‹ Sous-offsChapitre 155 sur 199 · FAMILLES · texte numérisé non relu

FAMILLES

Tout de suite ils avaient été ennemis.

Muratel, nouvellement promu capitaine, venait commander la compagnie où servait, depuis 75, le lieutenant Gourd; et le hasard voulait que, du même âge, ils se fussent engagés le même jour, à dix-neuf ans. Sergents-majors tous les deux, en 70, delà fin delà campagne datait l'avance qu'avait prise Muratel. Il conservait, à la revision des grades, l'épaulette gagnée en défendant une place forte de l'Est, tandis que Gourd, fait prisonnier à Forbach, n'obtenait que les galons d'adjudant quand il rentrait en France.

Lieutenant aujourd'hui, il n'attendait pas avant deux ans sa promotion au grade supérieur, ranci depuis la guerre au fond de la même province, alors que Muratel, envoyé en Afrique sur sa demande, n'y était arraché que par le décret le nommant capitaine.

Il fut immédiatement, pour Gourd : « un qui a de la chance », car les antécédents du nouveau venu, son instruction rudimentaire sa tenue c papa », ne permettaient pas qu'on lui accordât le tour de faveur à'' un pistonné.

Muratel, en effet, était un bonhomme de trente-neuf ans, fils de paysans champenois, court, bon, vif, physiquement peu abîmé par dix ans d'Afrique, une rude fièvre typhoïde et trois sauvetages qu'attestaient des brevets en due forme, appendus encadrés, chez lui.

Très brave d'ailleurs, aussi brave qu'ignorant, absolument étranger aux annuelles modifications que subissent la théorie et les règle-

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