‹ Sous les pins tranquillesChapitre 49 sur 132 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

— Vivons sur le présent, dit Laugère, et puisque nous ne pouvons rien, sinon attendre les événements., jouissons du répit dont le destin nous fait la grâce.

— Il nous faut enfin régler le sort de la petite Mar tine, dit Mme Sabattet.

Ls curé et le docteur Fagalde avaient, rapporta Iribarne, trouvé les Soubeyre fort surexcités; ils avaient ramené leur fille d'Ysclet où elle vagabondait sur la plage avec des garnements et des drôlesses à cheveux courts, toute la jeunesse effrontée de la prolifique tribu de pêche. Rodko et ses camarades étant en mer, Honorine et Narcisse n'avaient pu s'en prendre qu'à Martine qu'ils avaient ramenée avec quelques soufflets et bourrades, sanglotante et révoltée. Ils accueillirent d'autant mieux les offres de Mme Sabattet que l'abbé Hourcade les avait sermonnés :

— Emmenez-la, j'en deviendrais folle! cria Honorine.

— Et dites qu'on lui serre la vis! appuya Narcisse. Honorine cependant accompagna Mme Sabattet à Dax,

où l'ouvroir de Saint-Onuphre recueillit la jeune fille munie de bons conseils et d'un trousseau. Elle manifesta un désespoir si repentant qu'Honorine en revenant dit:

— Hé bé! Il ne faudrait pas tout de même qu'elle s'en fasse malade!

Elle ajouta, mortifiée :

— C'est toujours pas faute qu'elle ait eu notre bon exemple! Mais elle ne veut faire qu'à sa tête!

Et elle se plaignit des difficultés de la vie : pour bien faire, il leur faudrait, l'été venu, loger des familles qui ne regarderaient pas à l'argent...

— Tant que ce pays restera sans ressources et sans voyageurs!... maugréait- elle, laissant voir combien ses

intérêts et ceux de la « Colonie » étaient antagonistes.

Elle ajouta :

— Et ça va nous coûter gros, de bâtir!

Elle éprouvait déjà le regret de n'avoir pas obtenu plus, et laissait deviner l'acheminement habituel de l'obligé vers l'ingratitude.

Trois jours après, on distingua sur leur petite plage quelque chose de blanc et de rouge.. /C'étaient des amas de moellons et des tas de briques que Jean-Baptiste, le bouvier, déchargeait avec lenteur tandis que ses bœufs maigres, couleur de café au lait, couplés sous le joug et coiffés d'une peau de mouton, attendaient le geste rituel dont, abaissant son aiguillon, il crierait pour les remettre en marche : « Aoû! Choanne! Aoû! Martinn! " Bientôt des hommes, qui paraissaient de loin des pygmées, s'agitèrent, creusant les fondations et élevant des murs : les travaux commençaient.

L'hiver s'écoula, les jours grandirent, on n'alluma plus les lampes qu'à cinq heures. Février fut doux et pluvieux; une trame de mousseline liquide s'appliquait aux grandes vitres des bow-windows, ou bien, en traits transversaux, les longues gouttes claquaient sur les toits, au glouglou des gouttières pleines. De vastes feux flambaient dans les cheminées.

Les hôtes de la Maison -Blanche conformaient leurs occupations au mauvais temps qui rendait plus agréable le " home « . Le colonel se livrait à des travaux de menuiserie; ou bien il sciait le bois à brûler qu'Iribarne fendait à la hache. Quand il pleuvait trop pour que, sous son vieux macfarlane, il allât trotter sur Maroc, il s'enfermait dans sa chambre, méditant des lectures pieuses ou résolvant des problèmes de géométrie. Maraval classait ses herbiers et se livrait à des nomenclatures savantes. Guy Laugère écrivait d'un jet un Essai sur le

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