‹ Sous les pins tranquillesChapitre 48 sur 132 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

tements de France : ainsi mes vieux Philémon et Baucis reçoivent de temps à autre de celui-ci, de eelui-là, un morceau de confit, une salade, un quignon de pain; mais on ne pensera pas à étayer leur bicoque et c'est pourquoi je m'adresse à vous.

- — Vous avez raison, dit Mme Sabattet. Et pour le fou, M. Despeyron fils n'a-t-il pas les pouvoirs nécessaires, ou le préfet de Mont-de-Marsan?

— Si, dit l'abbé Hourcade, mais la crainte des députés rend les pouvoirs administratifs d'une prudence extrême. M. le sous-préfet de Dax... Ah! madame, en province les choses les plus simples sont souvent les plus compliquées : tout est intérêts, relations, pouvoir électoral...

Et s'arrêtant court, à une idée subite :

— Mais au fait, vous savez la nouvelle? M. Despeyron, le père, n'est plus ministre.

— Vraiment, en êtes-vous sûr, comment cela? demanda Laugère impétueux...

— Je ne sais pas, dit l'abbé Hourcade, je ne m'occupe guère de politique. Il y aurait eu interpellation, hier, à la Chambre, et ce matin trois des ministres ont porté leur démission à M. Loubet qui l'a acceptée : il paraît que depuis quelques jours un remaniement ministériel était prévu.

Mme Sabattet revoyait l'ardente, l'inquiète figure de Pierre Esbros : quel coup pour ses plans ambitieux! Quels regrets il devait éprouver en voyant se rompre sous lui le marchepied qui l'élevait au-dessus du vulgaire et l'approchait du pouvoir !

— Pierre Esbros, dit-elle, viendra peut-être, plus tôt qu'il ne pensait, revoir le pays...

— Vous le connaissez, madame? demanda le curé. J'ai beaucoup apprécié son pauvre père, le fermier qui

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planta les beaux sûriers qui entourent vos pelouses. Je redoute pour Esbros le fils les tentations de Paris : ce jeune homme porte au front le signe des orgueilleux et des violents.

— Vous croyez?... dit-elle pensive.

Les deux médecins rentraient au salon, iribarne vint annoncer que madame était servie.

Le lendemain, presque toute la « Colonie « attendait le courrier avec impatience, sauf Mlle de Kervo, qu'absorbait la recuisson des confitures d'orange, et le colonel, dont l'esprit religieux se désintéressait des contingences, parce que d'avance il les acceptait toutes. Ni Mme Sabattet, ni Laugère, ni Maraval n'étaient parvenus à cette sérénité ; aussi commentèrent-ils avec vivacité la Petite Gironde qui, en grosses manchettes, annonçait u La dislocation du ministère " et expliquait le désaccord survenu entre le Gouvernement et le Parlement au sujet de la Haute-Cour. La démission de Despeyron, qu'avaient accompagnée celle du ministre de l'Instruction publique et celle du ministre du Commerce, ouvrait une crise regrettable. On prévoyait les difficultés d'un replâtrage, et on se livrait à des conjectures sur les successeurs.

— Nous ne sommes plus menacés; voilà les beaux plans de Pierre Esbros à terre, dit Maraval.

— Leur exécution n'est sans doute que retardée, dit Mathieu Bréchart; il est rare que ceux qui sèment récoltent; mais le bon ou le mauvais grain lève toujours, et il ne manque pas de gens pour profiter de la moisson.

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