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QUATRIÈME PARTIE 48o

Les paupières tombées, il s'imaginait qu'une main, au-dessus de lui, agitait fébrilement des banderoles, en spirale. Elles se rapprochaient, se rapprochaient de sa tête, y entraient par force, s'enfonçaient en tire-bouchonnant toujours, et continuaient à farandoler sous le crâne dont elles égratignaient les parois.

Les yeux rouverts, la danse s'arrêtait.

La douleur persistait seulement au-dessus des orbites, si vive que sa main égarée cherchait au front deux plaies.

Au jour, il s'assoupit.

Dans la matinée le mal de tête se dissipa, peu à peu, très doucement , comme une fumée. Le jeu des articulations, facilité par l'exercice, se rétablit aussi.

Mais le soir, la souffrance, à nouveau, l'assiégea; — et, dès lors toutes les nuits se ressemblèrent.

C'était la visite attendue. Le mal frappait aux orbites, comme aux portes du crâne, et les fracturait. Il passait au travers des mains en serre-tête, s'imposait aux fatigues, au besoin de repos...

Alors, le petit soldat fut debout une partie des nuits. 11 se levait, passait son pantalon el descendait au lavabo, nu-pieds, afin de ne point réveiller ses camarades. Il remontait, transi, s'asseyait néanmoins sur son lit, quelques minutes, avant de se recoucher.

Et sa rêverie était lugubre dans ce dortoir puant où les respirations embarrassées, tous les bruits, disaient la lourde inconscience du sommeil, cette douceur du non-sentir qui fait trouver si bons les lits de régiment.

Lui seul ne dormait pas. .j,,,.^ ,.;

Sans forces, le matin, il n'allait pas cependant à la visite du major les exemptions de service, pendant la semaine, privant de permission le dimanche. ,, .

A part ces insomnieset la courbature, cessant avec le mouvenjent es membres, Caudebec conservait une quiétude relative. La grosseur

dans Faine n'avait pas disparu, mais, en somme, n'augmentait pas de volume. Quant à la plaie ouverte ailleurs, elle n'empirait pas non plus, restait indolore, avec une tendance à se cicatriser, plutôt.

Un hasard, la conversation de deux sous-officiers se soignant impudiquement dans leur chambre, devant les hommes qui les brossaient, — et Caudebec savait.

C'était, tout d'un coup, en cette ignorance violemment déchirée, comme un éparpillement de cervelle, l'intelligence déjà étroite, réduite à rien, àlacompréhension d'un nom de maladie brutal, agité en pleine sécurité, ainsi qu'un épouvantait au milieu d'un champ nu.

Le changement de milieu, l'effarement de l'arrivéa, le tableau quotidiennement présenté de tout ce que le code et les règlements militaires renferment de comminatoire; le séjour des premiers mois en ce pays ennemi: la chambrée; l'apprentissage des exigences de la hiérarchie, des obligations de la loi et des asticotements de la discipline; — il est certain que tout cela donne au crâne d'un Gros-Jean ce qu'on appelle dans le peuple, le coup de marteau^ et fait du jeune soldat l'homme à qui serait imposé le parcours d'une interminable rue où il pleuvrait des tuiles.

La surprise, l'appréhension, deviennent alors de l'afTolement ou de l'idiotie.

L'affolement s'observe chez la recrue malade ou punie. L'idiotie se rencontre, au cercle des théories initiatrices, dans le regard morne, l'attitude affaissée, cette tête passive de ruminant rêveur, qu'aie hleu à l'audition de l'ânonnement des instructeurs.

Caudebec fut entraîné à la fois par les deux courants. L'état idio-

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