STROPHES A L'HON. JUGE PLAMONDON
Premier Président de l’Institut Canadien de Québec. — Cinquantenaire célébré le 22 mars 1898.
O vous, le premier président, Et le survivant d’un autre âge,
Au geste alerte, au cœur ardent,
Ce soir recevez notre hommage.
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Ceux-là de votre temps, les vieux, Retrouvant l’ancienne souplesse, Sont accourus presqu’envieux,
De votre robuste vieillesse,
Tandis que les jeunes, fêtant Cette joyeuse cinquantaine, Voï:nt en vous le représentant
D'une époque déjà lointaine.
Pourtant si d’un brillant passé Ce soir vous évoquez le charme, Ce que le temps a dispersé
Met dans vos yeux plus d’une larme.
Car ils sont nombreux les absents
Les amis semés sur la route, Vieux de la vieille, adolescents
Compris dans la même déroute ;
Ces gais compagnons, ces vaillants, Les premiers rendus sur la brèche, Toujours jeunes, toujours bouillants
Malgré les douceurs de la crèche.
De la politique du temps, C’était l’école buissonnière.
Sans le sou mais toujours contents,
Heureux mortels à leur manière.
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Fournier, ce lutteur sans pareil, Battu mais toujours redoutable, Au cerveau toujours en éveil,
À la tribune comme à table.
Soulard, cet esprit délicat, Gentil poète, âme d'élite, Qui sous sa toge d’avocat
Cachait sa muse favorite.
Vous aussi vous avez commis Des vers, ces péchés de jeunesse, Car à vingt ans, il est admis
Qu’on prend la muse pour maîtresse.
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Vous qui brilliez à côté d'eux, Trio qui marchait de conserve, Vous les égaliez tous les deux,
Par le talent et par la verve.
Pruneau qui riait du destin, Causeur à la fine riposte, Qui tout surpris un beau matin,
S’est réveillé maître de poste.
Enfin, votre frère Honoré, Qui, le plus joyeux de la bande, Pour un bon mot aurait livré,
Je crois, la plus grasse prébende.
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Combien en reste-t-il de ceux Dont esprit vif aux représailles Ressemblait à ces vins mousseux
Qui font éclater les futailles ?
Parmi les vivants j’en connais, Qui comme vous ont fait leur marque Et sans former de cabinets
Ont su fort bien guider leur barque.
Fiset, qui sut si bien choisir, Hier encor protonotaire, Poète aux heures de loisir,
Mais avant tout célibataire.
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Lemoine, fécond écrivain,
Esprit moins rêveur que pratique,
Epiderme que pique en vain
Le dard sïgu de la critique.
Mais pour revenir au passé,
Que cette fête commémore,
Monsieur, n’en soyez point froissé,
Sur vous je veux gloser encore.
De vos frasques, de vos exploits,
Les plus vieux ont gardé mémoire,
Quand saupoudrant de sel gaulois
De Thémis le fade grimoire,
Tribuns soudain improvisés, Vous plantiez là la sombre étude, Et, d’éloquence tout grisés,
Vous haranguiez la multitude.
Comme Empédocle aventureux, Vous vous lanciez dans le cratère, Moyen réputé dangereux,
Pour retremper le caractère.
Du char de l’état, sans merci, Vous rêviez quelque catastrophe, Maïs ce charitable souci,
Grâce à Soulard, tournait en strophe.
J’ai dit rêver, vous faisiez plus:
Vous donniez même un coup d’épaule Pour troubler, tribuns chevelus,
Le sommeil de la métropole.
Vous ne doutiez jamais de rien, Car à vingt ans tout est possible, Surpris de voir se porter bien
L’état que vous preniez pour cible.
Plus tard, dans vos bureaux déserts Pendaient les toiles d’araignée;
Seul, cet insecte dans les airs
Faisait une bonne journée.
Sa fine trame au fil pliant Ne rend plus l’aile qui la touche, Preuve que l’on prend un client
Moins facilement qu’une mouche.
Plus tard vous changiez d’atelier Avec une désinvolture Digne du fougueux cavalier
Forcé de changer de monture.
De tous les tournois vous étiez, Journaliste et jurisconsulte; A la chicane vous portiez
Avec ardeur ce double culte.
Jamais de chômage et, de fait, Vous meniez de front toutes choses; Vous produisiez beaucoup d’effet,
Maïs aviez-vous autant de causes ?
I] fallait bien se trémousser Pour faire marcher la boutique.
De pain nul ne peut se passer,
Fût-il un homme politique.
Que de criminels aux abois Sauvés par vous de la potence!
Pour cela vous aurez, je crois,
A faire rude pénitence.
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D’enthousiasme et de talent Faisant dépense sans pareille, Vous étiez vif, étincelant,
Sans vous faire tirer l'oreille,
Aussi ceux qui vous rencontraient Dans des joutes inoubliables, Abasourdis, vous envoyaient,
Pour leur repos, à tous les diables.
Heureusement que peu pressé D’entreprendre un pareil voyage, Vous avez trouvé plus sensé
De faire un long pèlerinage.
Car aux laves du mont Aetna, Dieu mêla, sculpteur admirable, Le granit de Stadacona
Et vous fit d’un limon durable.
Aussi pour les bonheurs rêvés, Ayant affronté poudre et balle, Un des plus heureux, vous avez,
Un jour, décroché la timbale,
Et cette timbale d’argent,
Quand vous avez voulu la rendre, Le destin honnête, obligeant,
L’a fait tomber aux mains d’un gendre.
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Vous avez l’art de rajeunir Tout en laissant vieillir les autres.
Au passé liez l'avenir;
Bienvenue et soyez des nôtres.
Et qu’aux noces de diamant Ceux-là qui, ce soir, vous font fête, Puissent bénir le Dieu clément D’avoir épargné votre tête.