant du mât de misaine, d’une longueur suffsante pour déborder la muraille du navire d'environ 3 mètres. À son extrémité, un clan recevant une forte pantoire en fer porte la poulie dans laquelle vient passer le câble de dragage. L’autre bout de la pantoire va passer dans une chappe aiguilletée au mât de misaine sous la basse vergue et vient se fixer sur la tige de l’accumulateur placé le long du mât.

Eclairage électrique. — Machine de Gramme et lampes Edison.

Manœuvre du bâtiment pour draguer. — Chaque

matin, pendant qu’on donnait le premier coup de sonde, on prenait les dispositions suivantes.

On passait le câble dans les poulies de retour de l'arrière (fig. 27) et on venait lni faire faire 7 ou

Fig. 53. — Mise en place du chalut pour être immergé. À, accumulateur; C, chalut; E, mât de charge; P, pantoire soutenant le mât de charge.

8 tours sur la grosse poupée du treuil, en D; de là on le conduisait dans les poulies de retour de l'avant, puis dans celle de la pantoire, et on le frappait sur la drague ou le chalut (fig. 3 3) au moyen d’une manille dont le boulon était main-

tenu par une goupille. Le câble ainsi disposé restait en place jusqu’à la fin de la journée.

Suivant la profondeur et l’état du temps, on se servait d'un grand ou d’un petit chalut. Avec beau temps, les chaluts de 3 mètres ont été employés avec succès jusqu'aux profondeurs de 4060 mètres. Par plus de 4000 mètres, on ne se servait que des. chaluts de 2 mètres. Pour les grands fonds, on les surchargeait de poids d'autant plus lourds que la profondeur était plus grande : ainsi au delà de 3000 mètres nous mettions généralement six poids de 25 kilogrammes sur l’armature du grand chalut et deux gueuses de 25 kilogrammes sur le fond, soit en tout une surcharge de 188 kilogrammes.

Quand on voulait draguer, on désembrayait les deux machines; un homme au frein du treuil, un autre au frein de la bobine, se tenaient prêts à filer du câble.

Le bâtiment était amené vent arrière ou au moins grand largue, et il faisait route dans cette direction sous les focs et la misaine goélette, aidés de l’hélice s’il le fallait, avec une vitesse de deux ou trois nœuds.

Le chalut à l’eau, le déroulement s’opérait sous le seul effort du frein de la bobine; mais aussitôt que la tension devenait considérable, il fallait aussi faire agir le frein du treuil et augmenter la puissance de l’un et de l’autre au moyen de poids suspendus à leurs leviers. Pour éviter l’échauffement, on les mouillait constamment.

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La quantité de câble filée variait suivant la profondeur. Lorsque la touée suffisante était dehors, ce qu’indiquait le compteur du treuil, on abaissait les deux freins, laissant le bâtiment courir de l'avant quelques minutes encore pour bien raïdir le câble, puis on mettait la barre dessous, et le navire, venant en travers au vent, n’était plus soumis qu’à la dérive. Elle doit être très lente pour bien pêcher lorsque le filet est sur le fond; si la brise est fraîche, on doit carouer la misaine goélette et haler bas les focs.

Pour relever l'appareil, on amenait le bâtiment debout au ventafin d’avoir le moins de roulis possible. Cette manœuvre demande une grande visilance de la part des mécaniciens chargés des treuils; il faut qu'ils aient toujours soin que le câble soit très tendu entre la bobine et le grand treuil, qui ne doit être mis en marche qu'après la bobine.

Lorsque le filet arrivait à la surface, il était mis à bord au moyen du palan de bout de vergue de misaine et d’un palan d’étai.

Vitesse de déroulement. — Elle a atteint 100 mètres à la minute; l'expérience a démontré qu'avec cette vitesse on risquait moins d’embrouiller le câble.

Vitesse d’enroulement. — Elle était d'environ so mètres à la minute. Cependant, pendant les mois de juillet et d'août, à la suite des avaries éprouvées, elle n'avait qu’une moyenne de 38 à 40 mètres, dépassant encore ce que produisaient les machines des années précédentes.

L’état-major du Talisman était ainsi compose :

DE FoLIN. — Sous les mers. 17

M. Parfait, capitaine de frégate, commandant;

M. Antoine, lieutenant de vaisseau, chargé du.

détail ; M. Jacquet, lieutenant de vaisseau ;

M. Gibory, enseigne de vaisseau; M. Bourget,

enseigne de vaisseau; M. le D' Vincent, médecinmajor; M. Huas, second médecin; M. de Plas, commissaire. |

La commission d'exploration était présidée par M. Alph. Milne-Edwards. En faisaient partie : MM. Léon Vaillant, Edmond Perrier, Paul Fischer, Filhol; comme les années précédentes, nous comptions aussi au nombre de ses membres.

MM. Ch. Brongniart et Poirault étaient adjoints comme aides naturalistes.

Le 1° juin 1883, à 11h. 45, du matin, £ Talis-

man quittait le port de Rochefort; à 2 h. 5, il mouillait sur la rade de l'ile d’Aix pour embatquer ses poudres; à 4 h. 43, il remettait en marche et faisait route pour la mer (fig. 34).

À 9 heures du soir, par de bons relèvements, le point de départ était déterminé ainsi : lat. nord, 46° 2'; long. ouest, 2° 58”.

Nous voici de nouveau lancés sur la voie des recherches. L’exploration, aussi bien préparée

qu’elle l’est, nous semble promettre d’être non

seulement plus fructueuse que les précédentes,

mais les soins avec lesquels elle l'a êté permet-

tent aussi d'espérer que les investigations, au moyen d'engins plus puissants et mieux appropriés, auront de plus surprenants résultats. Bercés

par ces perspectives que l'imagination fait appa-

raître brillantes, et en les développant comme elle en usait avec les cerveaux scandinaves, nous nous endormons, sans souci aucun des bruits monotones de la machine, qui nous conduit de plus en plus au large en nous éloignant de la côte de France. Nous ne sommes pas les seuls qui courent ainsi en laissant le port derrière nous : au

jour plusieurs navires sont en vue, et dans la

matinée trois bateaux à vapeur se découvrent, faisant route dans diverses directions.

Le 3 juin, à 10 heures un quart, la terre s’aperçoit; à 11 h. 25, on reconnait la Estacca de Vares et le cap Ortegal; nous maintenant toujours en vue de terre, nous doublons le cap Prior; puis

la Tour d'Hercule se montre vers $ heures. A

9 heures, les feux des îles Sissargas et du cap Villano sont relevés. .

Le 4, au matin, vers 4 heures, le cap Finistère s'aperçoit; le nombre des navires qui sont en vue est plus considérable, cela n’a rien d'étonnant: d'abord ce sont les bateaux à vapeur des lignes qui desservent quelques ports de la côte d’Espagne et qui ont aussi des relations avec la France et l'Angleterre, le cabotage actuel. Puis -nous nous trouvons en ce moment sur un point spécial, en vue de cette pointe occidentale extrême de la pé-

ninsule, le cap Finistère, dont le nom devient ici significatif : c’est le terme de l’Europe pour ceux qui vont prendre la route des mers lointaines, des Indes et des terres américaines; ils y viennent pour saluer encore d’un signe de main, prendre définitivement congé, car c'est surtout de là que compte le

départ. Combien de jours vont se passer sans jouir

de ce spectacle qui intéresse toujours le marin, une côte sous les yeux? C’est aussi un point de reconnaissance que viennent chercher les navigateurs qui, descendant du nord, doivent se rendre sur les rivages du Portugal et s’y arrêter ou simplement les longer, ceux qui vont à Cadix ou dans la Méditerranée.

Enfin, pour les bâtiments qui reviennent, le cap Finistère, c’est de nouveau l’Europe projetant son flambeau au devant de leurs pas pour éclairer leur retour, leur présenter les approches de la patrie,

leur donner l’avant-coût du foyer qu’ils vont re-

trouver. Sur l’horizon qui l’entoure on commence à respirer l’air du pays. Aussi c’est avec bonheur qu’on le salue, qu’on l’acclame lorsqu'il est signalé. C’est donc lui que le navire qui opère son retour cherche, c’est lui sur lequel il se dirige pour assurer le point d'arrivée, de même qu’il a servi pour celui du départ. Conséquemment, pour tous, ce point

constitue un lieu de rendez-vous, et il est naturel

qu’on s’y rencontre en nombre.

À 3 heures, stoppé pour sonder; le sondeur rencontre le fond par 1933 mètres, sable vasard.

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À 3 h. 40, immergé la drague, opération nulle; le câble s’est entremêlé sur une grande longueur, l'engin n’a pas touché le fond. Avec du temps et de la patience on débrouille le càble sans qu’il ait éprouvé d’avaries. Dans la soirée, expérimenté la machine Gramme.

Le $ juin, nous faisons route tout le jour ; proftons-en pour donner une légère idée de la façon dont le service se fait à bord d’un navire de guerre : quelques mots extraits d’une page de journal suffiront pour cela. 4 heures, changé la bordée de quart, c’est-à-dire que la moitié de l’équipage qui veillait est remplacée par l’autre moitié. 6 heures, branle-bas : tout le monde est debout. 6 h. 10, déjeuner de l'équipage. 7 heures, l'équipage à laver le pont, puis à se laver lui-même; propreté du bâtiment partout, fourbissage, astiquage.

1o heures, exercice du canon ou du fusil, des

petites armes, de manœuvre, etc. Midi, diner de l'équipage par bordées. 2 heures, exercice. s heures, souper par bordée. 6 h. 15, appel aux postes de combat. 6 h. 30, la prière, branle-bas : une bordée se couche, l’autre veille. Ajoutons que, lorsque les opérations de dragage le nécessitaient, les exercices n'avaient pas lieu.

Dans la matinée, six bateaux à vapeur remontant vers le nord ont été aperçus. À midi, en vue des Berlingues et du cap Carvoeiro. Mis le numéro du Talisman pour le Sémaphore. Nous nous rapprochons de terre et longeons la côte de Portugal.

À 3 heures, les clochers du palais de Mafra apparaissent au loin : on dirait un grand navire sous voiles. Puis la côte se défile, et l'immense palais et la ville se montrent; Ericeira leur succède: à s heures, ce sont les hautes croupes des montagnes de Cintra que nous avons sous les yeux; à

6 heures, doublé le cap Razo. Nous passons devant

l'embouchure du Tage, et nous voilà par le travers du cap Espichel, dont le feu reste en vue jusque vers 10 heures du soir; ii disparaît alors, le Talisman faisant rapidement son chemin.

Le 6 juin, beau temps; aperçu la terre par bâbord. Nous nous en rapprochons, et à 9 heures nous ne sommes plus qu'a 4 milles du cap Saint-Vincent, un peu plus près encore du cap Sagres. Pendant cette journée, trois sondages s’exécutent par 99, 106 et 118 mètres; chacun d’eux est suivi d’un

dragage. Ils donnent des Mollusques, des Anné-

lides, des Pennatules, des Veritelles, et quelques poissons. Un des engins est tombé sur un banc d'Avicules, ces Acéphales dont les valves lésèrement renflées présentent quelque peu le gracieux aspect de l’hirondelle.

En suivant la côte, nous reconnaissons successivement le mont Foia, une des montagnes les plus

élevées de cette partie du Portugal, les monts Figo.

et Sebral, les situations d'Almadena, de Faro, d’Albufcira, d'Alearia, de Cume, etc. À 7 heures du soir, le cap Sainte-Marie.

Le 7 juin, à 1 h. 45 du matin, aperçu Chipiena,

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et, à 3 h. 30, le feu de Cadix. Au jour la blanche Cadix sort des vapeurs qui l’enveloppaient et que dissipent les premiers rayons de soleil. Le spectacle est vraiment un de ceux qu’on ne se lasserait pas d'admirer; mais, la lumière devenant de plus en plus intense et le navire se rapprochant rapidement, les aspects changent, devenant plus accusés, et, prenant une réalité plus vive, ils perdent un peu de leur charme poétique. Cependant cette ville, qui semble sortir, comme le ferait un cygne, du sein de la mer, n’en demeure pas moins gracieuse et enchante toutes les fois qu’on la revoie. À 5 h. 20, nous prenons le pilote; à 6 h. un quart, mouillé sur rade par huit mètres de fond.

Le 9, à 9 h. 17 du matin, l'ancre levée, le Talisman fait route pour le large, laissant derrière lui les petites villes du fond de la rade, Santa- Maria, Puerto-Real et Rota.

À 1 heure, au large de Cadix, qui nous apparaît encore, mais comme se noyant dans l'Océan, les montagnes derrière elle ayant disparu, stoppé, sondé, 60 mètres. Dragué, résultat assez satisfaisant en Mollusques, quelques Pennatules. Un second dragage par 126 mètres nous fait rencontrer un banc de Comatules; le filet en est littéralement plein. Une troisième opération par 174 mètres est nulle.

Vers 3 heures de l'après-midi, nous apercevions, mais brumeuses et vaguement dessinées, les montagnes de Patria et les terres du cap Roche.

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