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TROISIÈME PARTIE

d'ennui et, sous le nez, du chiendent qu'ils cultivaient, en louchant, d'une main jardinière. Tout jeune, le sous-lieutenant s'était déganté pour s'offrir le consolant chatoiement d'une bague. Seul, le sous-officier, au bas bout de la table, pénétré de sa mission, écoutait congrùment le réquisitoire du commissaire.

C'était un capitaine, encore jeune, blond, expéditif, qui vous ficelait une accusation comme un paquet, en commis habitué à dépouiller les dossiers à la grosse, sans perte de temps. Il prenait un prévenu, le roulait, en un tour de main, dans des formules ramassées, le tapotait un instant, rentrait /les angles, faisait une rosette et disait : « Enlevé ! » C'était coquet et léger.

Un greffier maussade, son voisin, la poitrine couverte de médailles et de croix, vidait, sans hâte, les fosses de son nez sur le municipal placé au-dessous de lui. Un factionnaire, baïonnette au canon, "flanquait la tribune des avocats. Devant Favières, sur une petite banquette de palier, Édeline arquait sous les tribulations un dos pénitent.

Le commissaire avait fini. Après avoir réclamé l'application de l'article 225 du Code de justice militaire, sans toutefois s'opposer à l'admission des circonstances atténuantes, il se rassit, et, sur une invitation muette du président, le défenseur, à son tour, se leva.

Un jeune homme, brun, la barbe soignée, la voix persuasive, le geste rare. Il parlait, tourné vers le conseil, à demi couché sur l'accoudoir, en une posture de causerie et d'abandon famiher, sans effets oratoires, ayant l'air d'en juger les subterfuges inutiles envers de rudes gaillards ennemis des ambages.

Alors, ils ne se gênèrent plus. Le colonel coupait du papier; le commandant, enfoncé dans son fauteuil, ne dépassait plus que de la tête le niveau de la table ; le bois peint des deux capitaines jouait^ fendu par des bâillements impérieux; les autres, et jus-

qu'au sous-officier, pleins de mépris pour l'avocat civil, rendirent la liberté à leur pensée, qui buissonna dans le champ des préoccupations personnelles.

Va, mon ami, enfde des mots, couds des phrases, assemble des périodes, attendris-toi, heurte de ton dé travailleur le front soucieux du tribunal ; c'est sur du gaïac que tu frappes ! . . .

Il n'était pas maladroit, pourtant, l'avocat d'office. Pendant une demi-heure, il combattait, infirmait, réfutait les arguments de l'accusation, citait les paragraphes du service intérieur prêchant aux supérieurs la patience, l'impartialité, le sang-froid ; leur recommandant de s'en tenir aux moyens de répression que le règlement met à leur disposition sans jamais, par le geste ou par l'invective, provoquer la révolte du subordonné. Du moment que M. le commissaire du gouvernement ne repoussait pas les circonstances atténuantes, c'est qu'il reconnaissait que le sergent avait manqué à ses devoirs. La cause supprimée, le délit s'évanouissait. Des témoins le disaient : ce sergent était réputé brutal, intolérant, agressif... Il avait, pour les prisonniers qu'il devait faire manœuvrer, des rigueurs injustifiables ne tendant à rien moins qu'à changer d'équitables punitions en peines corporelles, heureusement abolies. N'en était-ce pas une, et des plus dures, cette faction d'hémiplégique, au pied d'un mur? Et quel exercice plus exténuant et plus dangereux à la fois que l'escrime à la baïonnette, sans arrêt, intentionnellement choisie par un surveillant qu'ont tenté les risques du dompteur? Ce qu'estiment pénible des hommes bien nourris, bien couchés, reposés, n'est-il pas susceptible d'abattre ou de pousser à de déplorables extrémités, dans un coup de folie, des soldats passant la nuit sur la planche, privés de viande un repas sur deux, — et cela pendant trente jours?...

On invoquait contre Édehne ses antécédents au régiment, sa qualité de Parisien. .

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