QUATRIÈME PARTIE
caïiapé, celle-ci surprenait, dans le sourire équivoque de l'homme qui les dérangeait, la malice d'une bonne niche faite à des amoureux en exercice.
Alors elle se révolta, l'incitant à se montrer.
— Ah çà! tu n'es donc rien dans ta fichue compagnie? Tu tolères qu'ils viennent te relancer ici à toute heure! Pourquoi ne couchentils pas avec nous? Tu ne vois donc pas qu'ils t'espionnent? ils insinuent aux officiers que tu ne peux être à la fois bon adjudant et bon père de famille... Ils se moquent de toi, c'est clair!... Ah! si j'étais à ta place !...
Durieu, de qui l'on disait volontiers autrefois : «c'est un bon type », devenait rosse, tombait dans les chambres en criant :
— Je vous fous dedans!... les sergents et les caporaux, je yous fous dedans!...
Et il était simplement grotesque, — planté dans la compagnie comme un épouvantail au milieu d'un champ.
Un événement, tout à coup, le jeta dans des transes nouvelles.
L'adjudant vaguemestre venait d'être informé, officieusement, de sa nomination à l'emploi de percepteur. On allait pourvoir à son remplacement. Deux candidats étaient sur les rangs : Durieu et Le Gardois, le médaillé de l'année dernière.
— Ek bien! il a un fier toupet! déclara Clotilde. J'espère bien que tu vas prendre ta revanche.
Alors elle le harcela, voisinant pour s'éclairer, recueillir des indices. Ils en perdaient le boire et le manger, supputaient les profils de Fhérilage, restaient quelquefois la nuit, les yeux ouverts, sans bouger, à s'écouter penser.
Tout le jour, ils laissaient leur porte ouverte, afin d'apercevoir celle du vaguemestre, leur voisin.
— Ce sera une quinzaine de francs par mois, tout au plus, disait Durieu. Mais ce que je considère surtout, c'est ma tranquillité, une petite position au régiment enfin!
— Moi, c'est le logement, rectifiait Clotilde. Leurs deux chambres sont plus grandes que les nôtres, et il y a un cabinet noir... Et la vue..., la vue sur le boulevard!.... C'est plus sain, d'abord, pour le poulot, plus gai pour moi; on regarde le monde passer... Ah! et puis on pourra peut-être dormir le matin.
— Oui, plus d'exercice, de corvées... Une certaine responsabilité pourtant, ajoutait-il en se rengorgeant.
Maintenant, ils comptaient les voix acquises à Durieu et susceptibles apparemment d'influencer le colonel.
— Voyons, tu as dit : ton capitaine, le commandant, le blond, n'est-ce pas? Oui, il a l'air d'un bon garçon. Et l'aulre?
— L'autre?
— Le Gardois... Il a pour lui?
— Ah!... son chef de bataillon aussi,... et puis le major, qui est son ancien capitaine... C'est là ma crainte la plus sérieuse.
:— Enfin, il y a une justice! Ils te doivent une compensation. Et puis, c'est bien la place qui convient à un homme marié... L'autre a eu la médaille; chacun son tour!
Ils en étaient venus à vivre positivement chez les Juillard. Clotilde aidait la femme à faire ses malles; Durieu venait causer avec le vaguemestre, se renseignant, payant des tournées à la cantine pour le confesser.
— Nous mettrons la commode dans le coin, près de la fenêtre, disait M"® Durieu en rentrant, le soir.
La nomination de Juillard arriva enfin. Il avait vingt jours pour se rendre à son poste, dans le Midi.
Pendant une huitaine, ce fut de l'affolement. Durieu n'existait plus, ahuri, la risée des sous-officiers qui lui faisaient narrer, pour la centième fois, ses espérances, son rêve d'une perception aussi, à l'expiration de son second rengagement. Certes, la place de vaguemestre lui permettrait d'attendre jusque-là. Mais l'aurait-il?