‹ Sous les pins tranquillesChapitre 42 sur 132 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Janus sautant et frétillant aboyait de plus belle. Les deux amis se rencontrèrent devant la grille que Bréchart ouvrit :

— Les voilà! dit Laugère.

Gratiane apparaissait derrière la vieille Françoise, au seuil des communs.

Constance Sabattet et Maraval sentirent, à la chaleur de l'accueil et à la joie qu'eux-mêmes éprouvaient, quel lien infrangible les unissait tous. Adrienne souriait, gauche et un peu effarée, à ses deux « oncles » Mathieu et Guy. Comme elle ressemblait peu à l'image qu'ils s'en étaient faite! Ce fut pour Laugère un mécompte et son emballement irréfléchi en fut douché : « Sapristi, mais elle était presque laide, cette petite! " Bréchart préférait cela : une beauté trop évidente lui eût paru une vanité superflue.

Une terreur reprit Dorothée : n'avait-elle pas outrepassé les instructions de son amie pour la chambre d'Adrienne? Avec une voix zézayante elle annonça, comme une coupable, la vérité.

Guy Laugère lui vint en aide en rappelant :

— Nous avons été vos complices, Mathieu et moi.

— Voyez, Adrienne, comme votre tante et nos amis vous ont gâtée, dit Constance Sabattet, touchée pour sa filleule d'une si délicate attention.

Le visage de la jeune fille s'éclaira d'une gratitude qui fit valoir ses beaux yeux; ses remerciements balbutiés payèrent les donateurs de leur peine.

Délicieuse première journée! Mme Sabattet en fit les honneurs à sa pupille. Elle la plaça à table entre Dorothée et Maraval : c'était le voisinage qui pouvait le mieux la mettre à l'aise. Ensuite elle lui faisait visiter la maison : elle la présenta à Françoise, régnant dans sa belle cuisine comme une divinité domestique, puis à Pierre et à

Gratiane. Les serviteurs avaient déjà leur opinion faite, point défavorable, gagnée même par ce besoin de protection qu'ont les humbles à l'air souffreteux de la jeune fille; Françoise se disant qu'il faudrait lui donner une bonne nourriture, et les Iribarnc déclarant, laconiques, que l'air était bon ici et que la demoiselle s'en trouve rait bien.

Constance lui avait montré la lingerie :

— Ceci est le domaine de Mlle de Kervo ; elle vous initiera peu à peu aux travaux de couture et de broderie ; voici la véranda où nous nous tenons après le déjeuner, et le salon oii vous travaillerez votre piano avec moi, car vous m'avez dit que vous aimiez la musique.

— Certainement, marraine !

Elle la guidait vers les communs :

— Voici la buanderie; nous sommes ici sur les terres de Gratiane, comme l'écurie et la remise sont du ressort de Pierre. Venez voir la basse-cour.

De grandes volières en grillage abritaient la gent des poules et des canards, qu'un même élan vorace approcha d'elles :

— Ce coq superbe est un Orpington, voici des Bressanes, et celles qui ont une crête sont des Houdau.

Adrienne ne se lassait pas de contempler les poules rousses effrontées et les canards noirs avec leur déhanchement comique; une couvée de poussins jaunes l'attendrit; un dindon solennel, en son plumage couleur de soie gommée, gonflait son jabot écarlate et gloussait, cependant que deux dindes le suivaient comme des esclaves. Plus loin, un paon sur un perchoir poussait son cri strident ; sa queue en faisceau de plumes ocellées traînait derrière lui comme un manteau royal. Plus loin, des clapiers répandaient leur odeur chaude :

» — Nos lapins!

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