ENCORE LES POISSONS, ET ACCESSOIREMENT QUELQUES CANARDS
Il est des choses qu'on aurait vraiment quelque peine à croire si elles n'étaient affirmées par les nouvellistes. Il me semblait que depuis quelque temps des prodiges sinistres, — portent osa, — se manifestaient en France. Un nombre plus qu'ordinaire de veaux à deux têtes et de centenaires lisant sans lunettes apparaissaient dans les faits divers, — mais ce n'était rien. — Une poule, animal domestique qu'on n'avait jamais jusqu'ici accusé que de caquetage, devenait hydrophobe, mordait sa maîtresse, qui succombait aux suites de l'accident. Faudra-t-il donc désormais museler les poules comme les bouledogues? Faudra-t-il que quelque Gérard nouveau.
vienne s'illustrer dans nos basses-cours, devenues des endroits périlleux, et acquière des droits à la reconnaissance publique, qui l'appellera *** le Tueur de poules.
Au même instant, j'avais été attristé par les détails de la tentative de suicide d'un caniche, que tous les nouvellistes racontaient comme ils avaient raconté l'histoire de la poule féroce.
— Eh quoi ! me demandai-je, n'est-ce pas pour rnoi assez de vivre dans un pays excommunié? La France serait-elle donc plus excommuniée qu'on ne le croit? Comment se fait-il que ce soit en France, en effet, et non en Piémont, que ces choses étranges se manifestent?
J'étais encore attristé de ces réflexions et des faits
qui leur donnaient naissance, lorsque les journaux,
semblables à cette lance fameuse qui guérissait les
sures qu'elle avait faites, me vinrent apporter de
grandes consolations.
Je lus un matin que les caves du faubourg Montmartre s'étaient remplies d'eau, sans qu'aucune grosse pluie, plus, sans qu'aucune inondation, sans qu'aucun débordement pût expliquer ce phénomène. Je pensai immédiatement à une certaine cave de la rue Cadet, 6, dans laquelle j'ai quelques raisons de c
qu'il vieillit d'assez bon vin dont quelques bouteilles seront bues à la santé de l'ami absent. Et j'allais encore prendre ce prodige pour un malheur qui fondait sur la moderne Babylone. Le raisin doit-il être poursuivi et détruit, même lorsqu'il se peut croire à l'abri dans des bouteilles dûment cachetées ? Mais combien je fus rassuré lorsque j'appris que plusieurs propriétaires de caves y avaient péché de très-beaux et trèsbons poissons !
« La science, disent les nouvellistes qui racontent cela, cherche et va bientôt trouver les causes de ce fait extraordinaire. » Je crois avoir quelques droits de me compter parmi les savants en fait de pêche, après 'Ux-huit ans de pratique sur les côtes de Normandie, et après avoir publié un dictionnaire du pêcheur qui obtient, j'aime à le croire, le succès qu'il mérite. Eh bien ! j'avoue que, pour ma part, je n'ai plus faii, depuis la lecture de ces articles sur les caves du faubourg Montmartre, que chercher les causes les plus probables du fait qui doit occuper singulièrement les méditations de MM. Coste, Valenciennes et Quatreliges, lesquels régnent sur les poissons par droit de conquête. Il ne m'est venu jusqu'ici à l'esprit que des lueurs mobiles et incertaines, pareilles à ces mouches luisantes qui voltigent le soir dans les campagnes
italiennes au mois de mai, dans l'air pur de l'odeur des roses.
Mais une lettre que m'adresse un propriétaire de cave submergée paraît jeter un jour étrange sur la question.
Je laisse à mon correspondant la responsabilité du récit quelque peu singulier que contient sa lettre, tout en faisant remarquer que ce récit n'est pas plus difficile à admettre que celui de la poule hydrophobe ou du caniche dégoûté de l'existence, qui n'ont pas trouvé de contradicteurs.
« C'est moi, monsieur, m'écrit mon honorable correspondant, c'est moi qui, le premier, m'aperçus de l'invasion de l'eau dans les caves du faubourg Montmartre. J'ai l'habitude de ne confier à personne la clef de la mienne, et je vous laisse à juger de mon étonneraient lorsque je la trouvai pleine d'eau. En même temps, un bouillonnement singulier me fit comprendre que cette eau était habitée ; j'ouvris une lanterne, et je vis courir çà et là, avec l'apparence de la frayeur et de l'égarement, une vingtaine de barbillons et trois carpes, plus un poisson qui m'est inconnu. Or, il est bon de vous dire que, depuis quarante ans et plus que je pêche à la ligne, tous les jours que Dieu a faits, sous l'arche du Pont-Royal qui avoisine
les bains Vigier, j'ai la prétention de connaître quelque peu les poissons qui habitent la Seine. Les autres poissons, barbillons, carpes, etc., s'étaient réfugiés derrière les barriques; celui-ci seul, en possession du terrain humide, leva la tête hors de l'eau. C'était, monsieur, un poisson d'une livre et demie pour le moins. La seule fois que j'ai tiré de l'eau quelque chose pesant une livre et demie, c'a été un soulier de porteur d'eau qui s'était accroché à ma ligne. Vous comprenez que mes instincts de pêcheur se réveillèrent vivement, et que, sortant précipitamment de ma cave, je la fermai à double tour et m'empressai d'aller chercher cette ligne redoutée. Je redescendis, j'amorçai, et je la jetai au devant de mon hôte.
» Quel fut mon étonnement, monsieur, lorsque ce poisson, levant la tête au-dessus de l'eau, fit entendre un petit ricanement, prit la parole et dit : « Bourgeois, mon ami, replie bien vite cet engin ridicule. Crois-tu que je ne vois pas? L'hameçon que cache ton asticot, c'est un hameçon anglais n° 4, empilé sur racine ou boyau de ver à soie; ça n'est pas mal fabriqué, et ça doit bien faire quand tu d'adresses à des poissons sans éducation. Rengaine et replie tout cela, et réponds à ma question. Je sais bien que je suis par 48° 50' 1 4" latitude N. et 0. longilude, c'est-à-dire à Paris, c'est-
à-dire à 379 kilomètres S.-E. de Londres, à 4,372 kilomètres N.-O. de Rome, à 2,700 kilomètres N -0. de Saint-Pétersbourg
» Ce que je te demande, ô bourgeois, c'est de me dire sous quelle rue est creusée cette cave qui me fait l'effet de t'appartenir. »
» Vous comprenez facilement, monsieur, que je fus au moins stupéfait d'entendre parler ce poisson. J'ai fait mes études dans un collège de Paris, où j'ai appris, comme tout le monde, le latin et le grec, après quoi j'ai été rangé dans une des deux classes qui composaient la totalité des jeunes Français auxquels, pour principale éducation, on enseignait les deux seules langues qui ne se parlent pas; la première classe se composait de ceux qui n'avaient rien appris, la seconde de ceux qui avaient tout oublié. Je dois dire cependant que je n'ai oublié que presque tout, et que je me souviens qu'Ovide appelle les poissons muets, muti pisccs. J'ai pris personnellement bien des poissons, monsieur : aucun ne m'a parlé. J'ai bien ouï dire par les journaux qu'un phoque disait papa, mais veuillez me le pardonner, monsieur, vous qui êtes quelque peu nouvelliste, je n'ai ajouté que peu de foi à un tel récit. Cependant je me rassurai et je répondis : «Vous êtes dans la cave de la maison n°...f
de la rue..., dans un immeuble qui m'appartient. Ainsi j'ai quelques droits de vous demander comment vous vous êtes introduit ici , et quel poisson vous êtes?
» — La propriété, dit le poisson, est une question sur laquelle j'aurais beaucoup à dire ; mais un intérêt plus puissant m'occupe; il faut que vous me rendiez un service. Vous que le hasard a rendu mon hôte, je vous en adjure au nom de la sainte hospitalité, il faut m'envoyer chercher M. Valenciennes à l'Institut. En échange de ce service, je vous donnerai tous les éclaircissements que vous voudrez après que vous m'aurez fait donner une côtelette de mouton et un verre de vin. »
» Je cédai, monsieur, à la demande de ce poisson comme on n'en voit guère ; j'envoyai ma portière à l'Institut demander M. Valenciennes avec un mot de moi cacheté, et, sans rien dire à personne de ce qui m'arrivait, je redescendis à ma cave, et, faute d'une côtelette, — il eût fallu employer, à la faire paner et cuire, un temps que mon impatience eût regretté, — j'offris au poisson un peu de blanc de volaille et un peu de vin, qui lui fit dire : « Diable! mais c'e^t du sauterne d'une assez bonne année. »
» — J'espère, ajouta-t-il, que vous n'avez pas la pré-
tention de manger un poisson comme moi. D'abord, vous pouvez vous assurer que je suis maigre; les veilles m'ont fatigué, je n'ai que les écailles sur les arêtes. Tl vous sera plus agréable de me conserver chez vous dans un bassin. Je suis un poisson de bonne compagnie ; c'est M. Valenciennes qui est allé me chercher en Prusse ; il m'a apporté tout petit, il m'a élevé et instruit au collège de France, où M. Coste m'a accoutumé à manger de la viande cuite, comme il a été constaté dans un rapport fait à l'Académie. J'ai de la littérature; M. Sainte-Beuve, un peu dégoûté de la jeunesse humaine, à ce qu'il paraît, a fait un joli cours du samedi pour les poissons du collège de France. Nous étions là 80,000 poissons dans des cuvettes, qui avons plus ou moins profité du haut enseignement qui nous était donné. Cette éducation dans les cuvettes nous a profité au moral, mais a nui à notre développement physique. Du reste, c'est le sort commun des savants. M. Sainte-Beuve ne possède qu'une beauté intérieure, et presque tous ceux que j'ai connus étaient à peu de chose près dans le même cas.
» Vous voudriez d'abord savoir, ô bourgeois, comment je me suis introduit dans votre immeuble. A vous dire le vrai, je suis sur ce point presque aussi
ignorant que vous-même. Un matin, on nous a portés presque tous dans la nouvelle rivière du bois de Boulogne ; de là, quelques-uns ont réussi à passer dans la Seine.
» Les poissons élevés avec moi au collège de France ne manifestaient de moi aucune terreur; il n'en a pas été de même quand je me suis trouvé dans la Seine : là, j'ai rencontré des poissons sans éducation, des poissons sauvages, et je me suis vu incompris et mal apprécié. Il est vrai que je suis le poisson que Lacépède conseillait de ne pas introduire en France à cause de sa voracité, et que ces pauvres diables de poissons, qui n'ont pour guide que leur instinct, ont reconnu l'espèce, sans pouvoir, à cause du peu de culture de leur intelligence, apprécier l'individu et les modifications que l'éducation a pu apporter à ud naturel pervers.
» Je suis »
» Ici, monsieur le rédacteur, mon hôte le poisson a dit un nom de poisson que je ne connais pas; il m'a semblé entendre quelque chose comme « silure. » mais je ne puis l'affirmer tout à fait.
» Il continua :
» Il est évident qu'à l'état sauvage je ne valais pas mieux que le brochet de vos rivières; mais
M. Coste, à son éternelle gloire, nous a appris au collège de France à manger des côtelettes panées; M. Sainte-Beuve nous a élevé l'esprit depuis que, suspendant ses autres travaux, il a pu consacrer ses loisirs aux poissons. La terreur de ces imbéciles de poissons n'est pas justifiée ; je me nourris pythagoriquement de végétaux plutôt que de manger du poisson cru, et je vous avouerai que je vis assez mal... Mais votre commissionnaire doit être revenu. »
» Je remontai, monsieur le rédacteur, et je vis en effet que mon portier était de retour; il n'avait pas trouvé M. Valenciennes chez lui, et il avait laissé ma lettre. Je redescendis donner cette nouvelle au poisson.
» — Je suis impatient de le voir, me dit-il, car j'ai d'assez fortes choses à dire à lui et à ses collègues les pisciculteurs de l'Académie. Le pêcheur Remy a en réalité créé la pisciculture en France ; il l'a réinventée, car il ne savait pas lire, et n'a pas eu la facilité qu'auraient pu avoir ces messieurs, qui ne sont venus cependant qu'après lui, de trouver la chose toute expliquée dans l'ouvrage de Lacépède.
» Eh bien! le pêcheur Remy s'est conduit honnêtement à l'égard des poissons ; il les a fait éclore, il les a élevés, et, les nourrissant des aliments qui se trouvent dans toutes les eaux, il ne leur a pas cultivé
l'esprit, et il les a ensuite lâchés sans inconvénients dans les lacs et rivières.
» Mais ces messieurs du collège de France, qu'ontils fait à notre égard? Hélas! ce qu'on a presque toujours fait à l'égard de la jeunesse française, en donnant une éducation exclusivement littéraire à des gens qui, rentrés ensuite dans la vie prosaïque, souiïrent et deviennent haineux des besoins qu'on leur a donnés et qu'ils ne peuvent satisfaire. C'est ainsi qu'on abandonne la charrue. Si nous étions destinés à vivre dans les rivières, il ne fallait pas changer nos habitudes et nos mœurs, il ne fallait pas nous orner l'esprit, il ne fallait pas nous créer pour le corps et pour l'âme des besoins désormais impérieux, c'est-à-dire nous accoutumer aux côtelettes panées de M. Coste et à la faconde non moins panée de M. Sainte-Beuve. Certes, nous souffrons d'horribles privations; nous ne mangeons plus de poissons crus depuis que M. Coste nous a fait horreur de cette pisciphagie, et, ne trouvant point de côtelettes panées dans le lit de la Seine, nous sommes réduits à un régime végétal. Je sens que mon estomac se fatigue. Donnez-moi encore un peu de blanc de volaille et un petit coup de ce vieux sauterne.
» — Mais, repris-je après avoir obtempéré aux dé-
sirs de ce poisson, vous ne me dites joas comment vous êtes venu dans mon immeuble.
— Sans le faire exprès. Je me suis amusé un moment de la terreur que ma présence causait à l'espèce moutonne des poissons de la Seine; une foule de ces imbéciles s'est précipitée dansunégout, où, je l'avouerai, j'ai ramassé quelques débris de gigot braisé qui m'ont reconforté. Dans cet égout était un gros rat noir qui faisait un trou; moi, j'ai suivi les poissons, tant ça m'amusait de les voir fuir ainsi. Tout à coup, je me suis trouvé ici où je dois un excellent déjeuner à votre hospitalité. Je vous disais donc que j'avais de vifs reproches à adresser à ces messieurs les savants qui nous ont élevés. Qu'allons-nous devenir, moi et ceux qui, comme moi, ne peuvent plus vivre de la vie des poissons? Quelques-uns se désespéreront, d'autres s'insurgeront contre la société, où ils ne pourront trouver leur place. De grandes douleurs particulières, de grands malheurs publics seront la suite des actes légers de? savants.
» Nous manquerons de côtelettes panées, nous manquerons de M. Sainte-Beuve, notre existence sera décolorée, mais nous apprendrons à nos enfants à s'en passer, et, au moyen de la science qu'on nous a imprudemment donnée, nous secouerons le joug dv1,
l'homme et son injuste domination sur l'empire des eaux.
» Il n'est pas besoin de vous dire, ô bourgeois, que la pêche sera plus que jamais une illusion, que nous apprendrons à tous les habitants des rivières et des fleuves à connaître vos pièges grossiers.
» Si l'on veut éviter ce malheur, il faut que l'on nous réintègre au collège de France, il faut que l'on subvienne aux besoins nouveaux que l'on nous a donnés , il faut qu'on nous rende l'éloquence de M. Sainte-Beuve et les côtelettes panées de M. Cosîe.
» — Mais, dis-je au poisson, n'aviez-vous pas consenti à rester chez moi?
» — Oui, reprit-il, parce que j'aime le repos. Je ne compte pas me mêler aux événements qui se préparent; la politique m'attriste , et si vous acceptez mes conditions, je rentrerai dans la vie privée.
» — Quelles sont ces conditions?
» — D'abord vous me logerez dans un bocal suffisamment grand ; les cuvettes des savants du collège de France sont petites. Il faut reconnaître leur dévouement ; ils se lavent peu les mains depuis deux ans pour nous donner une hospitalité généreuse quoique étroite. Je tiens à être logé un peu plus largement.
» Vous me donnerez des côtelettes panées.
» Vous vous abonnerez au Moniteur, où je trouverai les articles du lundi de M. Sainte-Beuve, et aussi quelques nouvelles de l'extérieur.
» Si jamais M. Sainte-Beuve reprend son cours au collège de France, vous m'y porterez dans un bocal; vous ferez imprimer un recueil de vers mélancoliques dans le genre de ceux de Joseph Delorme , que j'ai composés depuis que je suis exilé dans la Seine. J'y exprime quelques regrets que je ne crois pas sans éloquence sur la cuvette où j'ai passé mon enfance intellectuelle. Vous...
» A ce moment , monsieur le rédacteur, on frappa violemment à la porte de la cave ; tous les poissons s'enfuirent, sans excepter mon nouvel ami. C'était ma famille éplorée , qui venait s'enquérir des causes de mon séjour trop prolongé dans ma cave. Je n'y avais pas séjourné aussi longtemps depuis février 1848, époque où la république nous aurait dévorés, sans notre altitude qui la contraignit à se montrer douce et débonnaire, la pauvrette.
» Je rassurai mes gens, puis je leur communiquai l'étrange aventure du poisson savant ; mais quand je voulus le leur montrer, je le cherchai en vain : il avait disparu avec les autres; ils avaient sans doute retrouvé le trou par lequel ils s'étaient intro-
duits. On me traita de rêveur, n'osant me traiter de menteur.
» Pour vous, monsieur, qui avez cru au suicide du caniche , à la poule enragée et aux poissons couvés par des poules, vous ne vous étonnerez que médiocrement de ce qui m'est arrivé, et vous le porterez à la connaissance de vos lecteurs. Cela engagera ceux des propriétaires qui, comme moi , ont trouvé des poissons dans leurs caves, à donner les renseignements qu'ils ont pu réunir, et qui peuvent être d'un haut intérêt pour la science.
» Je suis, monsieur, etc. »
Je maintiens ce que j'ai avancé, que l'arbitraire devient fatalement du Shahabaham.
Néron chanteur, bizarrement accoutré, se fait applaudir sur le théâtre au moyen d'une claque armée.
Caligula fait son cheval consul.
L'arbitraire napolitain obtient en ce genre, aujourd'hui, un succès fou en Italie. Ce système semble être l'exacte parodie de celui du grand Shahabaham. Sa loi contre les chapeaux, celle contre la barbe, celle contre les gens qui se rassemblent et contre les gens qui restent seuls, sa loi sur la bastonnade, etc., dé-
passent même, au point de vue comique, la fameuse loi du despote des Variétés : « Que tout le monde s'amuse! Ceux qui ne s'amuseront pas seront empalés 1 »
Il y a deux ans , lorsque je pris la résolution de m'en aller, je comptais voir Naples et j'envoyai mon passe-port, dûment légalisé, paraphé, etc., à la légation napolitaine, où l'on refusa tout net de le signer. Sans cela, je pourrais vous donner ici de plus amples détails sur les conséquences de cet arbitraire si évidemment imité de Shahabaham et de Marécot. La Patrie et le Pays auraient sans doute reproduit ce morceau , dans l'éloquente indignation qui leur inspire de si vives tirades contre le despotisme.
Je ne me suis pas aperçu que le journal Y Univers, qui s'est donné la mission de glorifier les jésuites, ait montré un peu de réserve et de modestie dans ses allures, le 1er du mois d'août. Celait l'anniversaire de l'assassinat de Henri III par Jacques Clément (1 er août 1589). Il serait peut-être de bon goût et de bonne conduite à la fameuse Société de ne pas faire de bruit et de se faire oublier de son mieux à de pareils anniversaires.
Si c'est par oubli ou par étourderie que MM. Nonotte, Veuillot, Patouillet et Coquille ont gardé leur chapeau sur l'oreille ce jour-là , et leur attitude de croquemitaines dévots , ils ont eu une belle occasion de profiter de nos bons avis le 24 de ce même mois : c'était l'anniversaire de la Saint-Barthélémy (24 août 1572).