‹ Sous les pins [microforme]Chapitre 49 sur 69 · LA FOURMI · texte numérisé non relu

LA FOURMI

L'homme, roi sans rival de la création,

Si fier de sa pensée et de son action, Promenant son regard sur toute la nature, S’étonne d’une infime et frêle créature

Qui, toujours au travail, sans repos ni répit,

Loin des regards humains sous terre se tapit.

A deux pieds sous le sol, grâce à l’ardeur féconde

D’une pauvre fourmi, va grouiller tout un monde.

Je t'ai vu l’autre jour, insecte industrieux ; Ton travail captivai: mon regard curieux.

À la pluie, au soleil, toujours infatigable,

À travers les brins d’herbe ou sur le grain de sable, Dans ta marche évitant le pas du paysan,

Tu vas traînant ta proie, ô quel fardeau pesant ! Et puis je te revois encor toujours en quête D'une nouvelle prise et d’une autre conquête. Et quand, par le soleil d’été presque endormi, Je gaspille le temps, je te vois, ô fourmi,

Toi, dont je méprisaïs la mine si chétive, Dévouée à ta tâche, alerte autant qu’active,

Et je veux désormais de mon dernier printemps Multiplier la force, employer les instants.

Si mon esprit mûri, si mon âme à l’ouvrage

Mettait ce que tu mets d’adresse et de courage,

Si, du matin au soir, actif en mes travaux,

Je cherchais pour mon vers des horizons nouveaux, Ma muse, j'en suis sûr, bien plus souvent nommée, Peut-être connaîtrait la vaste renommée, Aussi, sans en rougir, J'accepte ta leçon,

Et je veux comme toi faire bonne moisson.

ro uen nb géo

Oui, longtemps mon regard étonné t’a suivie ; Honteux de ma paresse, 6 fourmi, je t’envie; Et je songe parfois qu’eux yeux de l'Eternel

Ten humble tâche vaut un hymne solennel ;

Que le chant du poète en son rêve superbe,

Frêle insecte, qui sait? ne vaut pas ton brin d’herbe!

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