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TROISIEME PARTIE

— Seulement, je te jure bien que c'est la dernière fois. Dès demain, on changera ma serrure...

Il ramassa la clef qu'elle avait jetée par terre et consentit alors à suivre ses camarades.

Pendant une heure encore, ils parcoururent les brasseries des environs. Lolotte avait raison : toutes décehiient la ruine, la succession des patrons parmi un mobilier et des filles qu'on ne renouvelait jamais. La bourrasque sous-officière même était impuissante à ranimer de molles servantes qui dormassaient en tirant la bourre des banquettes. Décidément, les beaux jours de ces établissements, les femmes travesties dans des locaux où l'ingéniosité canaille des décorateurs se donnait carrière, rien de tout cela n'était plus.

Aux Amis du Soldat^ cette boîte qu'assimilait aux brasseries l'illusoire présence de quelques filles sans emploi, la bande fut surprise de rencontrer l'adjudant Laprévotte avec un brigadier de dragons, deux cuirassiers et un artilleur. L'un après l'autre, ils disparurent. Et à les voir, irréprochablement vêtus de courts dolmans de fantaisie qui les décolletaient par le bas, Favières associant le renom de la maison aux allures précises du patron et des habitués, ne doutait pas que l'adjudant « n'en fût ». Il le dit à Devouge lorsque Laprévotte, gêné, resté le dernier, cependant, pour couvrir la retraite de ses acolytes et se réclamer du brigadier, un cousin, se retira sans vouloir rien accepter.

Les deux Parisiens s'exphquaient, maintenant, sa misogynie, son constant isolement, l'unique inclination qu'ils lui avaient connue pour un artificier détaché à la poudrière de Dieppe. . .

— Ah! bien, il fallait arriver au terme de notre service pour apprendre encore cela ! s'écria Favières.

Mais Chupin fit observer que c'était jour de bal à la brasserie Européenne et, de nouveau, l'escadre flibustière croisa danp le désert des avenues.

A des coins de rues des petits postes de filles causant amicalement, prenaient les armes à l'approche des rares passants, ou bien partaient en sentinelles avancées, viraient, avaient l'air, de loin, de jouer aux quatre coins. De temps en temps une voiture roulait sourdement, comme sur de la paille étendue en un quartier où quelqu'un va mourir. . .

Vers l'avenue de Lamotte-Piquet, le Champ-de-Mars, pacifié, s'annexait à l'École militaire, comme un cimetière est voisin d'une église de campagne ; tandis que, vus de l'avenue Lowendal, les bâtiments encadrant l'immense cour du Midi, adoptaient la physionomie nocturne des hôtels borgnes environnants, leur éclairage avare et fumeux, leurs lanternes de fonds d'allées.

On dansait, à la brasserie Européenne, mais dans les ruines encore, et les vers habitaient le plafond en vieux roquefort mouvant.

Une quinzaine de couples à peine quadrillaient, faribolaient, en casquette, en cheveux, en tunique dépourvue d'épaulettes, sans entrain, presque décemment, les jambes emboîtées, les mains des hommes cachetant de rouge les omoplates des filles. On regardait avec moins d'admiration que d'étonnement, un soldat des sections d'état-major, qui exécutait son cavalier seul sur les mains. Il n'y avait personne sur les banquettes, personne sur l'estrade réservée aux consommateurs, à l'opposite de celle qu'occupait la musique ; personne dans le promenoir latéral, sinon le municipal de service et un garçon àqui Tonne commandait rien. Pourtant, deux femmes vieilles et laides, en chapeau, de celles qui ne dansent plus que par nécessité, allèrent s'asseoir à une table écartée. Et le garçon, dolent, au lieu de les servir, devisait avec elles, les appelait par leur nom, pendant que l'orchestre cuisinait une polka d'entremets, savourée parles mêmes couples tournoyant jusqu'au vertige, puis cirant le parquet d'une ti'aînerie alourdie qui cherchait une place pour repartir.

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