‹ Sous les orangersChapitre 15 sur 24 · POUR OBTENIR LA CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR · texte numérisé non relu

POUR OBTENIR LA CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR

« Monseigneur, » Un militaire que des infirmités, suites des bles-

sures reçues dans les combats, met hors d'état de continuer de servir, sollicite son admission au nombre des membres de la Légion d'honneur.

» Dix campagnes, vingt ans de service, tels sont, monseigneur, ses titres à, etc. »

Il plie la pétition, la met sous enveloppe, conformément à l'instruction, la cachette en observant cette prescription : « Il importe que le cachet qu'on emploie ne soit ni une pièce de monnaie ni un bouton. »

Il envoie la pétition et attend.

Si, par hasard, on prend des informations, on apprend que le pétitionnaire n'a d'autres états de service que ceux précités dans la garde nationale, de même qu'il prend en réalité ses prétentions sur les progrès qu'il a fait faire à l'art d'engraisser les lapins.

Ce n'est pas sa faute.

Un autre ne peut non plus voir demander tant de choses d'une façon si éloquente, sans se figurer qu'il se fait de ces choses une distribution permanente, et qu'il suffit de demander pour obtenir. — D'ailleurs, écrire à un ministre, cela lui donne du relief à ses propres yeux.

Il voit entre autres une pétition pour demander une « place de garde dans une résidence impériale. * Ces

belles phrases imprimées paraissent aux gens de la campagne illettrés quelque chose comme une formule de conjuration magique, comme un secret de sorcellerie qui doit faire obtenir ce qu'on désire. Ce livre, qu'il a acheté, notre homme croit le posséder seul.

On sait l'histoire de ce paysan qui va consulter un avocat sur un procès qu'il veut intenter à un voisin. L'avocat ouvre son code et lui montre un paragraphe. — Mon ami, dit-il, voici un article qui te condamnerait. Le paysan reste stupéfait; on appelle l'avocat, qui sort un instant. Le paysan regarde autour de lui, voit qu'il est seul, arrache la page du code sur laquelle est l'article ennemi, la jette au feu et va chez un huissier qu'il ne consulte pas et auquel il ordonne de commencer les poursuites. Je reviens à celui qui, ayant acheté le Guide du pétitionnaire, croit posséder un grimoire dont les paroles mystérieuses lui donnent le pouvoir d'obtenir quelque chose; il aime la chasse; il copie la pétition.

« A monsieur le comte ou baron, gouverneur du palais impérial de ***.

* Monsieur le comte,

» La place de garde-chasse du château de*** étant

devenue vacante par la mort du titulaire, j'ose solliciter de votre bienveillance de le remplacer. » J'ai servi sept ans et n'ai aucune pension. »

Il signe, plie, cachette, et envoie la lettre. Il se trouve que le gouverneur de la résidence voisine n'est ni comte ni baron, et que le titulaire n'est pas mort.

Un bûcheron est sans ouvrage, — peut-être un peu paresseux. Il lit :

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