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TROISIÈME PARTIE

fin de la Tonkinoise et cherchait autre chose depuis un mois... Néanmoins, je suis ennuyé tout de même... On ne consent à prendre Delphine que si elle paye la location du costume.

— Comment, elles ont un costume? Depuis quand?

— Je ne sais pas... C'est cinquante francs... En outre, il faut encore payer d'avance la chambre.

— Quelle chambre?

— Il y a un garni, à côté de la brasserie. La patronne, qui en est propriétaire, n'emploie que les femmes qui logent chez elle. Cinquante et trente^ quatre-vingts. Je n'ai que soixante francs, pourrais-tu m'en prêter vingt?

— Impossible, dit Favières; je suis moi-même à sec.

— Il faut pourtant que je les trouve.

Et Tétrelle s'absorba dans l'étude du livret d'ordinaire, "sous couleur d'arrêter le dernier prêt.

— C'est étonnant, pensait Favières ; je n'ai jamais vu de costume aux filles de la France armée ;\q suis sûr qu'on se moque de lui.

Il ne se trompait pas. La patronne de l'étabhssement, ancienne gantière de passages, laquelle vivait avec un bookmaker, faisait de sa brasserie une maison de rapport et de l'exploitation de son personnel une règle rigoureusement appliquée. Le travestissement qu'abandonnaient les servantes parce qu'il ne les protégeait pas suffisamment contre les courants d'air, M"''^ Eugène exigeait qu'elles le reprissent pendant une huitaine lorsqu'une nouvelle recrue était attendue. A celle-ci on pouvait alors imposer la location d'un costume qu'elle portait une semaine h peine et qui valait bien vingt francs. Quand elle s'apercevait de la supercherie il était trop tard et \inviteuse à qui l'on assignait d'ailleurs la plus mauvaise place, près de la porte, s'estimait trop heureuse de troquer son

court vêtement de parade contre une robe à la fois montante et descendante, dût le commerce en pâtir.

La brasserie, qui n'occupait que cinq femmes avant la fermeture de la boîte à Nini, leur adjoignit volontiers Alice et Delphine espérant, par elles, avoir la clientèle de militaires que possédait l'établissement tombé. La France année, en effet, mentait à son enseigne , plutôt civile et fréquentée uniquement presque par les postiers et les télégraphistes.

Des cartouches divulguaient l'inimaginable existence de jardins avec bosquets et balançoires, réminiscences de banlieue dont on retrouvait encore la promesse à la devanture de certains hôtels borgnes de l'équivoque rue Valadon.

Extérieurement, avec son économique ceinture d'andrinople pareille au costume médiaire des servantes, la brasserie, sans verrière* ni lanterne ouvrée, n'avait rien qui rappelât les établissements similaires du centre et de Montmartre. A l'intérieur, meublée d'un piano et d'un billard sans âge, frères sordides^que foulaient honteusement les derrières en quête de sièges, la grande salle, haute, nue et malpropre, sentait la faiUite, le transitoire des locations successives, l'abandon d'une continuelle fin de bail.

Dans un coin qu'ils s'étaient réservé, au fond, les postiers éternisaient un rams avec les filles, déjà retournées à leurs misérables robes noires éhmées au coude, au sein, sous les bras. Elles avaient toutes une chair de fruit qui commence à blettir, une indéfinissable jeunesse figée, l'âge déconcertant d'une de ces têtes mi-partie de blanc et de noir^ qu'exposent les coiffeurs, pour inciter à la miraculeuse restauration des tignasses éprouvées.

La patronne avait eu tort de faire fond sur les militaires.

Tétrelle et l'amant d'Alice amenèrent bien quelques amis, mais l'accueil que ceux-ci reçurent des filles ne les encouragea pas à revenir. Le rôle joué par les sous-officiers, à la mort de Nini, ne

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