‹ Sous les pins tranquillesChapitre 64 sur 132 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

effondré, aux environs d'Anglet). Soubrac est riche, Arcomie est cousu de billets de banque; il a bien fallu que je marche avec eux.

— Mais comment le maire, qui ne devait traiter qu'avec vous, a-t-il consenti à aliéner le pourtour du lac en faveur de la société?

Le géant parut de plus en plus embarrassé :

— Soubrac est son cousin ; le fils de M. Vincens a fait faillite à Paris; pour le sauver, Soubrac a prêté de l'argent; il se rembourse, voyez-vous.

— Mais Arcomie, dit Laugère, et dans son ton perça quelque rancune, où prend-il donc l'argent qu'il vous apporte?

Le géant cligna de l'œil, avec un sourire où Tadmiration primait l'hostilité :

— Arcomie sait s'en faire confier : ah! il est malin, celui-là !

Pestribats avait ajouté, d'un haussement d'épaules un peu brusque :

— Et puis, qu'est-ce que vous voulez ! C'est comme ça... Alors vous ne voulez pas profiter de notre offre d'acheter des terrains?

— Non, dit Mme Sabattet, ce que nous avons nous suffit.

— Eh oui, dit l'entrepreneur, mais vous seriez peutêtre bien aises, des fois, qu'on ne bâtisse pas trop près de chez vous? Et j'avais décidé Soubrac à vous faire une grande faveur en vous laissant à un franc le mètre carré.

— Nous n'avions payé il y a huit ans que vingt-cinq centimes, dit doucement Maraval.

Il se représentait, comme les autres, la mâchoire de dogue, les petits yeux porcins de Soubrac, le 4>izarre mufle carnassier que cette double expression lui faisait :

17i SOUS LES PINS TRANQUILLES

et il évoquait aussi Arcomie, toujours souriant, bouffi comme un mal blanc, du haut de sa cravate ponceau.

Destribats avait un petit ricanement, l'entrepreneur reparaissait :

— Un franc parce que c'est vous, mais dans trois mois, ce sera deux francs le mètre, et, n'ayez pas peur, nous arriverons vite à le vendre cinq francs et plus !

Il s'en allait d'un pas lourd et mou de pachyderme.

— Voilà. donc les ennemis de notre repos! avait dit Mme Sabattet désolée.

Que la spéculation, le lucre vulgaire, car ce n'étaient même plus les grands travaux d'utilité générale que s'était proposés Pierre Esbros, vinssent enlaidir et vulgariser ce paradis, c'était une épreuve amère pour ces êtres qui n'avaient pratiqué que le désintéressement et qui n'employaient leur argent qu'à soulager les douleurs et les misères.

— Il est dit, conclut Mme Sabattet avec un sourire mélancolique, que nous regretterons Pierre Esbros.

— Et même Despeyron, dit Laugère.

Bientôt trois maisons s'élevèrent sur les bords de l'eau, l'une destinée à un ingénieur de Paris, les deux autres à des locataires éventuels. Grâce au goût de Destribats, ces constructions ne déparaient pas la vue. Mais déjà Soubrac allait bâtir au nord du lac deux bicoques dans le genre de celles qui enlaidissaient si affreusement Ysclet-Plage. Une compagnie électrique éclairerait bientôt Géglosse et le lac d'Osques. Un cabaret nouveau s'ouvrit et disputa aux Soubeyre exaspérés leur clientèle : il possédait un jeu de tonneau, de boules, et un phonographe dont les refrains d'opérette le dimanche, quand le vent portait, venaient mourir jusque sur la plage de la Maison-Blanche.

Les « messieurs » et Mme Constance, ainsi que les

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