‹ Sous les pins tranquillesChapitre 93 sur 132 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

sait qu'elle s'en tirerait; une mauvaise grippe. Ses neveux, qu'il avait été surprendre à l'improviste, allaient bien, et leurs patrons se déclaraient satisfaits de leur travail. 11 ne trouvait à redire qu'à la tenue de sa belle-sœur; il s'en ouvrit à M. Bréchard quelques jours plus tard.

— Elle veut se remarier, mon colonel, et elle est bien coquette avec les hommes pour une mère de famille.

— Elle ferait mieux, dit celui-ci, de ne se consacrer qu'à ses enfants. Cependant, elle est jeune encore, et mieux vaut le mariage que l'inconduite.

— C'est qu'elle s'est amourachée d'un bellâtre qui sûrement en veut à son argent.

— C'est à toi de lui faire entendre raison, Pierre.

— Les femmes n'entendent pas raison, dit Iribarne, à moins qu'on ne les corrige. Ce n'est même pas ma belle-sœur selon la loi, je ne puis la contraindre.

M. Bréchart eut une moue mécontente; ce qu'il craiguait se vériGait : une loi fatale voulant que le bien que Ton fait tourne souvent en mal et que l'on soit parfois puni plus pour ses bonnes actions que pour ses mauvaises. Moins généreux, Pierre, en gardant l'héritage en totalité ou en partie, eût tenu Rosita Combrès en sa dépendance.

— Alors, résigne-toi, Pierre. Tu auras fait tout ce que tu pouvais.

— Ce n'est pas l'affaire, dit celui-ci, mais Mercedes devient grande, et je ne veux pas qu'elle vive avec cet homme pour beau-père. Il ne me donne pas confiance.

M. Bréchart répondit :

— Si Mme Sabattet veut bien accueillir ici ta nièce, et j'en suis sûr d'avance, c'est toi et Gratiane qui relèverez ; mais la mère y consentira-t-elle?

— Pour suivre cet oiseau-là, je le crois! Non qu'il soit beau, il est tout plumé sur la tête.

Mme Sabattet décidait avec ses amis que, sitôt rétablie, la jeune Mercedes trouverait hospitalité et éducation à la Maison-Blanche. Les visages graves de Pierre et de Gratiane s'éclairèrent de reconnaissance. L'exemple qu'ils avaient reçu leur servirait; de même que Mme Constance et ces messieurs avaient eu Mlle Adrienne à élever et à aimer, ils aimeraient et élèveraient leur nièce. Iribarne irait, la semaine suivante, s'entendre avec Rosita Combrès. Il ramènerait aussi Janus que le vétérinaire soignait sur place.

On eut des nouvelles de Martine par Arcomie, l'associé de Soubrac et de Destribats. Rencontrant la jeune fille et Rodko à Hendaye dans un cabaret de pêcheurs, il avait eu peine tout d'abord à la reconnaître, avec ses cheveux coupés court en signe de servage, son corps pris dans le maillot sombre et le pantalon rouge des pêcheurs d'Ysclet. Ils s'étaient mis en sûreté de l'autre côté de la Bidassoa et attendaient, pour revenir, que l'esclandre se fût apaisé.

Arcomie en avait profité pour en porter la nouvelle toute chaude à la belle laue, dont il savait la violence jalouse. Elle ne parlait rien moins que d'arracher à Martine sa peau vive comme on fait aux anguilles; pour Rodko, heureux s'il ne s'en tirait qu'avec un coup de couteau! Arcomie, avantageux et faisant scintiller les bagues de ses doigts boudinés, avait converti lane à une vengeance plus raffinée : que n'agréait-elle son amour? Il la couvrirait de bijoux... La fille consentante roulait maintenant dans l'auto d'Arcomie, une auto de luxe, qui faisait oublier la méchante petite baignoire à roues d'autrefois, lane, transformée parles soins du coiffeur et des magasins de nouveautés de Biarritz, portant chapeau et robe à traîne, semblait une amazone de cirque forain. Elle comptait inspirer à Rodko du regret; qui sait si, la

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