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QUATRIÈME PARTIE

Enfin, il devait regagner la confiance de son capitaine qui, évidemment, lui gardait rancune de ce revenez-y, n'imaginant pas de félicités comparables à celles que réservait sa compagnie.

Il ne remontait pas tous les jours déjeuner à Neuville, s'attardait à la caserne, surveillé, devant se montrer d'autant plus assidu qu'on le supposait capable de négligences, distrait par son ménage en ville.

Il lui arrivait de se réveiller la nuit, inquiet de l'heure; et lorsque le bataillon sortait, il était debout au jour naissant, assistait au lever des hommes, qui ne le reconnaissaient plus. Il revenait tard, fourbu, ronflait le nez dans le mur, exhalant une odeur particulière, comme si la peau eût encore fumé sous les couvertures, malgré le linge blanc, les ablutions au retour.

Les cheveux, surtout, restaient gras, fétides, tachant tout de suite une taie d'oreiller. Clotilde réveillée, tantôt par son mari, tantôt par l'enfant qui couchait auprès d'eux, Clotilde devenait maussade, tombait à une paresse lourde, dormait de longs après-midi, sur une chaise.

Le départ du bataillon était désiré par le couple, comptant les jours avec, parfois, la peur d'un contre-ordre.

— A Paris, nous serons bien plus heureux, disait Durieu. Ce ne sont pas les distractions qui manqueront.

Ils ne descendaient plus chez les Cirieul, s'assoupissaient après les repas, en face l'un de l'autre, effarés tout d'un coup par des cris d'enfant dans son berceau.

Des cauchemars aussi.

Une nuit, l'adjudant, ainsi secoué, sautait à bas du lit en balbutiant ;

— Déjà le réveil! Le temps de me mettre en tenue, je ne serai jamais prêt...

Cette méprise l'égaya beaucoup ensuite...

Clotilde, muette, le regardait singulièrement, sans rire.

Enfin septembre vint. Tandis que son mari se dirigeait sur Paris, à

petites journées, avec son bataillon qui, pour les manœuvres^ avait rejoint, à Rouen, Je gros du régiment, M""' Durieu faisait les malles, se tenait prête à les expédier, ainsi que le mobilier, dès qu'elle serait avisée de l'arrivée de son mari et surtout du résultat de ses démarches quant au logement.

Deux jours après Tinstallation de la troupe à l'École Militaire, Clotilde reçut enfin une longue lettre de renseignements à ce sujet. • Durieu avait trouvé au quartier deux chambres « convenables » et qu'on voulait bien lui abandonner. Il n'avait pas le choix, d'ailleurs, et une reconnaissance poussée aux environs de la caserne lui avait démontré la nécessité d'écarter toute autre combinaison, comme incompatible avec leurs ressources.

Clotilde arrivant une après-midi, avec son enfant, fut incapable de dissimuler sa consternation en entrant dans leur nouveau logement. Au bout d'un étroit couloir - qu'empuantissaient les punaises, une plaque indicatrice surmontée d'un numéro, ornait la porte, une de ces portes de prison dont le badigeon tire sur ce rouge brun des taches de sang ancienn(>kS, dans un parquet.

Dans les deux chambres nues, lépreuses, entre les murs blanchis à la chaux, traversés d'épaisses charpentes où d'énormes vis à tète carrée mettaient de solides nœuds, les meubles, la vaisselle, les malles débondées se bousculaient, barraient les portes, dans une folie de désordre qui serrait le cœur, comme une vente de pauvres.

— On rangera, disait Durieu, je n'en ai pas eu le temps, tu comprends ; et puis je voulais te consulter. Oh! il faut une bonne semaine avant d'y voir clair! Je collerai du papier...

Sans l'écouter, elle avait ouvert la fenêtre, et la vue sur le quartier de cavalerie acheva de l'exaspérer.

— Mais nous sommes au-dessus dès écuries !

— Que veux-tu, il n'y avait pas mieux! Notre voisin, le maître

d'armes, n'est pas logé à meilleure enseigne.

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