TROISIEME PARTIE
Certainement, il ne déciderait pas seul de l'état de Constance Sabattet.
Il allait s'étonner du silence du docteur Fagalde, quand Pierre vint annoncer qu'à la fenêtre du grenier des Soube3fre on faisait le signal d'appel en agitant « le drap blanc » .
— Prenez le canot, et allez voir de quoi il s'agit, commanda Mme Sabattet, cependant que Laugère, de sa lorgnette, guettait la petite plage...
— Il me semble voir deux hommes en noir... Il faudra que nous finissions par avoir une longne-vue braquée à demeure comme un canon.
Il reconnut, au milieu de la traversée, les deux passagers que ramenait Pierre :
— Tiens, le docteur Fagalde et aussi le curé de Géglosse. Je pense, chère amie, que vous ne refuserez pas de causer avec le premier de votre santé ; vous savez que mon amitié s'en inquiète.
— Oh! Elle s'inquiète toujours et pour peu de chose, fît elle en souriant. Je lui parlerai surtout d'Adrienne.
Le colonel Bréchart attendait, au petit ponton qui servait de débarcadère, les deux visiteurs. Le curé de Géglosse était un rustique pasteur d'àmes, taillé à la serpe et noueux comme un chêne, toujours de bonne humeur, la conscience nette et le regard clair. Le docteur Fagalde, vieilli prématurément par l'étude, montrait, sur un corps mince, une grosse tête méditative aux traits expressifs et au regard perçant.
— Excusez-nous de recourir à vos moyens de transport, dit-il, mais mon auto ne peut rouler longtempr sur les aiguilles de pin ; et les Soubeyre partaient à la recherche de leur fille qui les a quittés hier après une scène de reproches et n'a pas reparu.
— Ils feront bien, dit Laugère survenant, — bonjoiu-,
monsieur le curé, bonjour, docteur! — d'aller voir si elle ne s'est pas sauvée chez les pêcheurs d'YscIet : cette enfant précoce n'est pas insensible au charme du sieur Rodko.
— Mon confrère M. Cachebielle, dit le prêtre, se plaint amèrement de l'inconduite de cette tribu de sauvages. Je venais justement représenter aux Soubeyre, qui sont mes paroissiens comme vous, messieurs de la « Colonie » , fit-il avec un sourire malicieuï, le tort que se fait cette gamine qu'il faudrait soustraire à sa vie déréglée.
— Notre amie Mme Sabattet, dit le colonel, serait intervenue, sans un voyage qu'elle a dû faire.
— Je sais toute sa générosité, et il ajouta : — Vous avez recueilli une jeune parente? m'a-t-on dit. Est-elle catholique?
— Oui, monsieur le curé, dit Bréchart, nous la recommandons à votre paternelle direction.
— Comme aussi à vos soins, docteur, dit vivement Laugère; elle n'est pas dans un état brillant, brillant...
Au salon, où on les introduisait, le curé et le docteur trouvaient Mme Sabattet et Elie Maraval. La conversation, d'abord générale, roulait sur l'aventure de Martine et le scandale permanent des pêcheurs d'Ysclet.
On changea de sujet quand Mlle de Kervo parut, amenant Adrienne qu'elle présenta aux visiteurs. Maraval en profita pour attirer à l'écart le docteur Fagalde et l'entretenir de Mme Sabattet.
— Vous voudrez bien rester à diner avec nous, messieurs? dit celle-ci, et elle insista avec trop de bonne grâce pour qu'ils osassent refuser.
Elle sortit pour donner des ordres à Françoise; comme elle revenait, Maraval la pria instamment, quand elle aurait montré Adrienne au docteur Fagalde, de se