‹ Sous les pins tranquillesChapitre 89 sur 132 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

rière à kur ingratitude, comme si elle pouvait les soulager, les Soubeyre rejetèrent le changement de caractère de leur fille et sa fuite sur l'éducation qu'elle avait reçue à l'ouvroir et sur l'influence de la ville, pour ne pas dire aussi de la Maison-Blanche.

— Elle n'était pas comme ça autrefois, bien sûr, répétait Honorine; ici, elle avait notre bon exemple!

Narcisse renchérit :

— Eh oui, elle n'est pas revenue la même! Je me disais aussi que cette éducation-là ne valait rien pour elle!

— Oubliez-vous donc, répondit Laugère piqué au vif, — car malgré une longue expérience des êtres, il ne se faisait jamais à leur injustice, — à quels instincts fainéants et vagabonds Martine s'adonnait autrefois? Vous ne pouviez la tenir'

— Une bonne claque, dit Honorine, la remettait d'aplomb. Aujourd'hui que c'est une demoiselle, c'est qu'elle vous tient tête! Elle nous méprise, ma parole!

— Vous ne prétendez pas que nos conseils lui ont manqué, ni la sollicitude de Mme Sabattet !

— Oh! des bonnes paroles... tant j a que la coquine s'est ensauvée pour notre honte!

— Nous la retrouverons, dit Laugère.

Honorine, dont la fureur s'affaissa subitement, se mit à sangloter :

— Que je suis malheureuse! N'avoir qu'une fille et devenir la risée des méchants !

Narcisse dit :

— Mule qu'elle est, elle se ferait périr, rien que pour nous faire endêver! C'est que cela ne m'étonnerait pas!...

Honorine se cacha les yeux dans ses mains avec horreur.

— Hé bé! Que dis-tu là! Un tel péché! Faudrait-il qu'on la retrouve noyée? Non, bien sûr, elle est avec ce coureur de filles, ce galvaudeux, ce chieu, ce maudit!

— Si c'est vrai, dit solennellement Narcisse, je lui fous un coup de fusil, à Rodko!

— Ce serait pire que tout, dit Laugère ; votre fille a dépassé l'âge d'un enlèvement criminel; vous n'avez d'autre ressource que le droit de correction.

— Je la ferai ramener par les gendarmes! cria Narcisse si fort qu'Honorine, effrayée pour le bon renom de l'hôtel et jugeant inutile d'ameuter les voyageurs, lui dit :

— Hé! Allons, ne te monte pas! Tu es comme le lait sur le feu !

— Je la ferai enfermer dans une prison, hurla Narcisse, c'est mon droit!

— Vous la pousseriez à la révolte ou au désespoir, dit Laugère. Le mieux, quand vous l'aurez ramenée, sera de l'envoyer loin d'ici, de la soustraire aux tentations nouvelles. N'avez-vous pas de parents à Paris ou à Bordeaux? Sinon, nous pourrions l'adresser à une œuvre de protection... ^

— Monsieur Laugère, dit brusquement Narcisse, je TOUS respecte. Mais voyez-vous, ça ne regarde plus que nous, cette affaire. Je ne veux pas vous rendre responsables de ce qui arrive, mais si notre fille ne nous avait jamais quittés, elle n'aurait pas eu de mauvaises idées dans la tête !

Guy Laugère pâlit légèrement :

— Ce n'est pas bien, Narcisse, ce que vous dites là!

Honorine s'interposa, en femme de tête : elle n'oubliait pas la créance de la " Colonie » , la forte somme prêtée pour la construction de leur hôtel et qu'ils devraient rembourser un jour ou l'autre.

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