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TROISIÈME PARTIE

bien n'être plus là pour le voir. A ce soir, n'est-ce pas? Et dis-lui tout de même que nous comptons sur lui.

C'était inutile ; Tétrelle avait devancé à la brasserie les premiers sous-officiers qui y arrivèrent. Réfugié au fond, il avait avec Delphine une explication violente; on entendait le sifflement des mots qu'ils se jetaient au visage, avec des gestes de défi, des haussements d'épaules méprisants et, chez la fille, de petits rires qui claquaient comme du bois sec.

— Ça ne va donc pas, les amoureux? dit Favières à la grosse Lolotte, une servante de trente ans qui mettait sa coquetterie à ne pas nigrifier une mèche blanche balafrant sa sombre tignasse.

■ — Bah! Ils se chicanent et ils ne peuvent pas se quitter, déclara-t-elle. Ce qui ne va pas, c'est le commerce. Y a encore les Bayadères, avenue de la Bourdonnais, qui ont fait faillite cette semaine. C'est la troisième brasserie, cette année. J'en ai connu une douzaine autour de l'École. Il en reste quatre : une, rue Chevert, deux, avenue Bosquet... Je ne parle pas des Amis du Soldat^ où les femmes figurent pour la peau... Ah! c'est un malheureux métier ! J'aurais l'âge de Fifîne, vrai, c'est pas ici que je serais, ni avec un cul de singe. On lui répète ça toute la journée, à cette gosse. Il a beau faire des sacré fices pour elle ; c'est pas une position; elle est seulement pas dans ses meubles.

Cependant, des sous-officiers entraient toujours. Ils étaient gras, frottés de lard, sentaient le passage des réservistes, luisaient encore des dernières bombances. D'aucuns s'en pourléchaient, inoubliaient les largesses des « types calés », que le hasard leur avait envoyés.

— Il y a quinze jours, j'étais pas ici, disait un sergent-major, renversé sur sa chaise et tapotant son ventre. Mon réserviste m'avait emmené dans un restaurant... à hauteur. 11 y a eu quatre sortes de vins et du Champagne dans des seaux ; des plats aussi,

avec de sacrés noms que je n'ai pas retenus; un boisseau d'écre visses.

— Un buisson, rectifia Favières.

■ — Moi, affirma un autre chef, je n'ai pas dîné une seule fois à la cantine : une invitation tous les soirs. Je les notais sur un carnet pour ne pas faire de jaloux ni m'erobrouiller.

Imberbe, les dents claires, il disait cela innocemment avec le sourire de la fillette qui a dansé toute la nuit. Brutal, un troisième s'écria :

— Y en a pas qu'ait pris les cuites que j'ai prises I... De fameuses... et à bon marché! Trois fois les réservistes m'ont rapporté en voiture, déshabillé et couché...

Mais Montsarrat intervint, dégoûté :

— C'est pas mon système... Vous êtes bien avancés maintenant que vous avez dîné et noce. . . J'ai refusé ça, moi. . . J'ai donné à entendre qu'un petit cadeau me serait plus agréable... un souvenir... En même temps, je les flattais. L'un m'a offert une pipe... que j'ai revendue dix francs; un autre des cigares... (j'en ai pour trois mois). Un bonnetier m'a prié d'accepter un gilet de laine ; je le porte... Est-ce que ça ne vaut pas mieux?

Cette sortie de fille, richement entretenue, mais songeant à l'avenir, ramena les sous-officiers à l'évaluation de leur fourbi, pendant ces vingt-huit jours.

— Huit réservistes m'ont abandonné leur prêt.

— J'ai fait vingt-cinq francs avec des retenues pour de soidisant dégradations à l'armement, aux effets.

— Quatre anciens conditionnels n'ont pas touché leur indemnité.

— Tous les bons de tabac de la dernière distiùbution me sont restés.

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