LA MÈRE
“Les voyez-vous là-bas? Ils sont toujours ainsi, Courant à travers la bruyère,
Et dans leur horizon paisible et rétréci,
Gais et toujours dispos, ils n’ont d’autre souci
Que s’abreuver d’air pur, se baigner de lumière.
Sans jamais se lasser ils vont tous les matins
Se rouler dans les hautes herbes Et sonder les fourrés de leurs pas incertains. À les voir gambader on dirait deux lutins
Se courant sans merci dans les guérets superbes.
Ils ne respectent rien, ni les fleurs, ni le blé; Ils pillent en petits vandales,
Sans peur et sans remords, et le voisin troublé
Un jour les a surpris, le plus vieux affublé
De son lourd paletot, l’autre de ses sandales.
Furtifs, ils s’échappaient, contents d’être parés ni De leurs gigantesques dépouilles
Et chassant devant eux les oiseaux effarés.
À travers les buissons en fleur de nos grands prés
Les voilà maintenant qu’ils poursuivent leurs fouilles.
ms
Mais ils n’ont pas encore, ô les vilains garçons!
Terminé leur longue journée ‘ Quand ils ont dévasté quelques champs de moissons, Agacé le meunier de leurs folles chansons
Et ramoné parfois la haute cheminée.
Il faut, quand revenus le soir près du foyer,
Que longuement ils se rappellent
Leurs courses dans les champs, et pour nous ennuyer t
Les voilà caquetant comme, au haut d’un noyer,
Deux oiseaux babillards qui le soir se querellent.
Et puis, le lendemain, prêts à recommencer, Les voilà déjà dans la plaine.
Si des arrêts parfois je veux les menacer,
Pliant sous l’ouragan pour le laisser passer,
Ils sortent bruyamment, cœur joyeux, bouche pleine.
Ces effrontés faisant un tapage d’enfer,
Jamais contents, toujours demandent;
Et si nous leur parlons du grave magister,
Ils répondent: ce qu’il nous faut c’est le grand air!
Ah! nous obéissons; ce sont eux qui commandent ! ”