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TROISIEME PARTIE

ou d'agents, détachées d'une station de fiacres proche ; et il y en avait de terribles, embusquées, surgissant tout à coup, progressant, vers un isolé bonasse qu'elles entraînaient, s'arrachaient, roulaient dans des vagues d'ombre et de convoitises. Les drames du dégringolage .

Parfois, un cri... Puis une diffusion de spectres, à travers les profondeurs complices.

Rue Croix-Nivert, rue Cambronne et rue Frémicourt surtout, le travail de la fourmilière était plus mystérieux encore. Dans le napperon de clarté étendu sur le trottoii* par les portes entre-bàiilées à la devanture close des débits, la pantomime se compliquait; des gestes, des mi-corps penchés ébauchaient tour à tour un appel et une reconduite, se démenaient, attisaient d'invisibles et perpétuels conflits; tandis que de grosses fourmis ménagères^ rasant les murs^ s'enfonçaient dans les allées obscures et béantes d'où semblait sortir toute la nuit dont la rue était pleine. De loin, cela flottait sur le trottoir, comme des épaves sur l'eau; mais à mesure que Favières et ses compagnons avançaient dans la rue Frémicourt, le jeu des bras, des mains, des têtes se précisait, et l'on comprenait enfin ce qu'attendaient les ombres naines et fluettes des énormes cynips qu'elles ventousaient.

Derrière ceux-ci, comme à la queue d'un chien, une chaudronnerie rebondissait sur le pavé.

A droite et à gauche, la chaîne des marchands de vins logeurs n'était rompue, à de rares intervalles, que par un brocanteur, une pharmacie, une blanchisserie, les seuls commerces que fît vivre la population, — les archivistes de ses annales.

Dans les boutiques encore ouvertes, mais que la saleté des vitres et l'économique lueur d'une chandelle distinguaient à peine des fermetures voisines, des gens dînaient sur les planches à repasser ; deux ou trois épiciers-herboristes exposaient des produits

séculaires, à demi masqués par un fragment d'image d'Épinal moisie et picotée; et les marchands de vins qui n'avaient point posé les volets^ remplaçaient le gros numéro auxquels ils avaient droit par les chiffres solliciteurs avérant l'annonce des picolos, des cidres et des amers.

Ce qu'on voyait, par échappées, de la vie incluse dans ces bouges, devait exercer sur les désirs subalternes de la troupe une influence décisive. C'était, en effets la cantine avec la danse et la femme, c'est-à-dire l'attraction suprême, le dernier confort ambitionné. Une musique sourde de petits Italiens, adossés contre une table, les jambes croisées, faisait tourner et sauter des êtres accolés, la casquette de rôdeur et le fichu de laine de la bonne apocryphe... Ils apparaissaient une minute, dans le cadre intérieur d'une porté sains battant, puis d'un Coup de reins brutalisant le plaisir et hâtant la possession, s'écoulaient vers les chambres de passe d'une arrière-boutique machinée.

Ailleurs, aux seuils déshérités, des veuves, s'abritant derrière un large écriteau : « La maison n'est pas consignée à la troupe », consommaient la double besogne quotidienne, le raccrochage au tricot, et s'abîmaient dans l'attente d'un coucheur adventice. Certains étabhssements enfiiT, en dépit des honnêtes promesses de l'enseigne, décelaient le coupe-gorge, érigeaient en rassurance l'impassibilité du municipal qui décorait l'entrée d'une musette, vers le miheu de la rue.

L'arrivée de Favières et des trois sous-officiers qui l'accompagnaient, dans les salles où ils se faufilaient, y soulevait plus d'étonnement que d'enthousiasme. Les filles flairaient le passant venu pour rigoler, non le gueux militaire à qui ses ressources interdisent l'agrément dans la débauche. Les quatre galonnés sentaient s'élever autour d'eux l'hostilité qui anime la prostituée de ces parages contre le vice frondeur et bien mis, une haine des hiérarchies la diff'érenciant des pensionnaires de maison ; — souve-

Oh! non... mais ma camarade est occupée... Elle va venir... (Page :i95.) Liv.50.

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