‹ Sous les orangersChapitre 8 sur 24 · PARENTHÈSE · texte numérisé non relu

PARENTHÈSE

Je sais très-bien la puissance de la plaisanterie, c'est une arme que j'ai choisie avec préméditation ; rien ne m'empêchait de prendre tout d'abord, comme bien d'autres, le fusil anonyme qui tue de loin, la massue, la hache, la pertuisane, etc., mais, comme je l'ai dit autrefois, j'ai divisé le glaive en des milliers d'épingles ; c'est pourquoi je ne plaisante pas au hasard : je plaisante un peu de ce qui est ridicule, et beaucoup de ce qui est méchant.

Il y a dans l'ouvrage du docteur Verdé-Delisle une question sérieuse, grave, importante, bravement et ré-

solument soulevée, qui mérite d'être résolue et qui doit l'être.

Quelques esprits distingués s'en préoccupent.

Le vaccin détruit-il le viras variolique ou l'empêche-t-il seulement de se manifester sous la forme de la petite vérole ?

Dans ce second cas, ce virus est-il simplement répercuté, et faut-il lui attribuer les cas infiniment plus nombreux qu'autrefois de fièvres typhoïdes et de phthisie pulmonaire?

Cette répercussion serait-elle pour quelque chose dans la dégénérescence incontestable de l'espèce ? La variole est-elle une maladie, un fléau? est-elle un levain que la nature jette au dehors? Ces diverses questions ont été posées déjà et en partie résolues dans le même sens que le docteur Verdé-Delisle, par les adversaires de la vaccine, il y a cinquante et quelques années.

Une expérience de cinquante-sept ans doit être concluante. Je crains seulement qu'on n'ait eu le tort de ne pas constater successivement et contradictoirement les résultats. De façon qu'aujourd'hui on les trouvera en masse et pas en détail ; qu'on obtiendra certains totaux, et qu'on n'aura pas les chiffres pour refaire les additions.

Ou le docteur Verdé-Delisle et ceux qui partagent son opinion se trompent, et il faut réfuter complètement, invinciblement, leurs arguments; car, si la vaccine est réellement un bienfait, il ne faut pas laisser subsister le moindre doute sur les résultats.

Ou le docteur Verdé-Delisle a raison, et il faut hâter les expériences et les études, si elles ne paraissent pas suffisantes, et en revenir à l'inoculation.

Pour mon compte, je n'émets pas d'opinion, pour deux raisons : la première, c'est que mon opinion n'aurait aucune valeur, même à mes propres yeux ; la seconde, c'est que je n'en ai pas.

C'est ce qui arrive parfois à ceux qui se font euxmêmes leurs opinions et ne les achètent pas toutes faites.

Cela dit, je reviens a mon examen de l'ouvrage en question , mes plaisanteries ne portant , comme il est bien entendu, que sur ce qu'il y a, selon moi, de trop absolu dans les théories et dans les déductions de l'auteur.

Et je ferme cette parenthèse.

La vaccine ne serait-elle pas, si l'on adopte l'opinion du docteur Verdé-Delisle... Mais cherchons dans le

volume quelques lignes qui résument ladite opinion : « L'espèce humaine dégénère : aux puissantes races des siècles passés a succédé une génération petite, maigre, chétive, chauve, myope, dont le caractère est triste, l'imagination sèche, l'esprit pauvre.

» La génération actuelle est en proie à des maladies nouvelles, et nombre d'anciennes sont devenues plus fréquentes et plus meurtrières.

» La cause unique de ce désastre, c'est le vaccin. » Voilà l'opinion connue du docteur Verdé-Delisle, et le docteur est un homme convaincu contre la vaccine, plus convaincu que Jenner n'a jamais été convaincu de la vaccine. Le docteur Verdé-Delisle n'a pas vacciné de très-beaux enfants que je lui connais et qu'il aime très-tendrement. Bien plus, il a « procuré la petite vérole » à ceux chez qui elle se faisait attendre. Jenner avait vacciné son premier fils ; mais, l'année même qu'il publia son livre , — V Apologie du vaccin, 1789, — il eut un second fils qu'il ne vaccina pas et auquel il inocula la petite vérole.

La vaccine ne serait-elle pas autre chose qu'une des formes de la guerre implacable que font, depuis le commencement du monde, la médiocrité au génie, le.? petits aux grands, les faibles aux forts, si l'on adopta l'opinion du docteur?

Quand je parle de grands et de forts, de petits et de faibles, je n'entends pas parler des inventions, combinaisons et inventions sociales, mais bien de ceux que la nature a créés tels.

De même que les femmes mal faites ont inventé le corset, au moyen duquel elles reforment leurs torses et déforment celui des belles femmes ; de même que les femmes qui ont de gros pieds ont imaginé les robes trop longues pour cacher à la fois leurs gros pieds et les pieds étroits des autres ; "

De même, selon M. Verdé-Delisle, les laids, les grêles, les petits, les rachitiques , les fourbus, les chauves, les myopes, les imbéciles, les sots, les envieux ont dit :

« Vaccinons-nous tous !— cela ne nous fera ni bien ni mal, à nous autres : la chose est faite ; — mais cela rendra laids, grêles, petits, rachitiques, fourbus, chauves, myopes, imbéciles, sots, et peut-être même envieux ,

» Les beaux, les musculeux, les grands, les forts, les robustes, les chevelus, les clairvoyants, les hommes de génie, les hommes d'esprit, les hommes de talent ;

» Et alors ils ne vaudront pas mieux que nous.

» Défions-nous des grêlés ; Louis XIV, le grand roi, était grêlé ; la charmante Lavallière était grêlée (c'est

Bussy-Rabutin qui le dit) ; Mirabeau était grêlé ; voyez aussi comme il parla en homme mal élevé à ce pauvre M. de Dreux-Brézé.

» Ayons des rois vaccinés, des beautés vaccinées, des députés vaccinés.

» Mettons hors des écoles, hors des places, hors de l'armée, hors de tout, et surtout hors de la loi, tous ceux qui auraient la prétention de ne pas être vaccinés. Soyez sûrs que ce sont des ambitieux qui aspirent à être grêlés ; et, une fois grêlés, ils sont capables de tout, tandis que, vaccinés, ils seront comme nous, ils ne seront plus capables de rien. »

Ainsi dirent les petits, les rachitiques, les laids, les myopes et les sots.

Et comme ils étaient en grand nombre, — je ne veux pas dire en quelle proportion, — ils exécutèrent ce qu'ils avaient décidé.

« Et alors, dit le docteur Verdé-Delisle , est arrivée la dégénérescence physique et morale.

» La période de 1830 nous a montré quelques exceptions remarquables dans la science et dans la littérature ; mais ce n'était que le premier quartier ae la facciue. Les premiers vaccinés arrivaient à l'âge de faire leurs preuves. Mais nous voici dans le deuxième quartier, c'est-à-dire, voici la génération des vaccinés,

fils de vaccinés et de vaccinées, et alors il n'y a plus d'exception à la dégénérescence. »

Ainsi parle M. le docteur Verdé-Delisle, et il ajoute beaucoup de faits et de raisonnements, dont plusieurs sont « pertinents , » comme on dit au palais , et dont quelques autres ne le sont pas , mais qui , en résumé (parles raisons que j'ai ci-dessus déduites et par beaucoup d'autres qu'il ne serait amusant ni pour vous ni pour moi que je déduisisse, surtout si cela devait amener de pareils mots) , rendent obligatoire une discussion approfondie et définitive de la question.

La vaccine n'a pas trouvé les hommes en proie sans défense à la petite-vérole , elle les a trouvés protégés par l'inoculation. Or, l'inoculation n'encourt aucun des reproches faits au vaccin. La Condamine disait : « La petite-vérole nous décimait, l'inoculation nous millésime. »

La vaccine a-t-elle, en répercutant le virus variolique, causé les fièvres typhoïdes, les tubercules aux poumons, l'imbécillité, etc.?

Ou la petite- vérole a-t-elle été remplacée par ces maladies? Car voici où mon vieux camarade, le docceur Verdé-Delisle, me paraît se laisser entraîner.

Dans le très-peu de philosophie et le très-peu de logique qu'on nous faisait étudier au collège, on nous

prévenait cependant quelque peu contre cet argument de rhéteur :

« Post hoc, ergo propter hoc. Ce qui précède est la cause ; ce qui suit est l'effet. »

Le cheval qui précède la charrette est bien la caust du mouvement de cette charrette, mais le cheval et la charrette ne sont pas la cause du mouvement des autres charrettes qui marchent sur la même route.

Depuis le vaccin , c'est-à-dire après le vaccin, on a vu s'accroître le nombre des fièvres typhoïdes, des phthisies pulmonaires, des cas d'aliénation mentale et d'imbécillité ; mais ce n'est pas une preuve suffisante que ces maladies aient pour cause le vaccin et la répercussion du virus variolique.

Quod erat et est adhuc demonstrandum.

Si l'on acceptait le raisonnement « Post hoc, ergo propter hoc, » on pourrait prendre autre chose et lui attribuer tous les torts du temps présent, avec autant de probabilité qu'au vaccin.

Prenez, par exemple, un fait datant de quelques années, et dites : « En 1839, M. Flourens a été nommé à l'Académie française avant Hugo et contre Hugo, à cause de son incontestable supériorité dans l'art de teindre les os des canards en rose, *

N. B. J'ai longtemps cherché ce qu'il \ avait de littéraire dans l'art de teindre les canards en rose.

Feu Tissot, que je rencontrai un soir au Luxembourg, me le fit découvrir dans Virgile, — en me rappelant avec bienveillance que j'avais moi-même traduit en vers, étant en bas âge, le passage auquel le choix de l'Académie fait allusion :

Mollis paulatim flavescet campus Àristei, Incultisque rubens pendebit sentibus uva, Et durte quercus sudadunt roscida mella.

Sponte suà sandyx pascentes vestiet agnos.

On verra, sans travail, les blés jaunir la terre, Aux ronces du chemin pendre un raisin pourpré, Et les chênes noueux suer un miel doré.

Les moutons, épargnant à l'homme un dur travail,

Se feront un plaisir de naître teints en roses,

Et paîtront dans les champs, tout cuits et tout à l'ail.

Eh bien! c'est vers 1839 que M. Flourens a été nommé à l'Académie française, avant Hugo et contre Hugo, à cause de son incontestable supériorité dans l'art de teindre en rose les os des canards.

Dites, si vous le voulez , que depuis ce temps-là le pain est devenu très-cher, que la vigne et la pomme

MÉLANGES PHILOSOPHIQUES. Kl

de terre sont tombées malades, etc. , et ainsi de cent autres calamités.

Vous direz la vérité.

Mais dites que tout cela nous est arrivé par la faute de M. Flourens, quoiqu'il soit bien supérieur à Victor Hugo dans l'art de teindre en rose les os des canards, vous aurez porté un jugement quelque peu téméraire.

Je crains que ce ne soit, sous certains rapports, le cas du docteur Verdé-Delisle.

Peut-être ne s'est-il pas préoccupé d'idées d'un autre ordre.

Tous les hommes qui naissent ne sont pas destinés à vivre. Une carpe pond près de 500,000 œufs tous les ans ; mais il y a la part du brochet. Cette giroflée qui fleurit là-bas sur la crête du mur produit deux poignées de graines, mais beaucoup tomberont sur la pierre ou seront mangées par de petits oiseaux, ou seront emportées par les vents dans des sables arides ; quelquesunes seront creusées par des ichneumQAs qui pondront leur œuf dans cet œuf de la giroflée

S'il venait un jour à ne plus y avoir de brochets, en dix ans les carpes seraient si multipliées qu'elles rempliraient, qu'elles combleraient les rivières et les fleuves, que l'on passerait à pied sec. Si toutes les

graines de giroflées tombaient en terre fertile , il n'y aurait plus de terre fertile que pour elles, et, en peu d'années, la terre ne produirait plus que des giroflées ; l'homme lai-même ne trouverait plus à se nourrir, et serait empesté parles cadavres des carpes.

Cet équilibre qui , dans les vues de la Providence, ne doit pas être rompu, en réalité ne l'est jamais.

Dieu jette de temps en temps un regard sur la grande machine appelée le monde. Toutes les folies et les passions humaines sont prévues par lui, toutes concourent, comme des rouages ou des forces, à l'accomplissement de ses desseins et au mouvement continu de la machine en question.

Mais, de même qu'un grand mécanicien, un habile horloger, de siècle en siècle peut-être, il met l'aiguille à l'avance ou au retard, selon que l'homme a parcouru plus ou moins vite les spirales qu'il lui est donné de décrire .

Dans les projets de l'homme et ses folles visées,

La Providence a dû se garder une part.

— C'est ce que le vulgaire appelle le hasard.

L'homme s'agite beaucoup plus qu'il ne marche ; Dieu a placé très-haut ce qu'il ne veut pas que l'homme casse ou dérange. — Il ne lui est pas permis, par

exemple, d'anéantir une seule goutte d'eau de l'océan ni d'en créer une.

Au commencement, l'homme, sans défense contre les animaux sauvages, était fort mangé par eux ; puis il a trouvé le fer et les armes et s'est protégé contre les bêtes. Alors les hommes se sont, sans aucun doute, quelque peu entre-mangés , comme on le voit encore chez quelques peuplades jeunes et naïves. Les progrès de la morale et ceux de la cuisine ont à peu près fait disparaître cet usage. La morale a dit que c'était criminel, et la cuisine que c'était mauvais. Mais, si les brochets manquent, les loutres et les martins-pêcheurs viennent manger leur part de carpes. Si moins d'oiseaux mangent les graines des giroflées, plus d'ichneumons les creusent pour y faire leur nid, — ou bien le vent en jette davantage sur un sol aride.

Quand l'homme a cessé de manger de l'homme, il lui est survenu quelque chose de plus destructif, l'amour des conquêtes, qui a remplacé, pour régler la production humaine, l'appétit de l'homme pour l'homme.

Puis ii y a eu de longues trêves. Alors l'ivrognerie, quelque autre vice, — bête féroce, — est arrivée à son tour ; puis de grandes pestes ; puis autres choses. La découverte d'un nouveau monde parfois n'a servi dans

le plan providentiel qu'à allerchercher au loin un fléaubrochet que l'on rapportait dans le vieux inonde.

Mais, par compensation, quand la civilisation détruit l'anthropophagie chez un peuple sauvage, elle lui donne en place l'eau-de-vie et les armes à feu.

Résumons et finissons : le lièvre levé parle docteur Verdé-Delisle doit être chassé.

C'est un gros lièvre.

Allons, savants, vite en campagne, Tonton, tontaine, tonton !

Pour peu que l'on admette un moment la théorie du docteur Verdé-Delisle, on est effrayé du peu d'hommes grêlés que l'on connaît.

Dans la littérature contemporaine, je ne vois guères que M. Saintine.

Ah! parbleu, je me rappelle encore le brave et spirituel auteur de Monsieur Jovial.

Et puis...

Il se fait un grand trouble dans ma cervelle.

Parmi ceux que je ne connais pas, quels sont les grêlés ? quels sont les vaccinés ? Mais le trouble augmente et la confusion devient complète loin de mes amis et de mes connaissances, venant de lire le livre

du docteur Verdé-Delisle, et me rappelant le génie, rit et le talent de ceux que je regrette.

Je ne puis bien me représenter quels sont ceux qui ont échappé au fléau du vaccin.

Parmi les peintres et les sculpteurs, Dantan est grêlé, Giraud est grêlé; mais Gavarni, qui a tant l'esprit et de philosophie, il rue semble bien qu'il ne rest pas. Les Johannot ne l'étaient pis non plu-. Et Vernet, et Gudin, et Schefîer, et Delacroix, et Ir. s'ils ne sont pas grêlés, qui le sera9 Et cependant il me semble bien qu'ils ont été vaccinés.

Parmi les musiciens, de quel droit M. Caraffa est-il grêlé quand Ro.ssini ne l'est {

Il y en a sur lesquels je ne puis mu tromper. Hugo, Lamartine, madame Sand, ma 3e Girardin, ne

sont pas -. et j'ai peine à m'en affliger.

Heureusement, je crois que M. Sainte-Beuve a évité la flétrissure de la vaccine et que M. Veuillot et i couturé et brodé.

Mais Alexandre Dumas, les deux MM. du Musset,

Louis Desnoyers, Jules Janin, Théophile Gautier,

. Gatayes, René de Rovigo et cent autres, ne - I

Par exemple, mon vieux carnarai.j, docteur Verdéde, tu l'es parfaite

12Ô SODS LES ORANGERS.

Décidez bien vite, messieurs de la science. Faut-il envier les grêlés? Faut-il se plaindre des traces de la petite vérole?

Jugez vite et bien.

Le vaccin est-il un bienfait venant de Dieu, qui nous préserve du fléau de la variole inventée par le diable?

Ou la variole est-elle le bienfait et le vaccin le fléau?

Cela vaut la peine qu'on s'en occupe,

Qui sait bien ce que c'est que le malheur? Qui pourra définir le bonheur? Les quelques bonheurs que j'ai eus me sont arrivés malgré moi; les meilleurs malgré eux. Par exemple, vous avez un cor incurable; vous vous désespérez , vous blasphémez. Insensé ! votre fortune est faite. Vous avez cent cinquante mille francs que vous n'avez qu'à aller prendre à Marseille, cours Saint-Louis, n° 9.

Vous demandez M. Servais, de Paris, — mais lâchez que l'on ne vous fournisse pas un faux Servais. Vous lisez sur sa porte :

« Cent cinquante mille francs à celui dont les cors

ne guériraient pas avec le remède du vrai Servais, de Paris, actuellement à Marseille.

» Ce remède est si simple qu'un enfant de trois ans peut lui-même se guérir. »

Vous êtes sûr de votre cor ; il a défié tous les remèdes ; mettez-vous en route ; vous arrivez boiteux, mais content, à Marseille, cours Saint-Louis, 9; vous demandez M. Servais,

— C'est moi, monsieur.

— Êtes-vous bien le vrai Servais de Paris ? • Monsieur, je vous assure...

— Pas de phrases ; dites-moi un moi latin et écnvez-le.

Si ce n'est pas le vrai Servais, il ne pourra pas écrire le mot latin.

Car le vrai Servais vous le dit dans son annonce :

« On peut confondre ces empiriques en leur demandant un mot latin ; ils ne sauront pas l'écrire!...

Ils ne le sauront pas!!!

Je ne vous dis pas comment vous devez traiter le faux Servais quand vous l'avez reconnu.

Rappelez-vous les Vêpres siciliennes et le mot qu'on faisait prononcer aux suspects étrangers.

Mais si c'est le vrai Servais de Paris, gendre du colonel comte Desbrosses; si c'est le vrai Servais,

ancien élève des écoles de Paris, premier chimiste de Naplcs ; » il vous dira et vous écrira, non pas un mot latin, mais deux mots latins, ceux que l'on voit sur son annonce et sur sa porte , Pedum cura , — soin des pieds, — d'où l'on a fait pédicure.

Quand vous avez reconnu le vrai Servais, vous lui montrez votre cor ; il y applique son remède. Le cor résiste, et le vrai Servais vous donne à l'instant même cent cinquante vrais mille francs que vous emportez.

Par exemple, ne lui demandez pas de vous céder ce secret. Quand vous ajouteriez cent cinquante autres mille francs à ceux que vous venez de recevoir, il vous en avertit: « Il a seul le droit exclusif de vendre ce remède, qu'il refuse de céder à des prix fabuleux. »

En gros, du moins, car, en détail, ça coûte 1 fr. 25 c. le rouleau.

Mais déûez-vous des faux Servais! Si vous allez chez un faux Servais et que votre cor rie au nez du faux remède du faux Servais, n'allez pas ensuite demander cent cinquante mille francs au vrai Servais ; il ne vous les donnerait pas.

Et il y a beaucoup de faux Servais, et « on débite une immense quantité de faux rouleaux sous son nom dans l'univers entier. »

Deux observations seulement à M. Servais.

Il faut qu'il ait vendu bien des rouleaux à 1 ft. 25 c. pour avoir gagné dessus au moins 450,000 fr. ; car, s'il se trouve un cor rebelle, il peut arriver qu'il s'en trouve trois.

Et si M. Servais a gagné 450,000 francs avec son baume, il faut qu'il ne soit mu, pour en continuer la vente, que par un ardent amour de l'humanité.

Et, s'il a un ardent amour de l'humanité, pourquoi vend-il un spécifique aussi précieux pour soulager les souffrances de ses semblables, assez cher pour avoir gagné dessus 450,000 fr.?

D'autre part, M. Servais ne craint-il pas qu'en imprimant, lithographiant et disant ces deux mots latins, il ne finisse par en apprendre un à quelque empirique, et, une fois que l'empirique saura un mot de latin, comment distinguer le vrai Servais du faux Servais?

Et, comme c'est le vrai Servais qui vous a donné ce moyen de le reconnaître, si vous tombez sur un faux Servais qui ne guérisse pas votre cor, ne pourrez-vous pas exiger néanmoins les cent cinquante mille francs du vrai Servais qui aura contribué à vous causer ce dommage?

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