LE SOIR
L’angelus a sonné. L’astre déjà s'incline Vers l’horizon resplendissant.
L'ombre de la vallée a gravi la colline,
Et pour faire cortège au soleii qui décline
A lorient paraît la corne du croissant,
Au loin voici venir les charrettes pesantes Ployant sous la riche moisson.
Aux rayons du couchant les faucilles luisantes
Resplendissent. Les gars, les filles séduisantes
Marchent au bruit rythmé d’une agreste chanson.
La fatigue s’annonce et la troupe légère
Si vive au départ, le matin, D’un pas plus ralenti fait craquer la fougère, Tandis qu’à la maison une main ménagère
Par ses soins vigilants prépare un gai festin.
Là le rire commence et puis la gaîté folle Eclate en mille mots bruyants.
Un rien va provoquer le rire, une parole,
Tombée étourdiment d’une lèvre frivole,
Met les esprits en joie et tous les fronts riants.
EE
Puis le repas fini, près de la cheminée 4 Vont se débiter maints récits. |
Par chanter n’a-t-on pas commencé la journée ?
Par de propcs joyeux la voilà terminée,
Et le jour s’est passé sans ombre et sans soucis.
Moi qui n’ai pas couru les champs, moi que le rêve
À tenu captif tout le jour,
À l’heure du sommeil, seul je vais sur la grève,
Interrogeant mon cœur qu’un long sanglot soulève,
Mon cœur plein de regret, mon cœur vide d'amour.
C’est que j’ai tout le jour occupé ma pensée De quelque rêve insuffisant,
Tandis que la famille au soleil dispersée
A trouvé dans la plaine humide de rosée
De quoi se composer un sommeil bienfaisant.
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