MINES NOUVELLES A EXPLOITER
Je signale un grand secours donné par la science à la société inquiète et haletante. — Le mot haletante s'expliquera tout à l'heure,
La société moderne veu*. de l'or, de l'or, toujours de l'or.
Depuis la découverte des mines d'or de la Californie et de l'Australie, dans un sol ingrat qui ne produit qu'une richesse de convention, puisqu'une autre convention pourrait transmettre la valeur de l'or à des coquillages comme à Otahiti , ou à des morceaux de papier, comme à Paris, à Londres, etc. ; — dans un sol ingrat, il s'est donné assez de roups de pioche pour défricher une grande partie des terres incultes,
qui seraient devenues une source inépuisable de richesse réelle et vivante.
Eh bien ! la Californie et l'Australie ne suffisent pas à calmer la maladie dont je parlais dernièrement: la soif de l'or.
— Auri sacra famés, dit Virgile, Y oïdium pecuniœ, l'érysiphedes gros sous, le botrytis de la monnaie.
Des faillites ont lieu en Australie. On se plaint du manque d'espèces en Californie. Ces fleuves, ces mers sont desséchés sous la soif de la société haletante. Par suite de quoi les uns meurent mélancoliquement et pacifiquement de la pépie, les autres vivent enragés. La science a dû s'émouvoir de cet état de choses.
Elle s'est émue.
Elle a signalé des hommes égoïstes, composant une valeur sans emploi, un capital ambulant et cependant improductif.
Ces hommes sont ceux qui ont travaillé longtemps aux mines, ceux qui dorent, ceux qui étament les glaces, ceux qui cisèlent les métaux précieux, et aussi les malades auxquels les médecins ont fait avaler des métaux variés, l'or compris.
Ces hommes, par l'imbibition, par la respiration, par les pores, ont absorbé une certaine quantité de ces divers métaux, et les conservent accumulés sans
profit pour eux-mêmes, sans utilité pour les autres, dans divers organes.
M. Vergnès de New-York, s'étant livré à des essais sur la dorure et l'argenture par le galvanisme, avait absorbé une partie des métaux employés, et comme, après tout, l'or ni l'argent ne se digèrent comme des côtelettes, il en résultait pour lui de graves incommodités.
Outre ces incommodités graves, on comprend qu'un Américain devait éprouver une sorte de honte à se voir passé à l'état de capital improductif, de valeur fainéante.
— Eh quoi ! se disait-il, je recèle de l'or et de l'argent, et je circule sans profit, sans intérêts. Je suis une mine, je suis un placer, ou potose. Mes veines sont un Pactole qui roule de l'or. Et je ne suis pas exploité ! Je perds les intérêts et les intérêts des intérêts de moi-même. Je me donne mille soucis pour des affaires plus ou moins incertaines, et je suis moimême une affaire. Les sages grecs l'ont dit : « Connais-toi toi-même. » D'ailleurs, je suis comme les avares: j'arrête la circulation de l'or, j'enfouis des capitaux en moi-même. C'est me voler, c'est voler la société. Je suis un mauvais citoyen, un membre inutile et nuisible de cette société.
Et alors, M. Vergnès, de concert avec M. Poey, de la Havane, a cherché et trouvé le moyen d'extraire l'or et l'argent que le premier contenait. « A peine M. Vergnès, dit le rapport, avait-il plongé ses mains depuis un quart d'heure dans un bain électro-chimique, au pôle positif de la pile, qu'une planche métallique qui se trouvait en contact avec le pôle négatif se couvrit d'une couche d'or et d'argent. » Et M. Vergnès, lui, se trouva guéri, et l'or el l'argent qu'il contenait furent rendus à la circulation.
Une femme disait en voyant une magnifique forêt pleine d'ombrages, de muguet, de chèvrefeuille et de chants d'oiseaux : Quel malheur que ces belles choses soient toujours à la campagne, et qu'il faille quitter Paris pour les voir!
On a dit mille fois qu'il était bien difficile de surveiller l'exploitation des mines. La nature les a a z méchamment cachées loin des civilisés, qui sont si avides de métaux, qui ont Y oïdium pecuniœ, Yauri sacra famés, le botrytis de la monnaie et l'érysiphe des gros sous, toutes maladies qui ne peuvent se guérir que homœopathiquement par les semblables.
La nature a placé au contraire ces mines sous les pieds des sauvages, qui n'en savent que faire.
Eh bien ! une société va se créer par actions pour
l'exploitation des nombreux messieurs qui se promènent sur les boulevards, et qui recèlent, comme M. Vergnès, qui de l'or, qui de l'argent, qui d'autres métaux de moins bonne compagnie.
Tel homme n'a pas cinq sous dans sa poche, qui, incessamment fouillé, trouverait plusieurs louis en se fouillant lui-même. Outre l'immense capital rendu à la circulation et aux affaires, disons plus sérieusement que, si les résultats annoncés sont constatés et réels, MM. Vergnès et Poey auront fait une découverte qui prendra rang parmi les plus belles de la thérapeutique, et apportera une guérison complète â bien des gens qui ne devaient attendre que de la mort la fin de maux insupportables.
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