‹ Sous les pins tranquillesChapitre 27 sur 132 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

malhonnête ! Sais-tu où elle est, Narcisse? dit Honorine qui la croyait le long de la route de Géglosse à brouetter des pommes de pins.

— Veillez sur elle, dit Laugère, je viens de la voir escorter Rodko. Ce n'est pas un compagnon pour une enfant de cet âge.

Narcisse, malgré son flegrpe, se fâcha :

— La coquine!... Tu pourrais bien la tenir, toi! Honorine était devenue blême :

— Ce Rodko est un galvaudeux... Ah' elle va en recevoir des claques !

— Ne la brutalisez pas, dit Laugère regrettant son ingérence, Mme Sabattet vous parlera de ce qui conviendrait à votre fille : une bonne éducation d'ouvrière à Dax chez les sœurs de Saint-Onuphre, ou tout autre établissement sérieux.

Mai Honorine, avec une colère qui trahissait peutêtre plus la femme que la mère, répétait :

— Ce Rodko!...

Quand Laugère, qui avait pris les rames, et son ami furent au milieu du lac, assez loin pour que leurs voix ne fussent pas entendues, M. Bréchart grommela :

— Vous êtes beaucoup trop confiant! Ces Soubeyre me sont suspects, la moralité de la femme comme celle de l'homme. Je les pressens déjà ingrats. Et notre amie ne vous aurait pas grondé de leur prendre de légers intérêts, ne fût-ce que pour les tenir par un rappel à l'économie.

— J'ai cru bien faire, confessa Laugère, je ne les crois pas mauvais au fond. Je regrette seulement la danse que cette petite va recevoir.

— Les châtiments corporels ont du bon, dit le colonel : et je vous assure que si on fouettait au sang les apaches...

Laugère, choqué dans son respect de la dignité humaine,

eut une moue de blànie et soupira après un instant, en s'arrêtaut de ramer :

— Pourquoi le bien est-il si difficile à faire, et le mal si facile?

— La religion le sait, l'épondit le colonel. Laugère ue répondit rien et, donnant à la barque une

nouvelle impulsion, pluma l'eau qui, à chaque bout de rames, retombait en gouttes de soleil.

— La seule chose regrettable, dit-il, c'est que nous ne serons plus seuls à posséder ce beau lac, quand r u. Hôtel Soubeyre » hébergera des clients.

— Mais que possède-t-on? demanda M. Bréchart en homme détaché des biens matériels et pour qui les réalités spirituelles seules existent.

— Oh! vous, Mathieu, vous êtes un solitaire de Port- Royal, un contemporain attardé de Nicole et d'Arnaud... Je n'ai pas atteint votre sagesse et votre résignation.

— Parce que vous les cherchez en vous-même, au lieu de les implorer de Celui qui départit les grâces...

— Ah! cher ami!... n'est pas croyant qui veut!... soupira Guy Laugère avec une intonation tendre où l'admiration se mêlait au regret et au désabusement philosophique d'un esprit qui a étudié tous les systèmes sans trouver dans aucun la vérité définitive.

Au début de leur voyage, Mme Sabattet et Élie Maraval avaient fait une connaissance imprévue, celle de Pierre Esbros. Que l'héritier jadis obscur de la ferme dont ils avaient tiré la Maison-Blanche fût devenu

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