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L'ORDONNANCE

Le coup de sonnette réveilla le couple et la femme dit : « C'est Courajod, » pendant que le lieutenant Vauversin, son mari, rejetait les couvertures, sans se lever, pourtant, tout drôle avec ses cheveux en moiteur, son visage ravagé de sommeil, cou'uré de grands plis roses, faits par le linge.

Il écarquilla sur la pendule de gros yeux d'un bleu particulier, voué à l'opacité, et murmura : — Six heures déjà ! Finalement, il vira dans le lit, glissa sur le tapis, crispant ses doigts de pied pour saisir et tirer à soi, comme avec la main, ses pantoufles.

Puis il alla ouvrir la porte, en chemise, les jambes nues.

L'ordonnance fit le salut militaire, présentant, de la main gauche, une large enveloppe où les lettres imprimées alternaient avec la suscription, tracée à la plume.

— De la part du chef, à qui le major l'a remise, mon lieutenant.

Alors il revint dans la chambre.

— C'est ma nomination officielle ; je t'avais bien dit : l'ordre est sorti au régiment il y a cinq jours, ma lettre d'avis arrive ce matin.

Et il se mit à la parcourir tout haut : ... Ministre de la Guerre, informe M. le heutenant Vauversin... promu au grade de capitaine... rejoindre son nouveau corps dans les délais réglementaires. Mais sa femme se rendormait, l'attention émoussée, il cria :

— Courajod!... un coup de brosse à mon pantalon et à mon dolman.

L'ordonnance parut, emporta les effets, tandis que l'officier attendait, mi-vêtu, assis au bord du lit. li se résuma, monologuant :

— En sortant du rapport, le colonel, puis toutes les visites que je n'ai pu faire hier...

Il cita des noms dans un ordre déterminé, comme une leçon apprise, un itinéraire ruminé depuis plusieurs jours. Puis se tournant vers sa femme :

— Dis donc, bichette, si tu préparais toujours les malles. J'aurais voulu partir demain, après-demain au plus tard... J'enverrai deux ou trois hommes de la compagnie pour aider Courajod.

Elle acquiesça d'un signe de tête, rêvant les yeux ouverts.

Machinalement, il remontait un pan de sa chemise ; et il s'épila une cuisse, considérant ses pieds nus sur le tapis, avec intérêt.

Enfin Courajod revint et Vauversin s'habilla. Quand il fut prêt, avant de s'en aller, il renouvela sa recommandation.

— C'est entendu ; je compte sur toi pour les malles.

Il était sorti, on entendait son pas dans l'escalier, le bruit du sabre battant les marches.

Alors M"*^ Vauversin se pencha hors du lit, pour voir dans la pièce voisine, par l'entre-bâillement de la porte de communication ; et elle appela :

— Mimi!... mimi !...

L'ordonnance se montra sur le seuil, s'y arrêta, hésitant : Mais elle ouvrait ses bras, se penchant davantage, ses seins blancs et fripés roulant dans la chemise, comme ces grappes de raisins conservées, l'hiver, en de petits sacs, au plafond des chambres.

Courajod descendit vers elle, lentement, sans entrain, et vint s'asseoir sur le lit, dans un ceux qu'avaient laissé, en s'y appuyant les reins du mari. Et comme il restait là, l'air grognon, elle l'enlaça, l'attira sur sa poitrine.

— Qu'est-ce que tu as, mimi?

— Tiens ! si tu crois que je suis content !...

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