‹ Sous les pins tranquillesChapitre 105 sur 132 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

— Que VOUS êtes bonne, murmura-t-il... en vérité, je suis très confus... Qu'ai-je fait pour mériter que vous vous intéressiez ainsi à moi?

— Vous avez souffert.

— Souffert! Ah oui, si vous saviez!...

— Je le sais déjà... en partie.

— Et moi je vous dirai le reste, tout...

— Oui, plus tard...

— Vous avez donc conflance en moi? Vous ne craignez pas de mal placer votre pitié?

— J'ai conGance en vous... Ne parlez pas.

Il se tut et la regarda avec une vénération attendrie. Est-ce que, par sa seule présence, elle ne lui prouvait pas qu'elle ne le tenait pour suspect ni indigne? Elle resta un grand moment auprès de lui : le crépuscule descendait avec le silence ; elle attendit que peu à peu il se fût assoupi, et sortit alors sans bruit.

— S'il le faut, dit Honorine qui l'attendait dans le couloir, nous le veillerons, Narcisse et moi.

— Faites-moi savoir demain matin comment il aura passé la nuit; et si c'est nécessaire, nous vous relayerons, Mlle de Kervo et moi.

Ce fut nécessaire. Pierre Esbros eut pendant quelques jours une crise douloureuse et inquiétante durant laquelle Maraval le soigna avec un dévouement de tous les instants. Dorothée, malgré la peur qu'elle avait d'effrayer le malade ou de lui déplaire, passa plusieurs nuits à son chevet, insistant en vain pour que Constance se ménageât. Quant à Adrienne, dont le concours ne fut nullement jugé indiqué, bien que candidement elle l'eût offert, elle passa par toutes les phases de l'inquiétude, de l'angoisse, de l'espoir et du rassérénement. Les renseignements confidentiels envoyés de Paris par le sénateur Graudier, et ceux que fit tenir le président du Con-

seil d'État, bien placé pour savoir la vérité, innocentaient de tous points Pierre Esbros, contre lequel ni une charge ni un soupçon ne s'étaient trouvés justifiés, malgré les efforts de Despeyron fils pour le perdre et la mollesse du père pour ne pas le sauver. Guy Laugère s'en réjouit, voyant ses prévisions justifiées; Maraval, parce qu'il sentit s'alléger les doutes de M. Bréchart qui, malgré sa sévérité, voulait être juste. Quant à Constance Sabattet, elle n'en fît aucun mystère à Pierre Esbros, pensant avec raison qu'il trouverait, dans ces déclarations, une sorte de réparation officieuse. Pour Dorothée, elle n'avait point d'opinion, sinon que M. Esbros était un malade bien patient et qu'Adrienne eût dépéri, si la convalescence du jeune homme, annoncée enfin par Maraval, ne fût venue la rassurer.

Dorothée avait, comme Laugère, comme Maraval, deviné quelle place Pierre Esbros tenait dans les pensées d'Adrienne; certaine de son innocence, elle avait manifesté une joie si vive qu'elle débordait; et tous s'étonnaient que Constance seule ne parût pas s'en apercevoir.

La vie intérieure des hôtes de la Maison-Blanche persistait, trop intense pour ne pas dominer tout élément de diversion et de trouble. Elie Maraval avait envoyé à l'impression son traité sur la médicamentation par les plantes, et Adrienne l'aidait à en corriger les épreuves, avec des distrations qu'en sa parfaite bonté il ne lui reprochait pas : n'en devinait-il pas la cause? Adrienne ne vivait-elle pas dans l'attente du jour où, convalescent.

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