DEUXIÈME PARTIE
Narcisse confirma, paisible :
— C'est pas tant une auberge pour le commun des gens qu'une manière d'hôtel que je voudrais bâtir, où il ne viendrait l'été que des familles bien tranquilles. Tenez, Rodko en connaît une qui aimerait bien mieux être ici qu'à Ysclet-Plage où les baigneurs ils sont tant qu'ils grouillent comme des crabes.
L'entrée de Laugère mit les Soubeyre à l'aise, car la mâle franchise de M. Bréchart, qui ne mâchait ni son sentiment si ses mots, les déferrait; ils se levèrent avec effusion et Honorine s'écria :
— Ah! m'sieur Laugère... m'sieur le colonel a bien voulu nous dire... Faut-il que Mme Sabatfet soit bonne et ces messieurs aussi! Narcisse expliquait ses idées et comment il voit l'agrandissement de sa maison ; Narcisse, faut que m'sieur Laugère te dise son avis!
M. Bréchart renfrogné, et Laugère sensible malgré lui à ces égards, entendirent Narcisse et Honorine ébaucher, en phrases alternées, les plans de la construction. Huit chambres pour commencer. On surélèverait d'un étage avec mansardes; le rez-de-chaussée s'élargirait d'une salle à manger. Une carriole avec un fort cheval ferait le service de la gare : trois vaches donneraient du lait, et deux cochons tués à Noël assureraient une provision de jambons et de confits. Laugère, approuvant, conseilla de larges fenêtres et une véranda ayant vue sur le lac. Les Soubeyre, après avoir accepté cette idée d'enthousiasme, parurent songeurs et préoccupés. Honorine dit enfin :
— Et pour les garanties que vous demanderez, m'sieur le colonel, car ça fait bien de l'argent que vous nous prêtez là... Peut-être que vous voulez prendre, — et je ne dis pas que ce n'est pas juste ! — une hypothèque?
M. Bréchart allait répondre, mais Laugère le devança :
— Mme Sabattet ne veut ni hypothèque, ni intérêts. Elle vous prête ces quinze mille francs de bon cœur. Trouvez-vous les conditions trop dures?
— Jésus! répondit Honorine, le notaire de Puyroo nous demandait six pour cent! Et de rembourser en deux ans!
Elle se tut, sur un imperceptible coup de coude de Narcisse qui ne se crut pas observé, mais que M. Bréchart surprit.
— Vous rembourserez quand et comme vous pourrez, dit Laugère, Mme Sabattet a confiance en vous et nous aussi.
Le colonel intervint :
— Pour le principe, nous fixerons un délai de quatre années. Cela vous va-t-il?
Honorine, ayant regardé son mari, contint son enchantement.
— Nous serions difficiles, dit Narcisse sans élan, car il regrettait de n'avoir pas demandé vingt mille francs; il songeait qu'il eût bien aimé bâtir aussi un garage pour automobiles et acheter trois ou quatre barques pour promenades sur le lac.
— Vous pourrez dès lundi prochain toucher l'argent, dit Laugère, et signer le reçu ; mais il faudra que vous alliez chez maître Labaste, à Mont-de-Marsan, car vous pensez bien que nous n'avons pas cette somme à la Maison-Blanche.
— Oh ! fit Honorine, ce n'est pas l'embarras; on sait que Mme Sabattet et ces messieurs sont riches...
Elle éteignit l'envie qui venait briller dans ses yeux :
— Sans ça, vous ne pourriez pas être si généreux! Elle les combla de prévenances jusqu'à ce qu'ils se
fussent rembarques.
— Et Martine qui ne vous a pas dit bonjour, cette