‹ Sous les pins tranquillesChapitre 101 sur 132 · CINQUIEME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE

— Mais, oncle Guy, vous èles, avouez-le, encore plus curieux que moi de tirer au clair les secrets de M. Esbros?

— N'est-ce pas étrange qu'il n'ait jamais répondu à la lettre de votre marraine?

— Peut-être l'a-t-on interceptée? Allez vite, oncle Guy!

Paternel, il la menaça du doigt et se dirigea vers l'hôtel.

Adrienne avait fort peu avancé son croquis, lorsqu'une heure après Guy Laugère, dont elle guettait impatiemment la sortie, apparut au seuil de l'hôtel. Quoi, Pierre Esbros ne l'accompagnait pas? Etait-il donc si insensible à sa présence, si peu pressé de la connaître? Il ne devait pas ignorer qu'elle fût là!... Se jugeait-il déchu? Cette pensée lui fut si insupportable qu'elle la renoussa avec une sorte d'indignation. Mais si sa conduite avait été pure et franche, s'il avait loyalement mérité par ses explications la confiance de Guy Laugère, pourquoi ne l'avait-il pas accompagné?

Elle n'eut pas le courage d'attendre que l'oncle Guy l'eût rejointe et avec une expression d'inquiétude qu'il remarqua, elle s'approcha de lui :

— Eh bien?...

Il semblait préoccupé, mais la sérénité de son sourire avait quelque chose de rassurant.

Elle reprit, avec une vivacité gracieuse :

— Je pensais que vous alliez l'amener à la Maison- Blanche pour déjeuner avec nous?

Guy Laugère répondit avec bonhomie :

— Sitôt pris, sitôt pendu? Diable, pas si vite! Je ne vous savais pas si prompte dans vos sympathies, Adrienne!...

— Pourquoi dites-vous cela? Est-ce qu'il en est indigne?

Une angoisse perça dans sa voix, Guy Laugère se hâta de répondre :

— Non, non, rassurez-vous... Il m'a fait une bonne impression; mais... peut-être est-il utile que nous causions, votre marraine et moi, davantage avec lui. Au reste il n'aurait pu venir sans fatigue : il avait, lorsque je l'ai quitté, un fort accès de fièvre et je me reproche presque de lui avoir fait, dans son état, revivre de si pénibles souvenirs.

— Son état?... Est-il donc en danger?...

— Non, mais il est abattu et relève d'une grave maladie. Ses souffrances morales ont ajouté à sa dépression. Il lui faudra beaucoup de calme et une longue cure de repos.

— S'il a été calomnié, méconnu, trahi, dit Adrienne avec feu, c'est surtout de réconfort qu'il aura besoin! Oui, marraine saura lui dire les paroles qui consolent et apaisent; mais l'oncle Elie ne lui refusera pas non plus ses soins?...

— Personne ne lui refusera l'intérêt qu'il mérite, soyez-en sûre; son âme, en effet, est aussi atteinte que son corps. Il a été compromis, sans avoir rien à se reprocher, dans des malversations commises par Jacques Despeyron, nature grossière, avide de jouissance et d'argent; celui-ci par lâcheté, son père par faiblesse, ont voulu rejeter les torts sur Esbros et faire de lui leur bouc émissaire. Il s'est défendu, il a brisé avec eux, et du coup, il a brisé aussi sou avenir. La mort du vieux Despeyron a rendu irréparable cette rupture. Le gouvernement a préféré couvrir du silence la canaillerie de Jacques Despeyron et l'ascendant qu'il avait pris sur un père vieilli et affaibli. Mais ce silence, s'il protège Pierre

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