QUATRIÈME PARTIE
Et Cotiche de chercher à nouveau; finalement il la retira de son béret.
Laugère lut, c'était la réponse du maire d'Ysclet :
Pas retrouvé Martine Soubeyre; Rodko en mer, attendons son retour.
Cotiche cligna de l'œil :
— Martine court encore, pas vrai, m sieur Laugère! Eh bien moi, foi de... de Cotiche, — il eut un hoquet, — je vais vous dire où elle est; je le sais parce que je suis malin...
— Eh bien, où est-elle? demanda Laugère énervé.
— Té ! Dans le bateau de Rodko, et ils auront été faire un petit voyage de noces passé la frontière, en Espagne, à Cerda ou à Calla-Rès; y a là des coins de pêcheurs où le vin n'est pas mauvais! Allez donc l'y prendre?...
Il attendit une invitation d'aller s'abreuver à la cuisine, mais Laugère le déçut eu disant sévèrement :
— Merci, Cotiche, à une autre fois; et tâchez de ne plus boire d'aujourd'hui.
Le braconnier se mit à rire, sans rancune :
— Y en a que ça rend méchant, comme Jean-Baptiste; moi, pas... ça me rend meilleur : alors pourquoi que je me priverais?
Laugère rentrait dans la salle à manger; il mit ses amis au courant; l'hypothèse de Cotiche parut probable et fît planer une tristesse. Pourquoi le mal était-il ainsi victorieux? Laugère avait encore sur le cœur les reproches des Soubeyre.
— Dans deux ans, dit-il, ce pauvre pays sera irrémédiablement gâté.
Henri Vierne sourit :
— Vous émigrerez comme moi.
— Nous sommes trop vieux, dit Constance Sabattet avec un soupir, cenendant que, pour consoler l'intime
détresse de Paul Vierne, Adrienne affectueusement lui souiiait.
L'heure du départ vint vite. 'Guy Laugère, peiné ainsi que Mme Sabattet de l'aventure de Martine, ressentait plus vivement l'échec de ses projets. Fallait-il qull fût jeune encore de cœur, pour avoir espéré qu'Henri Vierne se raviserait, la nuit lui ayant porté conseil, et qu'il dirait : « Je ne pars plus. Ce pays et votre voisinage me décident à accepter la place d'ingénieur aux Aciéries de Têts »? Ce n'est que dans les romans que de telles choses se voient. La valeur évidente du jeune homme, se* qualités et son charme ajoutaient à ses regrets.
Toute la « Colonie » entoura l'auto au moment des adieux. Henri Vierne remercia en fort bons termes de l'accueil que son frère et lui avaient reçu; Paul, très ému et s'efforçant de faire bonne figure, ne sut que balbutier quelques mots. Henri actionna le moteur, prit le volant, l'auto démarra : en quelques secondes il ne resta plus rien de ces jeunes visages et de cette sympathique rencontre.
Mme Sabattet traduisit l'impression commune en murmurant :
— Comme cela a passé vite!... sans qu'on sût si sa pensée allait spécialement au passage d'Henri Vierne ou aux vacances de Paul, ou à leur double séjour si tôt évanoui dans le passé, avec le souvenir de tout ce qui, en mille sensations de la minute, s'éparpille, s'efface et meurt.
Iribarne était revenu de Bayonne soucieux. Interrogé, il répondait laconiquement : sa nièce? Le médecin pen-