QUATRIÈME PARTIE
Il disait les motifs : réponse inconvenante, ivresse, absence illégale ; et à toutes les fautes elle trouvait une excuse, expliquait une récidive avec l'état civil de l'homme, sa nature, ses besoins, toutes choses sur lesquelles il l'avait, au préalable, évasivement renseignée, mais qu'elle pressentait plutôt avec son étonnant instinct de femme sans culture...
Elle disait en riant, lorsqu'il lui soumettait une question d'alimentation :
— Ça, c'est mon lot!...
Et elle se faisait conseillère, reprenait ses droits, indiquait les légumes de la saison, des recettes, allant au bon marché, tirant parti du nombre, s'informant des ressources, combinant un ordinaire avec lequel Muratel clouait le bec de ses collègues, membres de la Commission chargée d'étudier les repas variés.
A la cuisine, il ne passait point de viande qu'il n'eût visitée; et il lui arrivait de tomber à la caserne, au réveil, afin de s'assurer que la répartition du café, entre les compagnies, n'était pas soumise à la fan taisie des hommesattachésauxpercolateurs, des cuisiniers, desplan tons...
Quand arrivèrent les instructions ministérielles prescrivant l'essai des repas variés, Virginie exulta. Depuis assez longtemps, cette variété s'étalait seulement sur les planchettes accrochées dans les cuisines. Aussi bien on s'en tenait aux soupes, matin et soir, sauf dans les compagnies où l'augmentation de boni permettait d'accorder le providentiel rata une fois par semaine, deux fois au plus.
Virginie, alors, donna des recettes, le menu des repas du soir, s'informant ensuite des résultats obtenus.
Bien avant aussi qu'on en eût décidé l'emploi, elle avait incité Muratel à l'adoption de la vaisselle de métal et de la fourchette.
Elle disait :
— La propreté c'est la moitié de l'appétit; pour la recrue, c'est l'appétit même. La jour où le soldat mangera dans une assiette, il s'imaginera dîner avec toi.
Et, dans cet ordre d'idées, elle préconisait encore une réforme, déclarait utile la vaste caisse permettant à trois ou quatre hommes de monter dans les chambres toutes les gamelles d'une compagnie, afin d'éviter aux soldats la vue du linge pourri des cuisiniers et, l'hiver, la recherche des matricules, à la lueur d'une chandelle horizontalement promenée sur les couvercles qui, tout à l'heure, serviront d'assiettes.
— C'est comme les planches à pain, ajoutait-elle. Pourquoi ne les recouvrirait-on pas d'une méchante toile cirée qui en rendrait le nettoyage plus facile. Car il paraît que l'homme de chambre se contente, le matin, d'un coup de brosse à souhers...
Il s'étonnait qu'elle sût cela, ne se rappelait pas lui avoir, cent fois, raconté la caserne, en ses recoins, de la base aux combles.
Après les manœuvres, cette année-là, sur le boni réalisé pendant la période d'instruction des réservistes, il préleva une masse noire, — bien que les règlements la proscrivissent, — c'est-à-dire une somme dont il se réservait la libre disposition, sans que la comptabilité de la compagnie en gardât trace.
— Avec cela, pensait-il, je couvrirai quelques-unes des dépenses non prévues dans la liste expresse figurant au cahier d'ordinaire. Nous ne pouvons pas pourtant prélever sur notre solde des frais qui doivent incombera la compagnie.
Néanmoins, l'opération était irrégulière, il ne l'ébruita pas et le sergent-major seul, — forcément, — en eut connaissance.
L'hostilité de Gourd contre son capitaine se déclara franchement au sujet des permissions annuelles accordées aux officiers. 11 se trouva que Muralel et Gourd désiraient en jouir à la même époque. Naturel-