‹ Sous les pins tranquillesChapitre 47 sur 132 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

prêter elle-même à l'examen. Elle ne cacùa pas sa répugnance; sans offenser en elle une vaine pudeur, cette curiosité lui était pénible.

— Vous me l'avez prorais, dit Maraval d'un ton sérieux, tenez votre parole.

— C'est-à-dire que vous m'avez tant harcelée... Eh bien, soit : au moins ensuite vous serez rassuré et me laisserez en paix!

Son air affectueux démentit la vivacité de sa réplique. Maraval attendit avec une angoisse le verdict de son confrère et s'empressa de l'emmener dans son cabinet de travail, un vaste capharnaûm-laboratoire bondé de livres, de casiers surchargés d'herbes, de fioles de cristal, avec des petites cornues dans les coins,

— Eh bien?

— La jeune fille, dit M. Fagalde, fait de l'anémie, vous le savez comme moi. Je prescru-ai un traitement de fer et d'arsenic, au besoin de la viande crue, mais nous n'en viendrons sans doute pas là : aucun organe n'est menacé, et je ne vois là que des accidents passagers ; du repos, des soins, le grand air l'épanouiront peu à peu.

— Et Mme Sabattet?

— Que pensez-vous de son état vous-même? Maraval, avec une émotion contenue, hasarda :

— Le mal de Bright?

— Oui : si rien n'aggrave l'évolution de la néphrite interstitielle chronique vers l'urémie, la constitution de la malade peut résister des années; je prescris, vous l'approuverez sans doute, le régime déchloruré et lacté, le vin de Trousseau, les ventouses scarifiées ; enfin, en cas d'asthémie cardiaque, la digitale.

— Mais cet état vous paraît-il inquiétant?

— Avec une nature qui a tant donné d'elle-même, et que le système nerveux seul soutient, oui, je ne crois

qu'à des périodes d'arrêt; néaDmoins le stade fatal peut comporter des années.

M. Fagalde ajoutait quelques observations sur le rythme du cœur ; ce bruit de galop, c'est bien cela dont Maraval s'était alarmé. Du moins, la certitude qu'il n'y avait point de danger immédiat le consolait-elle un peu ; il la surveillerait de si près, avec une vigilance si dévouée, que rien ne lui échapperait des progrès du mal. Malgré tout, cela le soulageait de « savoir « et aussi que son diagnostic lût confirmé. Cependant combien il eût préféré, dût son humilité s'accroître, s'être trompé! Ainsi, la maladie ne guérirait pas. Elle couverait sournoise, gagnant, reperdant, regagnant du terrain jusqu'au jour...

Maraval ferma les yeux, comme pour ne pas voir se lever ce jour là...

L'abfié Hourcade disait à Mme Sabattet :

— Ma visite, madame, je vous l'avouerai sans détour, est intéressée.

Elle le regardait avec une sympathie paisible; depuis vingt ans il disait la messe et les vêpres à l'église de Géglosse, vieil édifice délabré aux réparations duquel elle avait plus d'une fois contribué. Il exposa des détresses que sa pauvreté ne lui permettait pas de secourir : un couple de vieillards infirmes vivant de la charité publique, en pleins bois, dans une masure si décrépite qu'elle s'écroulerait un matin sur eux ; puis la veuve d'un résinier que son fils, à moitié fou, battait et assommerait peut-être si on n'obtenait pas son internement dans un asile.

— Ce n'est pas, dit-il, que les habitants de Géglosse aient le cœur dur. Les Basses-Landes sont certainement, au point de vue de la moralité, un des meilleurs dépar-

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