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QUATRIEME PARTIE

— Mettez-vous là, maman...

Ils l'installèrent, lui nouèrent sa serviette autour du cou.

Alors elle leva les yeux, nous aperçut en face d'elle et murmura :

— Ah! ce sont... ce sont des sergents... Vous ne m'aviez pas dit...

Il y eut un silence pénible. Comme je regardais la bonne femme, à la dérobée, je la vis qui pleurait doucement dans sa soupe.

Le gendre s'agitait sur sa chaise, jouait de la cuiller dans son assiette, comme les enfants qui veulent cacher une faute. Mais tout d'un coup la vieille s'arrêta de manger... ; et elle restait devant son couvert, à pleurer plus abondamment, silencieusement toujours, de grosses larmes qui roulaient le long du nez, dans une rigole comme en creusent, pour longtemps, de violents orages... Il semblait qu'on les entendît, ces larmes, tomber sur la porcelaine !...

Nous nous regardâmes...

Alors la fille intervint, mais sans colère.

— Voyons, maman, voyons... ces messieurs... Elle répondit :

— Je sais bien. C'est plus fort... plus fort que moi !

Le gendre haussait les épaules, nous versait à boire fébrilement pendant que sa femme répétait en passant derrière lui, pour desservir :

— J'étais bien sûre : je t'avais prévenu.

Le repas s'acheva cependant. Bien que je me fusse promis de dépouiller le militaire et son insupportable fatras de niaiseries, l'ignorance obstinément solliciteuse de notre hôte nous fit abandonner toute réserve, assez facilement, il faut l'avouer.

Car le soldat est le premier que fronde le terme de compagnonnage : parler manique, si l'on en retient l'acception vulgaire qui' a crédit dans le peuple. Il y a là, sous l'uniforme surtout, une

nostalgie de la crasse et de la stagnation, une rumination de chicotins bien étonnante, en ce sens qu'elle n'arrache pas toujours une grimace au patient, à l'encontre du proverbe qui prétend qu'on ne peut mâcher amer et cracher doux.

Nous avions déjà circulé, — en y traînant notre ami après nous, pour son édification, — dans la hiérarchie, la disciphne, l'emploi journalier du temps, lorsque, je ne sais comment, nous en arrivâmes au chapitre des punitions.

Nous abordions les modifications essentielles que le décret du 28 décembre 1883 avait introduites dans le service intérieur : remplacement de la salle de police par la consigne à la chambre pour les sous-officiers; mais, en revanche, abolition de leur droit d'infliger la salle de pohce, sauf en des cas déterminés.

Nous en étions là, quand mon camarade fit innocemment une remarque que j'entendais pour la vingtième fois.

— Les hommes se fichent des quatre jours de consigne que nous leur portons, vous comprenez... seulement, qu'advient-il? C'est qu'on rédige « le motif » en conséquence.

Il constatait le fait, sans acrimonie, seulement pour indiquer que souvent le gradé compensait la faiblesse de la punition par la gravité du motif/estimant celle-là peu propre à lui donner immédiatement le puéril orgueil de l'autorité satisfaite.

Au fond pourtant, le principe une fois admis constituait un raffinement pour la roguerie en exercice. Et dans cette punition suspendue sur l'homme pendant plusieurs jours quelquefois, s'il arrivait que, hiérarchiquement, le général prononçât en dernier ressort, — dans cette torture d'une répression progressivement surcrue, un infime caporal trouvait une jouissance, le rehaussement des droits minces que lui confère le règlement.

Mais mon camarade avait à peine lâché sa phrase que je vis l'hydropique pâlir et repleurer en avalant ses larmes, comme si'elle

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