LE VIEILLARD
“ Voyez-vous, ces enfants sont comme les oiseaux, Madame, il leur faut de l’espace,
Il leur faut les grands prés, l’eau claire des ruisseaux,
Le sentier qui se perd à travers les roseaux,
Le soleil qui les bronze et la brise qui passe.
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Les enfants ont besoin de lumière et d’air pur
Des bois touffus et des clairières.
Ils trouvent cette chambre étroite. À ce vieux mur Ils préfèrent le ciel profond, chargé d’azur,
Aux lueurs du foyer le soleil des bruyères.
C’est là qu’ils vont puiser la joie et la santé; Et s’ils sont meilleurs que nous sommes,
Si le ciel sur leurs fronts reflète sa beauté,
C’est que ces chers enfants n’ont pas encor goûté
À cette source amère où s’abreuvent les hommes.
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Oh! laissez-les. Pourquoi si tôt les rappeler
De leurs jeux bruyants dans la plaine ?
Pour ces petits lutins est-ce un mal de fouler Les ajoncs de la rive étroite et de mêler
Aux vents frais du matin leur pure et chaude haleine?
Est-ce un mal d’écouter le babil des oiseaux, De voir pousser la moisson blonde,
De plier sous ses doigts la tige des roseaux
Pour tendre avec espoir de fragiles réseaux
Que peupleront demain les habitants de l’ondef
Et n’avons-nous pas fait, madame, ce qu’ils font? N’avons-nous pas aimé les courses ?
Préféré la nature aux leçons de Buffon,
Quand, lassés de courir dans le ravin profond,
Nous plongions nos pieds nus dans l'eau claire des sources ?
Non, vous avez beau faire, ils vous échapperont
Par la porte ou par la fenêtre.
Madame, croyez-moi, vous aurez cet affront De les voir, sans souci des plis de votre front,
Derrière ce rideau d’érables disparaître.
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Assez vite ils viendront s'asseoir près du foyer Pour conjuguer le plus doux verbe;
Assez vite il faudra pour les désennuyer
Autre chose que l’onde où l’on voit tournoyer La pâle feuille morte et le frêle brin d’herbe.
Ce temps-là viendra bien assez tôt. Laissez-les Courir loin de votre demeure,
Laissez-les sur les eaux tendre leurs longs filets,
Ensanglanter leurs pieds aux pointes des galets,
Et pour un papillon qui vole oublier l’heure.
Allez, enfants, courez, égayez de vos cris L’écho matinal des collines ;
Soyez bruyants afin que les oiseaux, surpris,
Se penchant sur le bord de leurs frêles abris,
Mélent à vos chansons leurs notes cristallines.
Les voilà donc partis, oui, prompts comme l'éclair,
Ils foulent l’herbe des prairies,
Grimpent sur les sommets, plongent dans le flot clair,
Prennent les bois d’assaut et font retentir l’air
Du bruit toujours joyeux de leurs espiègleries.
Nous les avons perdus de vue, ils sont bien loin, Courant après de blondes ailes
Que l’on voit voltiger au-dessus du sainfoin,
Tandis que nous, pensifs, nous n’avons d’autre soin
Que de courir après nos chimères cruelles.
Mais ils nous reviendront, pleins de douces chansons
Au livre de la vie apprises,
Ils reviendront joyeux, et ces vilains garçons
À qui vous défendez de courir les buissons,
Charmeront, j’en suis sûr, vos oreilles surprises.
De la nature en fleur visiteurs assidus, Ils vous gazouilleront des choses Qui vous feront songer à vos bonheurs perdus;
Ils vous diront tout bas les secrets entendus
Lorsqu'ils passaient tout près des fleurs fraîches écloses.”