QUATRIÈME PARTIE
— Il y a de bons chefs, certainement. Vous ne feriez point cela, vous, reprenait la mère Gâteau, s'évertuant à effacer la mauvaise impression que son récit avait produite sur nous.
Ce fut, d'ailleurs, leur souci à tous. Malgré nos protestations, les jeunes gens nous abandonnèrent leur chambre. Ils couchèrent chez des amis, cette nuit-là.
Mais au chevet du lit que nous partagions, nous trouvâmes une photographie encadrée : le petit Jules, imberbe, souriant, ensaché dans une capote trop large, l'air doux.
Toute la nuit je sentis peser sur moi le sourire de la a forte tête ». Puis, je rêvai que chaque homme appelé sous les drapeaux y apportait son cercueil. La feuille de route pour le cimetière était signée par ses chefs... Et les humbles deux jours du caporal étaient les deux premiers coups de bêche donnés dans la terre commune !
Au matin, vers quatre heures et demie, le couple revint pour nous réveiller et nous servir la collation avant le départ.
Notre bidon et notre musette étaient lourds...
— Nous n'avions pas dit à la mère que vous étiez sergents, nous apprit le serrurier en nous reconduisant. Elle aurait voulu vous mettre à l'hôtel... Et je tenais à vous garder, parce que c'est toujours une distraction, n'est-ce pas? et que le soldat est heureux d'être bien accueilli. Faut pas lui en vouloir, hein?...
Une demi-heure après nous repassions, musique en tète, devant notre gîte... Les Gâteau étaient là, un dernier salut aux doigts.
A cette minute nos regards s'abaissèrent sur nos galons... La pluie de la veille, l'usure aussi, avaient mangé l'or... La trame apparaissait en mince filets rougeâtres, — comme du sang pâli, mais ineffaçable.
Sur les trottoirs un murmure courut : les braves gens !
Et telles étaient nos pensées, que lécho do cette acclamation c'était, en nous, simplement, le mot du serrurier :
— Maladie!...