‹ Sous les pins tranquillesChapitre 128 sur 132 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Mme Sabattet regagna le break ; elle et Bréchart se regardèrent et détournèrent leurs regards pour ne pas s'attendrir. A Géglosse, Dorothée monta, le visage attendri et toute angoissée d'affection; cent mèlres plus loin, par une divination délicate, M. Brécbart arrêta Brunehaut devant le petit cimetière silencieux. Les deux femmes se dirigèrent, entre les tertres ombragés, jusqu'au coin familier où les pigeons du village venaient s'ébattre de préférence : la tombe du président de Saubusque, le premier disparu d'entre eux, retint un moment leurs souvenirs et leur méditation.

Puis la voiture roula vers la Maison-Blanche.

Au débouché sur le lac. Constance embrassa du regard le beau paysage qui maintenant lui semblait si vide. Comme on allait passer devant l'hôtel Soubeyre, elle vit Narcisse et Honorine rentrer pour ne pas la saluer. Devait-elle leur en vouloir de leur ingratitude? Ne savaitelle pas que le bien qu'on fait n'engendre pas toujours le bien? Ouimportait? Elle n'avait pas prévu non plus que le bonheur d'Adrienne lui coûterait si cher; qu'importait encore?... Elle ne devait plus songer, jusqu'au jour où sa santé menacée lui manquerait avec le dernier souffle, qu'à continuer sa tâche quotidienne, rivée à ce but si simple : le devoir !

Quand elle descendit de voiture, soutenue par Dorothée, elle ne vit pas les bons yeux de Janus fixés sur elle comme autrefois ; du moins elle savait qu'Iribarne allait mieux et que le Hasard — la Providence, disait Mathieu Bréchart — avait frappé Rodko. Se sentant déchu, ne pouvant, dans son obscure conscience comprendre une mansuétude qui abattait son orgueil, il s'était enivré pendant des jours et des nuits et avait fini par se jeter, du haut de sa vieille barque, en pleine mer où il s'était laissé couler à pic. L'Océan avait rejeté son

corps : les crabes lui avaient mangé la moitié du visage.

Maraval et Laugère attendaient leur amie; elle perçut dans leur bon regard une telle pitié et connut en eux une peine si semblable à la sienne, qu'elle se réfugia dans sa chambre, afin qu'ils ne la vissent pas pleurer.

Avec l'été l'animation reprit sur les bords de Fétang Bleu. Le nouvel hôtel bâti par Soubrac et baptisé Grand Hôtel vit affluer ses nouveaux clients; les Soubeyre arborèrent en lettres monumentales cette enseigne dorée : Hôtel du Lac. Trois nouveaux magasins s'ouvrirent. La Société des terrains projeta, d'accord avec la municipalité, de frapper un coup de publicité qui désignerait Osques et son merveilleux décor comme une station de tourisme et de villégiature. Quelques jours avant le 14 juillet, date choisie parce qu'elle comportait des réjouissances publiques, des àfûches dans les localités voisines et jusqu'à Mont-de-Marsan, Dax, Bayonne, Biarritz, annoncèrent que le «Lac d'Osques », commune de Géglosse-en-Marensin, célébrerait sa première fête locale. Le programme comportait une partie officielle, — inauguration d'un jeu de pelote basque, vin d'honneur offert au maire et au conseil municipal, — et une partie non officielle, due à l'initiative intéressée des entrepreneurs et des hôteliers : jeux publics, tels que courses en sac, régates, représentation dans un théâtre de verdure improvisé. Le soir, le lac s'illuminerait aux flambeaux et un feu d'artifice serait tiré au milieu de l'eau. Tout se terminerait, annonçait le programme, avec une « coquille » voulue, par un « embrassement général » .

La « Colonie » ne put voir ces préparatifs sans tris-

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