‹ Sous-offsChapitre 164 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Le lendemain, un prêtre se présenta à la caserne, demandant l'adresse du capitaine. *

— Je suis son frère, dit-il.

On le fit monter au bureau du sergent-major. Gourd se trouvait là. Aux premiers mots il s'empressa, entraîna l'abbé.

D'abord, il lui confirma l'entrée de Muratel à l'hôpital, donna des détails, parla de l'étonnement douloureux qu'avaient montré tous les officiers, à cette nouvelle. Et il jouait la scène, avec le frisson d'un témoin racontant un assassinat. Mais quand il en vint à l'explication de ce « coup de marteau », il s'échappa en réflexions vagues sur les influences latentes^ risqua même une image, en notant des taches dans certaines vies, qu'il etit peut-être fallu fendre, comme un fruit, pour trouver lever.

Le prêtre écoutait, sans répondre. C'était une sorte de frère Archangias, ni jeune, ni vieux, remuant, en une soutane râpée, de grands bras et de grandes jambes.

QuandGourdeutfinirabbés'arrêta,leregardaaufonddesyeuxetdit:

— Vous avez tort de ne pas me donner toute votre pensée. Vous croyez que je ne sais rien ; vous vous trompez. Je ne voyais pas mon frère à cause de cette femme. ..

— Vraiment?...

Alors, à l'aise, le lieutenant causa, s'étendit sur ce cas d'aliénation mentale, en homme qui a vécu, connaît la fifle, sa pression, ses vices. Par respect pour le costume du prêtre, il effleurait seulement cette face delà question, laissait deviner le corps, vidé comme la cervelle, les ressorts fatigués, la machine usée sautant, en un détraquement de tous les rouages!

— Et une fausse humilité, monsieur l'abbé ; la servante maîtresse, servante uniquement devant les étrangers qui la surprenaient. Oh ! elle lui a été fatale!... Croirrez-vous que le colonel, oui, le colonel lui-même a échoué?,..

— J'irai îe remercier, dit le prêtre.

Et, secouant la tête, il ajouta :

— J'avais prévu cela; voyez-vous, quand on sort de la famille...

— Et sa famille, c'était vous... moi ;... je dis moi... l'armée!

Ils durent se séparer. L'abbé énumérait ses courses : son frère, à l'hôpital; un peu d'ordre dans ses affaires;... le colonel;... le trésorier, pour toucher la solde.

— Je vous demanderai d'êlre assez aimable pour m' accompagner chez lui... Je repars demain, dans la journée, et je veux, avant de m' éloigner, liquider celle situation, payer les dettes criardes... Je ne puis, hélas! rendre d'autres services à mon pauvre frère.

— Vous me trouverez à la caserne jusqu'à 5 heures, tout à votre disposition, dit Gourd.

Et ils se quittèrent, ravis l'un de l'autre.

En sortant de l'hôpital, le prêtre monta chez Virginie. Elle le reconnut, comprit que le malheur entrait chez elle.

— C'est vous, madame, qui teniez le ménage de mon frère, demanda l'abbé, froid et poli.

— Mais oui, vous savez bien...

— Aurez-vous, d'ici à demain matin, le temps d'enlever de ce logement tout ce qui vous appartient? Oui, n'est-ce pas? Je voudrais ne pas manquer le train de midi et... j'emporte la clef.

Elle le regarda, sans force pour protester. 11 reprit :

— Vous avez bien des amis?

Elle ne comprit pas d'abord, répondit : oui, — comme on rêve.

— A merveille alors. J'ai l'intention de passer la nuit ici. Si vous pouviez... dès ce soir, m'abandonner la chambre de mon frère... vous m'obligeriez infiniment.

Il se fit remettre la clef, redescendit lentement, sans se retourner

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