‹ Sous-offsChapitre 169 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE 6H · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE 6H

Il s'en voulut même de s'être arrêté h cette idée lorsqu'il retrouva Hameau à la caserne, au mess, pendant leur promenade sur la jetée... C'était l'homme de la veille, sanglé dans sa redingote, corseté comme une femme, d'une propreté frisant la manie. Le soir, quand ils se séparèrent, le bon Dubuc eut une seconde d'hésitation; puis, brusquement réenvahi par le doute, se rappelant que c'était précisément le jour de son coassocié, il le suivit de loin, tout de suite étonné d'ailleurs du chemin qu'il prenait.

Rameau, en effet, faisait un crochet, revenait sur ses pas, s'arrêtait enfin, en familier du lieu, rue des Pincettes, à la porte d'un hôtel meublé devant lequel Dubuc l'attendit ensuite pendant une heure.

Alors il s'en alla, accablé, comprenant.

lierminie était remplacée! Ce qui le froissait, à dire vrai, c'était moins l'indélicatesse du procédé que la stupidité de cette mutation. Est-ce que leur solde permettait ces débauches? Est-ce que le meilleur moyen de concilier leur appétence et leurs intérêts, ils ne l'avaient pas trouvé? Herminie s'était-elle rendue indigne de leur confiance? Qu'avaient-ils k lui reprocher?

Quant à la conduite de Rameau à l'égard d'un vieux camarade, elle était inqualifiable. En somme, c'était lui, Dubuc, qui par ses confidences, avait amené la rencontre de son ami et de sa maîtresse. Celuici aurait dû s'en souvenir, à l'heure de la rupture. Toute leur conversation de la nuit, Dubuc se la remémorait. Herminie avait évidemment raison : c'était salement se quitter.

Et pour la première fois depuis vingt-cinq ans, il bouda Rameau.

A l'exercice ils marchaient maintenant côte à côte, les yeux à terre, sans se parler. Pendant les pauses, ils s'en allaient à pied, traînant leur cheval par la bride, dans des directions opposées, car les bêtes elles-mêmes, comme fâchées, s'ébrouaient hostilement au plus léger contact.

Rameau, cependant, semblait deviner la raison de l'attitude

qu'avait prise Dubuc vis-ù-vis de lui. Il le flattait, redoublait de prévenances, avec cette humilité des enfants quêtant une grosse faveur, une permission de jouer une heure encore. Mais l'autre refusait, bourru, touché au fond, sentant l'évolution, l'hésitation de bon aloi, peut-être l'annonce d'une capitulation prochaine, en ces caresses de voix et de gestes. ^

Eneffet, avant lafindela semaine, un soir, ostensiblement. Rameau insista pour que Dubuc le reconduisît et ne le quittât qu'au coin de la rue Gazavan, à vingt pas de la demeure d'Herminie.

Dujjiic fut transporté. Il retournait chez elle! El cette concession, arrachée par l'amitié, plutôt que par une passion réelle pour cette fille, doublait aux yeux du capitaine le prix du sacrifice. 11 attendit, impatiemmentlelendemain pour remercier chaudement son camarade, en une poignée de main qui dirait tout!

Mais les jours suivants Rameau lui parut assombri, fatigué.

— Une indisposition, disait-il.

Après déjeuner il esquivait le café sous prétexte de s'aller reposer. Enfin, sortant de la pension sur les talons de son collègue, une aprèsmidi, Dubuc le vil entrer chez le pharmacien.

— 11 est malade, il faut qu'il soit malade pour se droguer et renoncer à sa rincette, pensa le bon capitaine. Il a vraiment mauvaise mine, d'ailleurs.

Et, là-dessus, il monta au Fort.

Mais, chez son sergent-major, où il entrait pour signer les pièces journalières, une révélation consternante l'attendail. Sur le cahier de visite médicale, à la date du jour, il lut :

« Dulac, soldat de V classe; infirmerie. »

Et, dans la colonne : genre de maladie, il y avait : « Uréthrite. »

— A-t-il déclaré la femme? demanda distraitement l'officier, par habitude.

— Oui, mon capitaine.

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