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__- — — Itinéraire du Travailleur.
Fig. 34. — Itinéraire du 4
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Le 10 juin, à 2h. 30, beau temps, jolie brise de N.-N.-O., mer un peu houleuse. Dans la journée, sondé par 540, 622, 717 mètres; à-4 h. 10, la sonde accuse 1084 mètres. Quatre opérations de dragage au chalut correspondent à ces sondages;
c’est à la hauteur du cap Spartel qu’elles s’effec-.
tuent. La première produit une bonne récolte en Calveria, Brissinga, Holtenia, Spongiaires remarquables, Jsis, Astéries, et, parmi ces étoiles de mer, des Per‘igonuster, enfin des Mollusques. La deuxième re donne que quelques Mollusques, Fuseaux et Syndosmia. La troisième au contraire fournit dz magnifiques résultats : des Cidaris hystrix, ce bel oursin à longues et fortes baguettes; des Ophiures, étoiles de mer formées par un disque armé de longs bras qui ressemblent à de petits serpents; une autre Astérie inédite, des Comatules, un grand nombre d’Holtenia, ce joli corail nommé Lophohelia, des Isis, de nombreux poissons.
Lorsque le chalut revint à bord pour la quatrième fois en ce jour, il contenait encore une très belle pêche, de nombreux poissons, des Mora © Médilerranca entre autres, des Macrures et bien d'autres. De magnifiques Crustacés, des Aristées en particulier, ayant plus de vingt centimètres de longueur ; disons, pour mieux faire comprendre la valeur d’une pareille taïlle, que l’Aristée ressemble
assez à une crevette, et ce terme de comparaison . suffira pour qu’on juge si nous n’avions pas lieu d’admirer.non seulement la dimension, mais aussi la splendide couleur rouge de leur carapace. Il s’y trouvait aussi des Pagures (communément Bernard Pherinite), des Calveria, des Astéries (Etoiles de mer), des Holtemia, des Mollusques, des Coraux, et pourtant le chalut avait été déchiré par ces derniers et, probablement surtout, par ceux quil n'avait pas arrachés du fond. Dans la soirée, employé la lumière électrique.
Le 11 juin, très beau temps; nous nous trouvons au large de la côte du Maroc, par le travers de El-Arish. :
Trois dragages sont exécutés, le premier par 958 mètres; fond de vase; le chalut rapporte des Peneus (Crustacés), des Siponcles (Annélides), diverses éponges Holtenia et Aphrocalistes, eï des Mollusques. Les deux autres, par 1216 n :tres,.se confondent en un seul; ils produisent des poissons, au nombre desquels se trouve une remarquable espèce, l’Halosaurus Ouweni, des Holothuries déprimées, des Echinides, des Holtenia et, parmi les Mollusques, des Terebratules, c’est-à-dire des Brachiopodes qui sont généralement fixés sur les Coraux. Dans les tamis, après le lavage de la vase, nous pouvons déjà distinguer de beaux exemplaires de Foraminifères, Biloculina et Lingulina.
Le 12 juin, très beau temps, légère brise
de O.-N.-O.
208 ® CAMPAGNE DU & TALISMAN ÿ
À 4 h. 34, sonde, fond de vase par 2526 mètres. À 5 h. 55, immergé le chalut; lorsqu'il est de retour à bord, on s’aperçoit qu’une de ses ferrures a été brisée; il rapporte cependant un poisson des
plus précieux : c’est le Melanocetus Johnsonii (Gg. 35),
connu seulement jusqu’à ce jour par un seul exemplaire que des pêcheurs de Madère avaient trouvé, à la suite d’une violente tempête, flottant sur l’eau, non loin de Funchal, où il fut apporté. Une légère avarie au treuil est réparée; en même temps on coupe 100 mètres du câble de dragage, devenus suspects par suite de coques qui s’y étaient formées. Cependant à 3 h. tout est en état; sondé, trouvé fond par 142$ mètres. À 3 h. 32, immergé le chalut. Il revient peu chargé, quelques petits Crustacés et un Céphalopode. Cette journée s’est passée à environ 70 milles au large de Rabat (côte du
Maroc).
13 juin, beau temps, faisant route sous voiles à 5 h. 40 m., sondé fond à 3110 mètres. À 10 h. 30, immergé la drague par 2190 mètres; elle rapporte un second exemplaire d’Halosaurus Oweni, des Holothuries (Leptygone), des Holtenia, divers Mollusques.
14 juin, très beau temps; nous nous trouvons à la hauteur de Mazaghan; une série de dragages s’exécutent, le premier par $so mètres : il donne un assez grand nombre de poissons (Sébastes, Malacocéphales, Leptocéphales, Scopelius, etc.), des Pendales, jolis crustacés, des Holothuries, des Oursins,
des Pentagonaster, des Brachiopodes, des Plumulaires, des sis, des Sertuisires, des Eponges, enfin
des Mollusques.
Le second s'exécute par la mère profondeur, et
les résultats sont les mêmes, un Limops:s assez re-
marquable en plus.
Le troisième par 920 mètres, animaux identiques, un grand nombre d'Éponges.
Le quatrième, 110$ mètres. Pas mal de poissons (Synaphobranchus, Bathypteroïs, etc.), des Cidaris, des Astéries, Brissinga, Ophiures, des Ascidies,
.des Hollenia, quelques Mollusques, et, parmi eux, notons un Fusus d'espèce peut-être nouvelle.
Le cinquième, 1319 mètres. Bathypteroïs, Malacocephalus et autres, des Arisiées, des Cidaris, des
Mollusques.
Le sixième, 1635 mètres. Astéries (Pentagonaster entre autres), des Comatules colorées en un beau jaune très franc, des Aristées, des Cidaris.
Remarquons que nous n’enregistrons ainsi que
‘les animaux qui apparaissent de suite au sortir du
filet ou qui sortent de la vase à mesure que le lavage l’élimine. Mais, indépendamment de ceux-ci,
il reste toujours sur les tamis des résidus consti-
tuës en partie par une foule d'organismes qui ne peuvent être reconnus qu’à l’aide de la loupe et que l’on ne peut séparer qu’alors que ces matériaux sont bien secs. Ils sont généralement en nombre très considérable, et le temps manquerait pour les extraire; en conséquence, on conserve avec très
grand soin dans des sacs, dans des tubes ou dans des boîtes ces éléments de travail, destinés au
laboratoire à terre. On peut donc à priori se faire une idée des captures de sujets d’une certaine .
taille, mais on ne peut en avoir aucune de la multitude de formes infimes que le dragage procure et dont les catalogues ne peuvent être dressés qu’à la longue et à la suite de travaux minutieux. Dans les tamis, des Cuvieria et des Conchygena apparaissent.
15 juin, très beau temps, qui nous permet d'opérer dans d’excellentes conditions, c’est-à-dire que nous n'avons à redouter que les accidents qui auraient pour cause la nature du fond, des roches à têtes saillantes ou des coraux trop solidement fixés. Nous nous trouvons à la hauteur du cap Blanc, et à 7 heures du matin nous apercevons la terre par bâbord à une très grande distance.
Le nombre des dragages est de six.
Le premier par 120 mètres, sur un fond rocheux. Le chalut, bien que fortement avarié, ramène des Crustacés, des Mollusques, des Astéries ; une drague le remplace : elle est également très endommagée par les roches.
Par la même profondeur, mais le fond étant moins hérissé, la seconde opération ne produit que des résultats analogues à ceux que nous venons d'indiquer.
La troisième s'exécute par 410 mètres et pro-
cure peu de chose, quelques Flabellum, charmants .
4 LA) PORN TORRES ne
coraux, des Acanthephira, jolis crustacés, et des mollusques.
La quatrième, 723 mètres. Dragage nul, le fond s’est subitement abaissé, et la profondeur est devenue telle que l'instrument n’a pu l’atteindre.
La cinquième, 1400 mètres. Important dragage;
Fi
g. 50. — Malacosteus niger. 15 juin 1885. 1400 m. Eat: N. 55910". Long. O..r1°407.
il doit être considéré et noté tout particulièrement, en raison des cris enthousiastes qui furent proférés autour du chalut à mesure qu’on en retirait un à un les individus qu’il avait capturés, cris de joie, et cependant c'était une foule d'êtres qu’il avait arrachés à la vie. Mais qui pensait à cela en proclamant la prise d’un Eurypharinx pelecanoïdes, de petite taille, il est vrai, représentant néanmoins l'espèce découverte l’année précédente à bord du Travailleur dans les mêmes parages à peu près, spécimen DE FoLIN. — Sous les mers. 18
bien précieux d’un poisson sans analogue encore.
Cependant ce n’était pas tout : on découvre bientôt un autre poisson tout aussi noir que le premier, mais ne lui ressemblant pas. Celui-ci est le Malacosteus niger (fg. 36), qui porte en dessous de chaque œil et un peu en arrière une plaque d’un jaune verdâtre à travers laquelle l'animal projette d’intenses jets de lumière. La nouvelle de cette capture se répand rapidement d’un bout du navire à l’autre, et chacun d’accourir pour admirer, non l'animal, qui par le fait n’est pas très beau, mais la merveilleuse particularité due à une propriété spéciale de son organisation. Notre ami Jacquet, en sa qualité d’officier chargé des appareils électriques, se sent plus vivement intéressé qu’un autre à la découverte : il quitte ses lampes Edison pour venir lui aussi porter son tribut d’hommages à celles plus naturelles que portait un poisson, les allumant sans le secours d'aucun intermédiaire, à son gré, par sa propre volonté et par le fait d’une propriété organique. Après avoir bien examiné le sujet et plus particulièrement ses lanternes :
« Comment se nomme-t-il, ce poisson?
— Malacosieus niger,répondle professeur Vaillant.
— Tiens, tiens, reprend Jacquet, c'est là le nèore qui a mal accosté ‘; rien d'étonnant à ce qu’il se trouve ici. »
1. Accoster est un terme de marine qui s'applique aux embarcations. On dit qu’un canot accoste le long d’un bâtiment, d’un quai, etc.
Et ce mot est le signal qui fait éclater une de ces périodes d’aimable gaieté caractérisant un de ces bons moments pendant lesquels les esprits, s’excitant, s’épanchaient en joyeuses saillies. Et ces propos humoristiques, source de francs rires, se renouvelaient souvent, et le temps se passait ainsi entre les joies des belles récoltes et les entretiens charmants qu’elles suggéraient.
Le sixième dragage n’est point fructueux.
16 juin, très beau temps, brise de nord, belle mer. Quatre dragages au large du cap Cantin.
Le premier par 2600 mètres. Le filet rapporte
des poissons, Bathypterois, Macrurus, etc.; de très
remarquables Dentales, d’une dimension extraordinaire, Dentalium ergasticum, déjà rencontré l’année dernière dans ces parages. Ce sont des Mollusques Gastropodes ou plutôt des Soleniconcha, qui ont la forme d’une défense d’éléphant, d'où vient leur nom. D’autres Mollusques encore, puis des Mopsea, polypier ressemblant un peu à un arbuste
maigre de feuilles, enfin des Brissinga.
Le deuxième, par 2400 mètres, est nul.
Le troisième, de 1917 mètres, nous dédommage : des poissons, des Pentacrines, des Astéries, des Holothuries, des Flabellum, des Siephanotrochus, des Mollusques.
Le quatrième, par 1435 mètres, tout aussi brillant que le précédent, donne des Bathypterois, des Macrurus, des Halosaurus, des Malacocephalus, parmi d’autres poissons à déterminer ; de nom-