QUATRIÈME PARTIE
— Vous devriez lui passer la visite, conseilla le sous-officier. Tous s'égayèrent. C'était une idée.
— Attention t... de l'ordre, pour rentrer au quartier.
Le fourrier donna la cadence du pas et, correctement, la corvée défila devant le poste, traversa la cour de la caserne, très grande et très nue, oti les hommes punis de prison, sous la surveillance d'un sergent, manient le casse-pierres et la liie.
Les capitaines, les colonels, qui recommandent au soldat la maison publique, à cause de la quasi-sécurité qu'elle offre ; ces officiers ressemblent au médecin capable d'ordonner les Eaux à un mendiant.
Et Concourt lui-même affirme simplement sa passion pour une psychologie spéciale, chez des êtres d'exception, quand il veut qu'un petit soldat partage son sou de l'État avec la fille Élisa.
La vérité c'est que la Maison est fermée à l'homme qui ne reçoit pas d'argent de sa famille. Il y a bien encore les petits fourbis^ profitables à quelques soldats, mais l'emploi du temps, en caserne, est réglé, aujourd'hui, de telle manière que le travailleur en ville est devenu une fable dont les situations journahères, seules, conservent, d'ailleurs inutilement, le titre.
D'autre part, si l'on consulte le registre des mandats, à peine trouvera-t-on, dans une compagnie, dix hommes recevant plus de 20 francs par an. Le reste de la compagnie se partage entre ceux à qui l'on n'envoie rien et ceux dont les parents s'extirpent cent sous, aux fêtes carillonnées.
Dans ces conditions, l'accès du Gros Numéro n'est permis au soldat qu'à de longs intervalles et, en outre, généralement, avec un
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cérémonial peu favorable aux épanchements hors sens des retours de
fille*.
De sa première visite au claque, dès l'arrivée au régiment et pendant que sa poche est encore garnie, il est rare que le rural n'emporte pas une impression profonde.
De la surprise et une peur. Aussi ne le reverra-t-on point seul. S'il revient, ce sera parmi les camarades, un soir d'entraînement. 11 paiera la tournée, restera devant sa part de débauche sans y toucher, avec les yeux ronds et le mutisme honteux de l'enfant élevé à la campagne et mis, pour la première fois, en présence d'un vase de nuit. Il n'osera jamais, croit-il...
Maintenant, voudrait-il adopter la Maison, sur le conseil de ses chefs ou. par attirance, qu'il ne le pourrait pas. Le plaisir coûte cher en ces débits. Prélèvement du patron, tournée forcément offerte à la fille, gants;... le soldat doit s'estimer heureux quand la dépense flotte entre trois et quatre francs. Quatre francs, c'est deux mois et demi de solde. Quand, donc, il arrive qu'avec un bouquet de violettes un soldat conquiert Élisa et passe avec elle ses jours de sortie, Concourt peut être sûr que ce n'est pas l'amant qui paie la voiture, le dîner et le reste. -'
D'ailleurs, en constatant que ce goût de la fille pour l'uniforme « s'atténue aux époques de paix et de défaite » ; en posant, à l'arrièreplan de son décor, la boutique « du revendeur de la défroque de la gloire » ; le romancier infirme une des objections que soulève son pcUl berger, promenant Élisa en mylord et l'asseyant dans un restaurant des Halles.
En l'accalmie présente, c'est à la manche du militaire que s'arrête l'examen de la jM-ostituée. Elle se brûle aux galons comme la phalène aux bougies. Mais cette passion de clinquant et de bimbelots n'est pas la seule particularité commune au soldat et à la fille ; et la similitude de corvées, de parade et de rêves, ramène à l'admirable psychologie