‹ Sous-offsChapitre 101 sur 199 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

})laidait pas en leur faveur. Les servantes, pour se ménager les bonnes grâces de M"™" Eugène, ne rebutaient pas absolument le cli(int, mais gardaient une défiance, une rancune sourde qui les jetait aux bras des civils, ostensiblement. Elles n'avaient d'indulgence que pour Tétrelle, présent tous les soirs, venant à la brasserie comme un somnambule, s'asseyant en face de Delphine, la jugulant de questions, criblant ensuite les réponses, en des silences d'un quart d'heure. On avait fini par ne plus s'occuper d'eux; les filles, en passant, serraient la main au sergent-major, lui soutiraient une cigarette, puis s'éloignaient, laissant les deux amants seuls devant leurs consommations...

Dans ce garçon vidant négligemment son porte-monnaie, Favières ne reconnaissait plus le Tétrelle d'autrefois, cherchant l'argent, au tâter, dans ses poches ou entre ses jambes, sous la table. Il n'avait d'yeux maintenant que pour Delphine, des yeux despotiques qui la confessaient, la vrillaient, poursuivaient sa pensée dans les méandres de l'élaboration.

Sa joie était, le matin, quand, sous un prétexte quelconque, il réussissait à sortir du quartier avant le rapport, d'aller la surprendre dans son sommeil, son lourd sommeil de fille tard couchée. Une double clef lui permettait de pénétrer dans la chambre sans réveiller Delphine... Il s'approchait du lit, mais ne s'attardait pas là, se retournait, scrutait le dénùment de cette existence avec des regards minutieux précédant les mains plus brutales qui exploraient le placard, les tiroirs, les poches d'abord introuvables dans la complication des plis et le désordre du linge. A quelles fins tendait cette perquisition? Il ne savait exactement... De même qu'il saisissait sa pensée avant qu'elle s'exprimât, il allait au devant d'une trahison possible, demandait à des indices immatériels le soupçon d'une piste... Mais c'était une première visite. Il revenait après le rapport. Et souvent alors, il se collait au long d'elle, se donnait l'illusion d'une nuit passée là, rentrait à la caserne ensuite,

bouleversé, apportait à table l'odeur du lit dont il sortait, se nourrissait de cela au point d'en oublier le boire et le manger réels et de remonter dans sa chambre en grignotant uniquement les biscuits du dessert.

— Vous n'êtes pas malade, sergent-major? lui disait quelquefois Montereau, frappé de son émaciation et de sa lividité.

— Non, mon capitaine.

— Si vous vous sentez fatigué, reposez-vous.

Il abandonnait tout le travail à Favières, tenu, d'ailleurs, en haute estime par son commandant de compagnie dont il était le secrétaire infiniment précieux. Il arrivait, en effet, que Montereau fut obUgé d'établir, personnellement, un rapport. Il s'asseyait en face du fourrier, son sabre entre les jambes, les yeux au plafond, l'inspiration rétive ; puis tout à coup :

— Tenez, dictez-moi donc... J'irai plus vite.

De temps en temps il s'arrêtait, s'ébr-ouait devant un mot :

— Un r, deux /?, hein ?

— Pardon, mon capitaine : un/;, deux r.

— C'est bien ce que je pensais : merci. Continuez.

— C'était, pour les comptables, la compagnie idéale et jamais le Parisien, ayant la chance d'y passer ses derniers mois de service, n'eut songé à la quitter, si les trafics de Tétrelle n'avaient laissé un sillage dans lequel il pouvait devenir dangereux de se trouver. Mais les inquiétudes de Favières firent trêve devant un danger immédiat autrement perturbateur.

A la fin de l'hiver, Favières avait été désigné pour remplir les fonctions de fourrier de place', lesquelles consistent à se rendre, tous les matins, au gouvernement militaire de Paris, pour y prendre les ordres. Il rentra, un jour, vers midi, très pâle, et, jetant son cahier sur la table, s'assit lourdement à côté de Tétrelle en disant :

11 s'assit lourdement à côté de Tétrelle en murmurant : —Ah! bien, nous so..unes proprest...

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Liv. 49.

— Ah ! bien, nous sommes propres I...

— Qu'est-ce qu'il y a donc?

— Il y a eu, rue Valadon, une rixe entre soldats et civils, — dans l'hôtel, dans la chambre même habitée par Généreuse. Un caporal du 170% caserne à Babylone, un nommé Sibire ou Sébire, fréquentait, depuis une quinzaine, la femme ou l'une des femmes qui ont succédé à Généreuse... Attaqué par l'ancien amant de la fille et des rôdeurs racolés, ce Sébire, un caporal, a dégainé, a blessé un individu... La police est venue, a arrêté tout le monde et, faisant une descente dans l'hôtel, a découvert au fond d'une armoire des boîtes de conserves que le commissaire a renvoyées à la caserne, en même temps que le caporal. On l'a mis tout de suite en cellule sous l'inculpation de détournement. Mais il proteste de son innocence... Une enquête est ouverte... Alors, comprends-tu? La fille, compromise comme receleuse, niera avec énergie... Et si l'on s'avise de rechercher les précédentes locataires de sa chambre, si l'on remonte jusqu'à Généreuse, nous sommes pinces; car, pour moi, il n'y a pas de doute possible : les boites trouvées chez cette femme sont celles des nôtres qui n'ont pas été consommées.

— C'est mon avis, dit Tétrelle. Quelle sale histoire 1 Comment l'as-tu apprise?

— Par le fourrier du 170e; nous allons ensemble place Vendôme. Il m'a raconté cela en route... Il me tiendra au courant. C'est égal, j'ai peur pour nous. Une seule chose devrait nous rassurer... et c'est embêtant de compter là-dessus... Ce caporal était justement chef d'ordinaire... C'est, jusqu'ici, la preuve la plus certaine de culpabilité relevée contre lui... Il lui était plus facile qu'à tout autre, suppose-t-on, de prélever sur les distributions la part ([u'il destinait à sa maîtresse.

— Une chose encore peut te sauver, reprit Tétrelle. La convie-

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