QUATRIEME PARTIE
rôle (le la foule au théâtre, une société disciplinée s'ameute, sur un signe (les temps, comme une liguratioii se démène sur un geste de machiniste.
Et comme, après tout, ces concubins ne s'aftichaient pas, — le commandant ferma les yeux, étouffa l'alfairc.
C'était vrai ; ils étaient ensemble depuis dix-sept ans.
Il l'avait connue en Touraine, quekjue temps après sa promotion au grade de sergent. Elle, allait en journées. Ils se rencontraient au bal, le dimanche. 11 y avait, derrière le café, une petite cour oh se retrouvaient, après la danse, les couples désunis par un raclement final du violon.
D'abord, ils se virent, en cachette, un peu partout. Dans le cœur simplet du jeune soldat, Tamour r.ésolu de la vingt-troisième année s'échafaudait. Ils furent, l'un et l'autre, très épris. La petite Virginie, fort surveillée par ses parents, employés dans une filature, n'était pas moins toute à son amant. Elle le montra. Quand le régiment changea de garnison, Virginie le suivit bravement, majeure après tout, son métier aux doigts, avec une de ces vaillances rustiques que n'effraient aucuns travaux.
En effet, il avait falLu vivre. Des journées se trouvant malaisément, en province, pour une étrangère, elle descendait aux gros ouvrages, avec la môme gaieté de cœur.
— Il s'agit de vouloir, disait-elle en riant, un peu orgueilleuse de ses bons bras et de sa santé.
A cette époque de leur liaison, ils ne se retrouvaient que le soir, la besogne faite. Son maître souci, à elle, c'était de ne point rapporter
sur soi, — chez soi, — ces odeurs des intérieurs où elle peinait.
Et comme il s'étonnait parfois de la voir reposée, les membres souples, la chair matinale, sans ces âcretés des peaux corrodées par des larmes ou des suées : — C'est que je me secoue à la porte, déclarait Virginie. En somme, c'était à elle, à cette atmosphère créée à côté de celle où, tout le jour, ils vivaient ; c'était à cela que Muratel devait ses galons de fouiriei, puis son grade de sergent-major.
D'abord il se rebutait, se déclarait trop bête pour rien apprendre. Et elle l'asseyait devant la table, lui soufflait le désir de savoir.
— Les bêtises après...
Ah ! elle avait eu de la peine ! Il en convenait plus tard. Il travaillait dur.
— Quand tu seras sergent-major, je me trouverai payée, avaitelle dit.
Et combien de fois ils s'étaient rappelés, avec émotion, un dimanche où, enfoncé dans une étude dont l'arduité l'abrutissaSt, il se laissait laver les pieds par sa maîtresse, attentive à ne le point déranger!
Le bon temps ! Et s'il est vrai que deux êtres ne sont jamais liés l'un à l'autre que par des souvenirs, — quelles chaînes ils s'étaient faites !
La guerre déclarée, il s'en allait à l'armée de l'Est. Ils avaient, alors, échangé les adieux des gens qui ne comptent pas se revoir. Ils ne se firent pas de serments rigoureux; ils ne se promirent pas de s'écrire ; ils ne se demandèrent ni cheveux, ni portraits... Us s'embrassèrent en pleine bouche, comme tous les jours; — un peu plus fort... Ce fut tout.
Virginie restait ensuite trois mois sans nouvelles ; puis un soir, — la paix était signée depuis 15 jours, — elle recevait un billet laconique de son amant la pressant d'aller la rejoindre. C'était signé : Muratel, sous-lieutenant.
Elle demeura quelques heures béante de surprise et d'émotion